lundi 26 juin 2017

WAGNER - Parsifal (Prélude et Enchantement du Vendredi saint) - Georg SOLTI - par Claude TOON



- M'sieur Claaauuuude… Y a M'sieur Rockin et M'sieur Luc qui sont en panique…
- Ah oui, on a piqué le canapé de l'un et la caisse est vide ? Ah Ah !!! Que se passe-t-il ?
- Mais non ce n'est pas drôle, il n'y a pas de com pour lundi, M'sieur Philou est en congé… Et M'sieur Pat a programmé tous ses papiers pour Juillet. Heuu vous n'auriez pas un ti' truc ?
- Houlà, une bricole, t'endez, je rassemble mes neurones… Voyons, une pièce courte, ou deux, un compositeur connu et dito pour l'artiste, tiens des pages choisies de Wagner…
- Ah oui mais pas trop fanfaronnantes alors…
- Et difficile en plus Sonia !!!! Le père Richard n'a pas écrit que la Chevauchée des Walkyries… Pensez à Lohengrin ou les Murmures de la forêt…
- Cool ! Super M'sieur Claude, vous me passez la maquette le plus vite possible…
- Euh oui Sonia, à vos ordres…

"Mais... Ce n'est pas moi Parsifal" (Indiana Jones et la Dernière Croisade)
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Parsifal est la dernière œuvre lyrique de Richard Wagner ! Attention, ne parlez surtout pas d'opéra sinon le fantôme du maître viendra vous rappeler à l'ordre. Il s'agit d'un "festival scénique sacré", ça jette plus ! Par ailleurs, le compositeur avait obtenu du roi Louis II de Bavière, le monarque un peu dingue, la construction du temple consacré à sa musique, et uniquement celle-ci. Je parle évidement du "palais des festivals" de Bayreuth perché sur une colline pour que Wagner se sente plus près de Dieu. Si ce n'est pas de l'égo ça ! Même son ami Nietzsche se foutra de lui. Wagner n'avait jamais fait preuve d'un zèle débordant concernant la religion. Le sujet hyper chrétien de Parsifal va brouiller les deux hommes. Wagner indiquera que Parsifal ne devra jamais être joué ailleurs qu'à Bayreuth et, qu'à la fin, le public ne doit pas applaudir mais se retirer dans le plus grand silence 😌. À la fin de la lecture d'un de mes articles, je le comprends, mais là ? Bref !

Cet opéra (mince, j'ai fauté) est inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes et des sagas, romans, tragédies divers et variés qui ont repris les légendes chevaleresques du poète français du XIIème siècle. Donc Perceval = Parsifal. Je résume l'intrigue au mieux :
Imaginez-vous au moyen-Âge, au monastère de Montsalvat dans les Pyrénées (du côté de Montségur). On y gardait le Graal (le calice de la sainte cène) et la sainte lance dite de Longinus qui perça le flanc du Christ lors de la crucifixion et mis fin à son supplice. Amfortas, chevalier et fils du roi Titurel en avait la responsabilité. Voilà pour les "bons". Le drame, sujet de Parsifal, est conté par un chevalier du nom de Gurnemanz (Le rôle le plus long de l'art lyrique).
Parsifal chez les filles-fleurs de Klingsor. Sympa la mission
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Côté des méchants : un chevalier renégat Klingsor qui a volé et blessé avec ladite lance sacrée Amfortas. La plaie ne peut jamais guérir, le contact avec le Graal permettant à Amfortas de rester en vie pendant cette douloureuse agonie sans fin. Seul un jeune, pur, preux et juste chevalier pourra reprendre la lance au sorcier Klingsor qui vit dans son château pyrénéens (versant espagnol) entourée de "filles fleurs", des nymphes ; bizarre car Klingsor s'est châtré… etc. Je fais court. Le jeune élu sera Parsifal (comment ça vous aviez deviné ?) qui, malgré ses faiblesses pour les charmes de Kundry, seule personnage féminin et fille de petite vertu*, tuera Klingsor, rapportera la lance pour guérir Amfortas. C'est confus car trop abrégé, j'en ai conscience, mais comme ça dure plus de quatre heures et le rôle de Kundry étant complexe...
(*) Machiste Wagner ?

