vendredi 20 avril 2018

LE GANG DES REVES de Luca Di Fulvio (2016) par Luc B.



Voilà du bon gros pavé pour les amateurs du genre, 950 pages qui vous tiendront la durée de vos prochains congés payés (on y a encore droit, profitons-en). On est sur du roman à multiples entrées, axé sur plusieurs personnages, et deux époques.

Luca Di Fulvio
Italie, 1906. Sur une propriété agricole, une gamine de 13 ans, fille de métayer, Cetta Luminita, est violée. Parce que c’est comme ça : elle est jolie et pauvre. Elle tombe enceinte, et mue par un extraordinaire courage, décide de partir en Amérique, avec son môme. Qui arrivé à Ellis Island, sera baptisé par les fonctionnaires de la douane : Christmas. Un nom de nègre, se plaindra-t-il toute sa vie ! Oui, mais un nom américain. Car Cetta est décidée à en faire un vrai américain. Elle, sera prise en main par un maquereau Sal, qui la colle au bordel. Bienvenue à Manhattan.

Manhattan, le Lower East Side
Pendant 15 ans, on va suivre la vie de Cetta Luminata, ses logeurs,  ses clients, son maquereau qui la dorlote, les truands qui gravitent autour, son goût du théâtre et sa coupe garçonne. Joli personnage, elle est résignée, courageuse, subit son sort, n'ayant comme seule pensée l'éducation de son fils. 

En parallèle, on va suivre une seconde histoire, centrée sur Christmas Luminata, le fils. On prend sa vie au même âge que sa mère lorsqu’elle a débarqué en Amérique. Le lecteur à un œil sur le présent (point de vue de la mère), et un œil vers le futur (point de vue du fils). Sans qu’aucun récit ne nuise à l’autre, au contraire, ils se complètent.

Christmas Luminata s’intègre difficilement, frappé du sceau du fils de la putain. Faute d’appartenir à une bande, il va s’en créer une : les Diamonds Dogs. Christmas est malin, il a du bagout, s’il raconte un truc, on y croit. Il s’invente une légende, et très vite, le quartier entier sera épaté par l’ascension du jeune Christmas dans la pègre. Ce qui ne sera pas sans conséquence, les "vrais" gangsters s'intéresseront de près à son cas. S’il a de l’imagination, il a aussi de la chance. Sa vie est faite de hasard, comme la rencontre avec la famille Isaacsson, dont le grand père a fait fortune dans le commerce. Savoir qu’il côtoie des gens riches, importants, c’est bien pour son image…

Adèle et Fred Astaire
Il est quasiment impossible de lâcher ce bouquin pendant 600 pages. Luca Di Fulvio use d'un style simple, direct, plus cinématographique que littéraire. C’est un conteur. Certains passages sont un peu rudes. Mais on est happé immédiatement par l’histoire et le destin de Cetta, comme des personnages qui feront leur apparition plus tard, Santo le bon ami, Joey le voyou, Ruth Isaacsson l’héritière, Bill le psychopathe. Les évènements s’enchainent vite, les années passent, bientôt les deux époques n’en font qu’une. Mais l’auteur continuera à ramifier son récit, autour de trois personnages : Bill, Ruth, et Christmas.

La seconde partie abandonne en chemin, hélas, Cetta et Sal le maquereau (personnage très attachant), qui passent du statut de personnages secondaires à simples figurants. Un reproche, car avec le nombre de pages qu’il reste, l’auteur avait largement le temps de les maintenir à flot. Il privilégie les nouveaux venus. Le caïd de la pègre, Rothstein (et ses sbires) pas insensible à l’insolence et l’intelligence de Christmas, Cyril le magasinier noir, voisin de Sister Bessie (Smith ?), et Karl, directeur des programmes d’une radio. Les parents Isaacsson sont encore là, glissent sur la mauvaise pente, aux prises avec les dettes, l'alcool et les remords. Leur fille Ruth après bien des souffrances, rencontrera son bienfaiteur, M. Bailey, éditeur, joli personnage aussi. Bill, lui, va découvrir la face cachée de la toute nouvelle Cité des Anges... 