Tout cette histoire est délirante, mais n'a pas à rougir des dizaines de films sur ces légendes du Graal ou les quêtes arthuriennes… Et si Wagner a furieusement la grosse tête à la fin de sa vie, bon sang il sait tenir une plume face à une page de partition encore blanche. La musique de cette œuvre ultime atteint une forme d'épure métaphysique malgré un orchestre d'une richesse inouïe.
Je vous propose trois extraits qui restent des moments cultes de l'art wagnérien : le prélude qui expose de manière très spirituelle les leitmotive qui vont charpenter l'opéra puis la scène finale connue sous le titre "enchantement du vendredi Saint" chantée par René Kollo et Gottlob Frick. Enfin la fin instrumentale avec l'intervention du chœur. Une musique sidérale. L'ouvrage fut créé à Bayreuth en 1882, soit un an avant la mort de Wagner.
Pour l'interprétation, beaucoup de choix, on s'en doute ! On retrouve ici Georg Solti qui grava début des années 70 une version du drame qui reste l'une des références de la discographie. Une réalisation avec la Philharmonie de Vienne.
Petite Biographie de Georg Solti, le maestro hongrois ténébreux, dans un article consacré à Bartók (Clic).



dimanche 25 juin 2017

BEST OF DE MORALISATION CULTURELLE




Lundi : avec un album oublié de tous, sauf de Philou bien sur, celui du duo  Lindsey Buckingham /Stevie Nicks qui en 73, avant d'intégrer Fleetwood Mac avec le succès que l'on sait, pondirent ce petit bijou West coast.


Mardi : C'est toujours une grande peine d'évoquer Jeff Healey, merveilleux guitariste disparu trop tôt mais c'est aussi un bonheur de l'écouter, notamment sur ce "nouvel" album  qui présentent 5 inédits inégaux mais surtout un enregistrement live de 1999 formidable. Dur pour le portefeuille des fans! 

Mercredi : on va crescendo en puissance cette semaine puisque voici maintenant l'irlandais Rick Warwick qui se fit connaitre dans les années 90 avec le combo hard  the Almighty et est actuellement dans les Black Star Riders avec des ex Thin Lizzy; Lizzy et Phil Lynott qui demeurent d'ailleurs clairement ses influences. Bah, y'a pire comme modèle..

Jeudi : Pat s'attaque à un monument: le Ummagumma des Pink Floyd, en partie live, en partie studio, album culte, jusqu'à la pochette et un incontournable de musique psyché bien barrée, tout comme Pat qui a fumé toutes les herbes qui font rire de Philou  en faisant sa chronique..

Vendredi : Luc s'est un peu ennuyé devant le dernier film de François Ozon dont le premier plan est osé : l'intimité de Marina Vacht en gros plan chez son gynéco !? Une bien sombre histoire que celle de L'amant double dans laquelle la jeune Chloé tombe amoureuse de son psy Paul (Jérémie Renier au jeu atone d'après notre spécialiste) qui se révèle un Dr Jekill et  Mr Hyde de la bagatelle. On attend mieux de Ozon, la prochaine fois…

Samedi : Claude continue de nous dénicher des compositeurs peu connus ou injustement oubliés. Cette semaine, c'est au tour de Ernest Bloch, suisse émigré aux USA et de sa rhapsodie Schelomo qui met en scène le roi Salomon, sa sagesse, ses proverbes, son harem de 1301 femmes (Rockin en est bouche bée) et les ors du temple et du palais de Jérusalem. Au violoncelle : Mstislav Rostropovitch ; au pupitre : Leonard Bernstein, c'est dire que ce n'est pas de la daube…

samedi 24 juin 2017

Ernest BLOCH - Schelomo (Salomon) – ROSTROPOVITCH & BERNSTEIN – par Claude TOON



- Tra La la ♫… Du nouveau M'sieur Claude, encore du nouveau la la la lère … C'est logique Ernest Bloch dans le De-Bloch-Not… Tralalère
- Houlà Sonia ! Sacrée pêche ce matin ! Ma parole, vous êtes passée chez M'sieur Philou pour une dégustation gratuite avant de venir me voir ?
- Je ne connais pas du tout ce compositeur. Le Roi Salomon, oui, bien sûr, c'est ce roi de la bible qui coupait les bébés en deux ?
- Du calme ! Ernest Bloch est un compositeur du début du XXème siècle. Quant à Salomon, il y a un récit où il juge à qui appartient un enfant… Vous confondez avec Massacre à la tronçonneuse !
- Ah, je préfère, j'ai dû voir ça dans un documentaire sur feu Jean-Christophe Averty et les Raisins verts… Pour les artistes, là on les connaît bien…
- Oui, un enregistrement excellent, mais il existe beaucoup de gravures de cette rapsodie, un défi pour les violoncellistes…

Ernest Bloch
Schelomo désigne le roi Salomon, en allemand avec la prononciation hébraïque. Sans doute l'ouvrage le plus connu du compositeur. Attention, il ne s'agit pas d'une musique comparable à celle destinée à un péplum* tourné à Cinecittà dans les années 60 entre un Maciste au Deblocnot ou un western spaghetti. La trame de cette rapsodie repose sur une réflexion inspirée du livre biblique de l'ecclésiaste attribué au roi Salomon, livre de pensées avec ses nombreux proverbes célèbres comme "vanité des vanités, tout est vanité". Premier point : qui est Ernest Bloch ?
(*) Par contre à l'écoute, on pourra noter l'influence de Bloch sur les générations suivantes, et même entendre de brèves citations dans la musique de Miklos Rozsa pour le Ben-Hur de William Wyler (1959).
Ernest Bloch est né à Genève en 1880 dans une famille juive peu pratiquante. La pratique de sa religion se limitera à faire sa bar-mitzav en 1893. Il va étudier la composition et le violon notamment auprès du grand virtuose Eugène Ysaÿe. Si de 1904 à 1905, il reprend la gestion de l'entreprise familiale, la musique devient sa vraie passion. Il est séduit dans un premier temps par l'école franckiste. En 1905, la rencontre avec l'écrivain nationaliste juif Edmond Fleg va changer son destin artistique. La vie spirituelle de Bloch va être transformée et son inspiration va se nourrir des textes sacrés juifs. Il va devenir ainsi la personnalité musicale la plus représentative de la culture israélite. Si Mahler ou Mendelssohn étaient juifs, leur musique ne le reflète aucunement. Entre temps, il complète sa formation musicale à Francfort.
Après quelques années à assurer un poste de professeur à Neuchâtel, il n'arrive pas à s'imposer comme compositeur et part pour les USA. Il va occuper des postes de pédagogue à New-York et à Cleveland tout en composant. De 1925 à 1930, il dirige le conservatoire de San Francisco. Esprit indépendant, il s'écarte de toutes les écoles dogmatiques du XXème siècle, et reste donc un néo-classique dans l'âme.
Schelomo témoigne de ce choix et marque la fin des années d'incompréhension (1904-1916). La consécration va venir dès l'année de la création à New-York en 1917 de cette rhapsodie. De cette année-là jusqu'en 1938, il trouve enfin sa voie, à la fois comme pédagogue renommé et comme chef d'orchestre. Dès 1938, il ne va plus quitter les USA. Quand on s'appelle Bloch, il est impossible de se rendre en Europe jusqu'en 1945. La révélation de la shoah le plongera dans une période de désespoir et d'impuissance créatrice. À partir de 1952 jusqu'en 1959, date de sa mort, il se retire doucement de la vie musicale. Il s'était réfugié depuis 1943 au bord du pacifique, dans l'Oregon, vivant quasiment en ermite.
Sa production musicale est importante dans tous les domaines mais reste encore mal connue et mystérieuse. Ernest Bloch ne cherchait pas tel un Chostakovitch à adapter des textes juifs ou comme Bartók à composer à partir du folklore traditionnel de la diaspora. Était-il croyant ? Ce n'est pas certain. Juif orthodoxe ? On peut en douter puisque dans sa maison trônaient un crucifix et une statue du Bouddha…
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Jugement de Salomon (Valentin de Boulogne - vers 1628)
Je ne présente plus Mstislav Rostropovitch ni Leonard Bernstein qui bien entendu ont déjà visité le blog. Je vous renvoie à l'article concernant le concerto pour violoncelle de Dvorak pour le premier (Clic) et à celui dédié à la 9ème symphonie de Bruckner pour le maestro américain (Clic). La gravure de ce jour est une captation d'un concert avec l'orchestre national de France dans les années 70.
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Schelomo a été composé en 1916 et créé en 1917. Très prisée des violoncellistes pour ses difficultés techniques, la rhapsodie est souvent donnée en concert et la discographie est abondante. Elle enchaîne sans pause trois parties distinctes. Son orchestration bien que colorée n'est absolument pas surchargée pour une œuvre de cette époque :
3 flûtes (dont un piccolo), 2 hautbois + cor anglais, 2 clarinettes + clarinette basse, 3 bassons + contrebasson, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, caisse claire et grosse caisse, tambourin, Tam-Tam, célesta, 2 harpes, cordes (source : partition, l'orchestration donnée par Wikipédia est complètement fausse)
Petit rappel biblique pour les mécréants : Le roi Salomon, fil de David, aurait régné sur Israël de -970 à -931 avant Jésus Christ. Il bâtit le premier Temple de Jérusalem. Considéré comme prophète tant par la chrétienté que par l'Islam, on lui prête l'écriture du Livre des proverbes, du Cantique des Cantiques, de L'Ecclésiaste, quelques psaumes et divers textes apocryphes. Bien que la fin de son règne soit ternie par l'éclatement du royaume, on le considère dans la tradition judéo-chrétienne  comme un homme de grande sagesse. (Le jugement de Salomon : où comment par sa finesse d'esprit, le roi permet de déterminer qui est la vraie mère d'un bébé en mettant à l'épreuve deux femmes qui le revendiquent, et non pas en offrant la moitié du marmot à chacune, comme le pense Sonia, Tsss Tsss.)