Ce livre fait miroiter une Amérique fantasmée. Cetta n’a qu’une idée en arrivant, que son fils soit américain. Libre. Qu’il puisse jouir de ce qu’on lui a refusé, à elle. Tous les personnages rêvent de gloire, d’argent, de vie facile. Fascination qui fonctionne d’autant plus que l’action se déplace de Manhattan vers Los Angeles, Hollywood. On croise d’ailleurs quelques célébrités comme Fred Astaire, Duke Ellington ou John Barrymore. Le roman part des bas-fonds de Lower East Side, ses luttes syndicales, ses règlements entre voyous, trahisons, exécutions, jusqu'au au faste des résidences d’Hollywood Boulevard, et des parvenus cocaïnés. Luca Di Flavio évoque un pays en construction, les communautés noir, juive, italienne, irlandaise, les Ford T. les médias, la domination par l’image, le glamour, et glisse bien sûr de l’autre côté du décor.

Si les 200 dernières pages (une paille !) auraient pu être réduites largement de moitié - l’auteur semble en panne de carburant, peine à se renouveler et ressasse trop à mon goût - LE GANG DES RÊVES reste un très bon plaisir de lecture, foisonnant, romanesque, prenant. La narration en triptyque rappelle le film LES AFFRANCHIS de Scorsese, ce n’est sans doute pas un hasard. Il ne serait pas étonnant de voir Cetta et Christmas revivre sur grand écran.



Editions Pocket - 956 pages

jeudi 19 avril 2018

DEVIL JO & the Backdoormen "Press rewind" (2018)

Premier album - après plusieurs EP -  pour ce combo Stéphanois fondé en 2008. Après plusieurs changements de musiciens le line up actuel autour de la chanteuse Sarah K. (aka Devil Jo) est composé de Lorenzo (guitares, harmonica, claviers, percus), Vincent (guitares, theremin), Jérémy (batterie) et Willy (basse). Des musiciens  aux influences diverses qui vont du blues au métal en passant par le punk ou le grunge, bercés aux géants des 60's 70's, Stones, Beatles et autres Led Zep, sans oublier les groupes musclés des 90's tels Nirvana ou Metallica. Mais au milieu de ce déluge tellurique le blues reste le socle commun ainsi que le rappelle leur patronyme avec le "devil", la figure du diable incontournable dans le blues depuis sa rencontre avec Robert Johnson à un "crossroads". Quant aux backdoormen la référence évoque le fameux titre de Willie Dixon  "backdoorman" écrit pour Howlin' Wolf (1961) (qui sera repris par les Doors notamment mais aussi le Grateful Dead ou encore... Motorhead). J'ai aussi lu dans une interview d'eux que le "Jo" rendait hommage au grand bluesmen Mighty Joe.
source: leur facebook, avec les dates

On débute l'écoute avec "Mystery lover" porté par un gros riff de guitare funky du meilleur effet sur lequel notre diablesse Jo surfe avec sa voix chaude et puissante, un brin rocailleuse. Une belle entrée en matière pour ce groupe que je découvre. On enchaîne avec "I wonder why" solide blues rock  avec encore un petit grain funky qui me donne envie d'ajouter aux influences pré-cités Mother's Finest ou plus prés de nous les Bell Rays de Lisa Kekaula. Super groove encore tout en  souplesse sur "Press rewind", pas de doute ces stéphanois   sont tombés dans le chaudron quand ils étaient jeunes (*) et ont le chic pour pondre des compos évidentes, tellement que je me suis demandé un moment sur celle ci si ce n'était pas une cover d'un standard des seventies genre d'un Pat Travers ou Rick Derringer, mais non c'est bien du fait maison !

Ça dépote bien sur le long et atmosphérique "Battle blues" avec un  solide jeu de guitares et un coup de theremin (**), rock nerveux sur "I got it" puis "L. A. Boogie" nous emmène sur la planète boogie, celle des maîtres du genre Canned Heat ou Savoy Brown avec un harmonica déchaîné à la John Mayall et des chœurs couleur gospel. Difficile de rester de marbre tant cela est entraînant.
"Yellow whool sheet" balance encore bien, entre rock saturé et soul, de la "heavy soul" en quelque sorte... tout comme un "Sad sad moon"  bien teigneux.