Le temple et le palais de Salomon
1 - Lento moderato : Le violoncelle introduit l'œuvre par une note tenue (la) au violoncelle, une sonorité sombre et secrète. Bloch estimait que seuls violon et violoncelle avaient les timbres qui correspondaient le mieux aux œuvres de sa période dite hébraïque qui se termine par cette rhapsodie. On peut imaginer que l'instrument symbolise le prophète confronté à l'orchestre figurant son peuple… Salomon songe, accompagné par des accords nocturnes des vents et des harpes. Une chaude nuit de la terre promise propice à la médiation, aux interrogations, aux inquiétudes. Le violoncelle semble seul, hésitant, interrogatif lors de la longue descente chromatique sur un motif ondulant [0:53]. Descente qui va ouvrir la porte à une cadence rêveuse et incantatoire, empreinte de gravité. Bloch met en musique sa propre réflexion sur des ténébreuses citations attribuées au roi comme : "Rien ne vaut la douleur qu'Il cause." et "Tout ceci n'est que vanité."  [1:59] Une seconde séquence confiée à l'orchestre est rejointe par un thème sinueux voire lascif du violoncelle qui illumine cette scène. L'orchestration est à la fois limpide et légère, allègre ; une soirée festive à Jérusalem ? L'écriture est assez moderniste (Bloch avait fréquenté Debussy à Paris). Le flot mélodique orientalisant mais jamais kitsch est émaillé par l'intervention de la caisse claire et de cours arpèges des harpes. Si Rostropovitch semble comme habité par la pensée du prophète, Bernstein s'amuse, met en pratique son hédonisme des derniers temps dans cette partition orchestrale favorable aux effets dionysiaques. À la gravité méditative du début, s'oppose désormais un jeu puissant entre les pupitres de l'orchestre. Peut-on penser à un hymne à cette époque triomphante pour le peuple juif et son roi, à cette période de sécurité et de bonheur dans la grande cité ? La forme est totalement libre, pas de plan sonate. Le travail d'écriture est subtilement concertant (solos des bois), les contrastes élégiaques… Une page destinée aux orchestres colorés, virtuoses et disciplinés !
Salomon n'était pas qu'un sage penseur. [2:30] La mélodie adopte un ton voluptueux et lascif évoluant vers un premier passage plus allant, chorégraphique. Salomon aurait eu d'après les textes un harem de 700 femmes plus 600 concubines et une épouse officielle égyptienne. Dieu en sera irrité, mais ce passage aux airs dansants peut-faire songer à des soirées plutôt sensuelles qu'orgiaques… 1301 compagnes ! Même Rockin' ne ferait pas face je pense.