Je vous parlais au début de leur double passion pour le blues et le "classic rock" les voici réunis avec "When the levee breaks" que les rockers connaissent par la reprise de Led Zepellin mais qui est à l'origine un blues composé par Memphis Minnie et son premier mari Joe McCoy. La version proposée ici est  sans surprise plus proche de celle du dirigeable que de l'original roots, en moins hard toutefois et avec un  feeling bien bluesy .

Tiens, j'en profite pour parler un peu de cette Memphis Minnie (1896 - 1973), bien oubliée de nos jours  mais qui fut la reine du blues des années 30 et 40, grande chanteuse, guitariste accomplie et parolière aussi. D'abord à Memphis puis Chicago, elle s'imposa dans ce monde qui laissait peu de places aux femmes, restant fidèle au blues rural de ses racines. 
Memphis Minnie
Avec son second mari Little Son Joe, elle prendra une part importante au Chicago blues d’après guerre, par leur musique électrifiée mais aussi en aidant des débutants nommés Little Walter ou Muddy Waters. Elle abandonnera la musique en 1957 après la mort de son mari et finira ses jour paralysée dans un asile, oubliée de tous.

Pourtant d'autres grandes chanteuses de blues comme Big Mama Thorton, Janis Joplin, Koko Taylor, Zora Young, ou l'anglaise Jo-Ann Kelly la citaient dans leurs influences. J'aime beaucoup cette chanteuse alors merci aux Backdoormen de m'avoir donné l'occasion de l'évoquer. 

Avec cet  excellent disque à la croisée de plusieurs univers, blues, heavy, funky, blues rock, avec une chanteuse remarquable, des guitares qui chauffent et de bonnes compos originales, Devil Jo et ses Backdoormen devraient rapidement faire parler d'eux.

(*) Rockin fait allusion au stade Geoffroy Guichard surnommé le chaudron pour son ambiance, théâtre des exploits européens des verts en 1975-76 ce qui ne rajeunit pas certains d'entre nous...
(**) le theremin est un instrument considéré comme l’ancêtre des instru électroniques et inventé en 1919 par le russe Léon Theremin; parmi les groupes de rock qui l'ont utilisé citons Aérosmith, Beach Boys , Muse, Radiohead ou Led Zep (sur "Whole lotta love")


ROCKIN-JL

On peut écouter l'album sur leur bandcamp :  devil-jo.com

mercredi 18 avril 2018

The BELLRAYS "Punk, Funk, Rock, Soul - Vol. 2", by Bruno

Punk Funk Rock Soul

       Les BellRays sont toujours là, et bien vivants. Pour le bien du peuple. Still alive and well. Malgré les obstacles, les déceptions, en dépit d'un grossier et révoltant désintérêt des médias. Mais ils n'en ont cure. Dès leurs débuts, ils ont convenu qu'ils ne feraient pas de concessions, quitte à s'auto-produire et à être édité et distribué par d'obscurs petits labels. Un parti pris afin de garder leur indépendance. Et ils ont eu le courage de s'y tenir en dépit de l'adversité et des difficultés que cela implique. Rien que pour ça, déjà, ils méritent amplement le respect.

       Dire que leur première réalisation, "In The Light of the Sun", date de 1993 (enregistré en 1992 !), et que par faute de moyens suffisants, ils n'avaient d'autre choix que d'adopter pour unique support, la cassette. Un premier jet fort bon, gorgé de Soul électrisante, parfois concupiscente, de Rhythm'n'Blues nerveux, de Rock garage, de sève, de verve, d'énergie. Et même de Jazz. Ben ouais. Heureusement, l'objet fut plus tard réédité en CD. C'est incompréhensible, mais, logiquement, avec une pièce de cet acabit, les maisons de disques auraient dû faire des pieds et des mains pour les signer. Au moins, pour les distribuer. Ce n'était pas le bon moment ? Pourquoi ? Il y aurait un bon moment pour réaliser de la bonne musique ? Il y aurait des saisons ? A ce moment là, c'était la "saison du Grunge". Dire qu'au même moment, on a crié au génie pour des disques moins bon que ce "In The Light of the Sun". Il n'y a pas de justice. Ou sinon c'est une justice qui touche des pots-de-vin. Peut-être qu'ils n'avaient pas le bon look ? Faut dire que la touche d'intello désabusée et blasée, le visage mangé par d'épaisse lunettes et une coupe négligée de mister Vennum ne correspond pas vraiment aux canons qu'une élite protectrice impose. Ou plutôt que, visiblement, ce n'étaient pas des jeunes gens faciles à manipuler.

     Une injustice qu'ils ont traînée derrière eux pendant de longues années, mais ils ont tenu bon. Et malgré les ans, ils ont gardé toute leur fraîcheur. Possible que ce soit parce que, eux, peuvent se regarder dans le miroir. Bien sûr, le "ils" concerne l'inséparable couple Kekaula-Vennum, l'épine dorsale du groupe. Car le temps, les difficultés, l'insuffisance de notoriété, ont eu raison de bien des musiciens, faisant alors des Bellrays une formation à géométrie variable dont l'âme reste inchangée.
En plus de 25 années de carrière, les Bellrays n'ont pu réaliser que huit disques (non compris celui partagé avec les Streetwalking Cheetah). Huit sans compter celui sous l'appellation "Bob & Lisa", excellent disque live et acoustique, ou encore celui sous "Lisa & The Lips", plus porté sur le Funk, avec des musiciens espagnols (dont un second opus est toujours dans l'attente d'être édité). Deux excursions en marge des Bellrays. Mais qu'est précisément la musique des Bellrays ? Car, aucun de leurs disques ne se ressemble. Et d'ailleurs, on ne peut prétendre connaître ce groupe à travers seulement un ou deux, voire même trois de ses disques, tant chacun possède sa personnalité. A la limite, on peut concéder que "Let it Blast" et "Gran Fury" sont deux frères rendant hommage au Punk-rock le plus cru,  et "Have a Little Faith" et "Hard Sweet & Sticky" deux sœurs redécouvrant la Soul et le Rhythm'n'Blues. En fait, The Bellrays est comme un arbre, robuste, un tronc dont les branches représentent sa discographie. Toutes de formes différentes et pourtant irréfutablement liées.

       Aujourd'hui, tel un testament - ce que l'on n'espère pas - le couple Kekaula-Vennum balance des skeuds modestement baptisés "Punk, Funk, Soul, Rock". Quatre noms de quatre lettres, comme "live" ou "love". Seulement différenciés par le numéro du volume. Le 1er est hélas bien succinct : un bien modeste Ep de quatre titres. Du torride certes, mais dont la modique quantité peut en laisser plus d'un sur sa faim. Heureusement, le second et salutaire volume n'a guère tardé. Un second volet, si bon, si fort, si intemporel que l'on vérifie à deux fois les crédits, persuadé d'y trouver quelques reprises dans le lot. Mais non, rien qui ne porte la double signature du couple marital.

       En aparté, au sujet des reprises, ils aiment ça. Ce qu'attestent leurs prestations scéniques. Un petit disque hommage, "Covers",  leur a été consacré en 2016 ; il démontre l'étendue de leurs goûts musicaux et réussit à surprendre. "Dream Police" de Cheap Trick, "Highway to Hell" (repris depuis des années sur scène), "Whole Lotta Love" (dans une intéressante version Soul de panthère noire ; probablement inspirée par celle de Tina Turner mais, heureusement, dénuée de violons "disco" et de claviers condescendants. Là, c'est 100% Rock, Heavy-rock), "You Took Me by Surprise" de The Seeds (plombé avec Wayne Kramer en guest), "Never Say Die" de Black Sabbath et "Livin' in the City" de Stevie Wonder (avec l'apport de l'Australienne Dallas Frasca). Que du bon. Des versions sans additifs ni colorants. On en redemande. Car sincèrement, parmi les innombrables disques dédiés aux reprises, celui sort du lot. Ne serait-ce que parce que le répertoire ne se porte pas uniquement sur des classiques. Même les deux scies que sont celle d'AC/DC et de Led Zeppelin ne sont pas particulièrement ressassés. (même si celle inspirée par le "You Need Love" de Willie Dixon commence depuis quelques temps à surgir sur quelques disques - Santana, Beth Hart, Mary J Blige -. Alors qu'auparavant, on se contentait d'inclure un bref passage  au milieu d'une chanson).
La voix de panthère de Lisa Kekaula, entre Bettye LaVette, Tina Turner et Rod Tyner (de MC5, évidemment ...) fait non seulement la différence, mais surtout, et c'en est d'ailleurs presque incroyable, elle se glisse dans ces chansons comme si elles avaient été composées pour elle. Au point où l'on en oublie les chanteurs originaux. Et là, c'est du lourd. Même ceux du Sabb' et de Cheap Trick ; deux formations aux vocalistes à la tonalité et au timbre si distants.