Harem de Salomon (James-Tissot-1832-1902)
2 - Allegro moderato : [8:34] Quelques notes graves des violoncelles sont suivies d'un dialogues concertants des bois. Bloch exploite des sonorités fantasmagoriques sensées évoquées le son lointain d'un shofar, instrument fabriqué à partir d'une corne de bélier. Certaines traditions rapportent que ce sont des shofars et non des trompettes qui auraient été utilisés pour écrouler les murs de Jéricho… Dans cette seconde partie, cette évocation du châtiment divin traduit la teneur du morceau : un combat entre la mélodie nerveuse et tendue énoncée par le violoncelle et un orchestre au discour morcelé, presque vindicatif. L'orchestration est rude. N'oublions pas que dans l'ancien Testament, les relations entre Dieu, les prophètes et les hébreux sont souvent mouvementés… Le conflit violoncelle-orchestre (Salomon-Hébreux) va évoluer vers le point central et agressif au centre du passage [11:18]. Les cuivres rugissent, Salomon connaîtra une fin de règne difficile par ses excès d'autorité. "Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité." Ce verset revient comme un leitmotiv dans la pensée de Bloch. Comprendre vanité dans le sens des mots : vain, futile, gloire éphémère. Pensons à ces tableaux appelés Vanités (très à la mode au XVIIIéme siècle) représentant les délices de la vie, l'épicurisme, souvent posés sur une table chargée d'orfèvreries et de mets délicats, avec au centre : un crâne rappelant l'inéluctable, le retour à la poussière… Le jeu puissant de Rostropovitch entre réellement en conflit ouvert avec un orchestre national de France survolté par la baguette de Bernstein.

3 - Andante moderato : [14:50] La dernière partie se concentre sur une plainte (ou une prière) languissante et accablée du violoncelle. Au lointain, la timbale traduit une marche hésitante. Un long solo en cadence discrètement accompagné par une ambiance sombre distillée par l'orchestre. [17:23] Une seconde idée plus sereine émerge dominée par le chant du hautbois et des flûtes. Après le temps de la réflexion spirituelle du lento et les conflits de l'allegro, on ressent dans l'andante comme les regrets d'une vie inaboutie, du sentiment d'un règne trop long auquel Dieu insatisfait ne donnera pas de suite, dispersant son peuple. Ce chant du cygne alterne des sonneries timides des trompettes, des motifs brefs du célesta évoquant les temps de la splendeur et des fêtes, le tam-tam apporte lui aussi des couleurs nocturnes d'une cité des mille et une nuits désertée.
Sofar (ou Sophar)
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Pas de thèmes nouveaux mais des variations en forme de récapitulatif et de conclusion. [19:41] Une tentative de sursaut énergique. Suit la coda, le violoncelle-Salomon ne quittant plus les cordes graves et finissant seul, abandonné, gagné par une infinie mélancolie. Une œuvre profondément mystique mais à la beauté sonore radieuse. (Partition)
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Parmi les nombreux enregistrements, le duo Rostropovitch - Bernstein domine le catalogue. Au CD présenté, complété par le concerto de Schumann, on pourra préférer l'anthologie en 2 CD consacrée à Bloch par EMI. On y trouve le concerto pour violon par Menuhin, les concertos grosso par Mariner et le rare service sacré Avodath hakodesh dirigé par Maurice Abravanel. Que du bon (EMI – 5/6). L'une de mes gravures favorites : celle de Pierre Fournier et de l'orchestre Philharmonique de Berlin sous la direction Alfred Wallenstein. La souplesse et le velouté du violoncelliste français, la finesse de la prise de son rendent ce disque incontournable malgré son âge (DG – 5/6 – 1967). Autres couplages historiques : André Navarra, grand violoncelliste et pédagogue français, a enregistré avec Karel Ancerl à Prague une interprétation incandescente (Supraphon – 5/6).

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Le disque de Rostropovitch - Bernstein et un extrait de la musique de Ben-Hur montrant l'influence de l'œuvre de Bloch sur des musiques de films célèbres signées des plus grands des B.O. Ici Miklos Rozsa.



vendredi 23 juin 2017

L'AMANT DOUBLE de François Ozon (2017) par Luc B.



Même dans ses films les plus légers, il y en a quelques-uns, François Ozon a toujours recherché la transgression. Son succès tout rose bonbon dans la forme HUIT FEMMES dégageait des trésors de noirceur et de perversité. Il a toujours joué avec les ambiguïtés sexuelles de ses personnages, leurs pulsions assouvies ou non.