     Pour en revenir au présent disque, visiblement, ils ont fait le choix de pochettes on ne peut plus sobres. Limite rebutante, frôlant le suicide commercial. Et cela dure depuis 2008. A croire qu'ils s'économisent les méninges. En fait, la présentation de leurs disques ne semble n'avoir jamais été un de leur soucis. Déjà, ils ont toujours revendiqué vivre avant tout pour la scène. Et c'est le contenu qui a son importance, et non le contenant (une lapalissade). A l'écoute, le titre de la galette n'est pas usurpé, ni présomptueux. "Punk" étant le terme le moins approprié. Néanmoins, pour Vennum et Kekaula, la frontière entre ces genres est ténue. Du moins, du moment qu'il s'agit de bonne musique.

     Dorénavant, plus que jamais, leur musique représente un melting-pot de la musique populaire, prolétaire même. En particulier celle née dans les années 60 et 70. Celle permettant aux masses laborieuses de pouvoir, un instant, oublier leurs frustrations, leurs peines, leur accablement. Celle pouvant également servir d'exutoire, telle une soupape de sécurité pour évacuer la colère avant qu'elle n'ait raison de la santé mentale. Celle qui ressource, suffisamment pour affronter et supporter le labeur incessant. Source de chaleur réconfortante pour les cœurs et les âmes. Un peu paradoxalement, sachant qu'on l'imagine issue de lieux souillés par l'industrie, le béton, de contrées favorisant plutôt l'involution humaine. Voire le renfermement sur soi-même à cause d'un harassement continuel. 
Qu'est donc "Bad Reaction" sinon une pure émanation de saines vibrations Rock'n'Roll galvanisantes (chaudement recommandé après une journée éreintante - garantie sans effets secondaires indésirables) ? Les chœurs appellent le docteur, mais le remède est déjà là : celui du Punk-Funk-Rock-Soul du couple Californien. Un morceau qui a la stature d'un futur classique. Tout comme "Perfect", manifestation d'un Heavy-rock velouté, taquiné par une basse funky et enrobé d'une Soul mordante. Ou "Brand New Day", véritable Rhythm'n'Blues solaire engendrant sourires d'assouvissement (Bouddha écoutait-il les BellRays ?). Faculté partagée avec "Every Change I Get", entre chant Soul et syntaxe instrumentale bluesy, irradiant d'une saine chaleur les conduits auditifs.
Même le Punk-rock de "Junior High", à l'instrumentation en partie Ramonesque, procure force et énergie. De l'EPO sonique.
Pour les plus amorphes, il y a la solution radicale avec "Man Enough", élément frénétique échappé du "Kick Out the Jams" du MC5 ou du "Live At Leeds" des Who (source d'inspiration revendiquée - le disque et le groupe -).
Et pour les plus sensibles, les plus timorés, "I Can't Hide" revisite les vieilles recettes des classiques des Rhythm'n'Blues des 60's. Avec un soupçon de mordant en sus.
Même "Never Let a Woman", bien qu'empreint de gravité et d'une certaine mélancolie, d'une relative noirceur, a également la compétence pour botter l'arrière-train.