Dans L’AMANT DOUBLE il met les pieds en plein dedans ! Le premier plan donne le ton, avec ce travelling arrière qui sort d’un vagin, pour se fondre sur un œil… Bon, on est dans un cabinet de gynéco, mais tout de même ! Fallait oser ! Montage quasi surréaliste qui renvoie AU CHIEN ANDALOU de Buñuel, aux photos de Man Ray.

Pas de scène d’exposition, Ozon entre dans le vif de son sujet, en quelques plans. Chloé, dépressive, se rend chez un psy, Paul Meyer. Au fil des rendez-vous, elle tombe amoureuse de son thérapeute, qui lui rend bien. Transgression. Ils s’installent ensemble. Et Chloé découvre des choses…

Je ne spolie pas l’intrigue - on connait le sujet du film. Paul a un jumeau, Louis, un double maléfique, qui va s’immiscer dans la vie du couple. C’est comme Clark Kent / Superman, y’en a un avec des lunettes, l’autre non ! Pas mal de films nous viennent à l’esprit, et pas des moindres, comme le FAUX SEMBLANT de Cronenberg, VERTIGO ou PSYCHOSE d’Hitchcock, BASIC INSTINCT de Verhoeven, le Kubrick d'EYES WIDE SHUT, le BODY DOUBLE de De Palma (ou Vertigo, donc, c’est pareil !), et l’esprit de Roman Polanski plane - notamment dans les scènes avec la voisine, grâce à la composition doucement flippante de Myriam Boyer. On pense à ROSEMARY’S BABY, REPULSION, LA VENUS A LA FOURRURE

"Psycho"... sort de ce corps !
Avec des parrainages aussi prestigieux, on pouvait s’attendre à un thriller aussi élégant que malsain. Y’a juste un problème. Après 10 minutes efficaces, les faces à faces entre Chloé et Paul deviennent vite redondants. Il ne se dégage pas grand-chose de leurs entrevues, qui prennent un temps fou, puisqu’on a compris assez vite qu’ils deviendront amants, et que le double, Louis, aura lui aussi sa part de gâteau. Et quand on s’ennuie, on est moins concentré, on rate des trucs, on pige encore moins.

Car - et là je ne spolie pas ! - une intrigue va en cacher une autre. Et du genre tarabiscoté. Sauf que ce regain d’action, ses nouveaux développements, arrivent un peu tard. Il y a pourtant plein de bonnes idées, celle de faire de Chloé une gardienne de musée, femme désincarnée, que personne ne regarde, un objet parmi ceux exposés. La voisine de palier, Rose (comme Mia Farrow dans le Polanski…) est un personnage ambigu à souhait, sa seule présence à l’écran dissipe une petite angoisse.

La mise en scène est comme toujours très travaillée, la photo est superbe, chaque mouvement de caméra respire la maitrise, la précision. Ozon sait filmer, pas de doute. Il y a des plans merveilleux, Chloé au téléphone sous une œuvre d’art, comme des branches d’arbre, dans son musée. Les décors sont particulièrement bien choisis, utilisés. François Ozon use du procédé split-screen (écran divisé) qui sied évidement au thème, un effet vidéo lui permet aussi de dédoubler Chloé dans une scène d’amour, bien vu. Et à propos, qui dit thriller érotique, dit scènes de sexe… y’en a.

Mais ça ne décolle pas. Cronenberg distillait son venin malsain et flippant, l’héroïne avait toute notre attention. Verhoeven usait des ficelles du Film Noir, du polar, on était toujours aux aguets. Je ne parviens pas à m’intéresser au cas de Chloé, froide comme une pièce de marbre dont sont faites les sculptures qu’elle surveille.  Pas sûr que le jeu des acteurs, Marine Vacht et Jérémie Renier, atone, aide beaucoup. Outre Myriam Boyer, on y croise aussi Jacqueline Bisset, toujours très classe.

Un thriller devrait faire frissonner, s’il est érotique, il devrait exciter... On se rattrape sur le travail de mise en scène très élaboré, mais l’histoire et les personnages nous passent un peu au-dessus.   

 
L'AMANT DOUBLE (2017)
couleur - 1h45 - scope 1:2;35
 
    
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