     Pas d’esbroufe, pas de chrome, rien de rutilant ou d'artificiel, ou de babillage soliste. Rien d'extravagant, d'alambiqué ou d'aventureux ici. Juste un bon et authentique Rock salvateur. L'absence de toutes formes d'aigus perçants ou stridents, engendre une douce patine naturelle propre aux œuvres de la Soul et du Hard-Blues des années 68-74 ; ça respire la prise live captée par d'antiques micros. La sobriété est de mise. Pas de chichis. Et c'est ce qui permet d'être imperméable au temps.

- "Blues is the Teacher. Punk is the Preacher"
- "Maximum Rock & Soul"



🎶 
Autre article / The BellRays (lien): "Black Lightning" (2010)

mardi 17 avril 2018

MARY REYNAUD - "MAKE IT TOGETHER" (2016) - par Pat Slade




Mary Reynaud est une petite fée clochette, sautillante, pétillante, pleine de vie et de talent !



Oh, Mary si tu savais…




Mary Reynaud, la première fois qu’on la voit, on dirait un genre d’électron libre, un joli lutin sorti tout droit d’un compte d’Andersen, mais plus proche de «La Petite Sirène» que «Le Vilain Petit Canard».   

Plusieurs fois j’ai parlé de Mary Reynaud, la charmante chanteuse-danseuse blonde du Franck Carducci Band, et en plus de jouer dans un groupe à propos duquel je n’en rajouterai pas une nouvelle couche, elle suit, en parallèle, une jolie carrière solo et son dernier EP en est une preuve dans une discographie déjà bien fournie. Donc en résumé, le dernier album et pour l’avoir vue sur scène, je vais faire une pierre deux coups.

Comme je ne veux pas être impoli, je ne dirais pas son âge, je vais juste parler comme un vieux : «Elle pourrait être ma fille !» et à l’âge ou certains sont encore à leurs chers études, elle écumait déjà la scène avec sa guitare. Ce sera grâce à ses parents qu’elle recevra une solide éducation musicale et, ayant un père président de l’association lyonnaise «Wild Goose» qui faisait la promotion du rock et de la country dans la région Rhône-Alpes-Auvergne, sa préférence au style bluegrass ne pouvait être que son cheval de bataille. Sa première trace discographique remonte à 2002 au sein de Zipcode 2025, un groupe qui donne dans la musique humoristique comme Le Quatuor ou Chanson plus bifluorée mais dans un style bluegrass. Au nouveau siècle elle va monter son groupe Mary & Co, sa vie d’adolescente sera absorbée par les concerts qui vont permettre au groupe de se payer des sessions studios. Entre 2003 et 2008 trois albums verront le jour. Le band apparaitra aussi sur deux compilations «Compilation France Bluegrass Vol.1 et vol.2»

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Mary Reynaud, c’est une touche à tout, elle n’est pas obnubilée par un style unique ; ses goûts et ses styles vont aller au delà de sa terre d’aventure. Du jazz à la pop et de la country au rock, elle va goûter à tout. Pourquoi rester cloitrée dans un genre alors que le monde de la musique est si vaste ? Et la demoiselle ne va pas se priver.

En 2015, elle ouvre les concerts de Franck Carducci avec ses compositions en guitares-voix, très bien accueillies par le public, un support sur CD était obligatoire et avec Manu Bertrand au dobro, Dorian Ricaux à la mandoline et Franck Carducci en backing vocal, l’album «Make It Together» sera mis en boite en deux jours seulement.

Mary Reynaud  : déjà une voix qui n’est pas sans rappeler celle d’Alison Krauss, Rhonda Vincent voir Jenny Kerr, mais arrêtons là les clichés. Mary a sa propre texture vocale et elle sait très bien s’en servir. «Magic Passerelle» et le trio guitare, mandoline dobro fait déjà effet sur cette ballade rapide. «Make It Together» écrit par Franck et Gille Carducci. «Faites-le ensemble» Serait-ce un clin d’œil de son producteur et ami Franck ? En attendant le morceau est super bien ficelé et ça s’écoute comme un morceau du bon vieux Willie Nelson. «Sad For Nothing» un titre qu’elle a écrit avec Christian Labonne son complice de Mary & Co, ainsi que «Under The Figtree» et «No Way You Can Guess» par Christian Labonne seulement, c’est comme une musique qui s’écoute sans avoir à réfléchir, de la musique qui détend. «3 Chords And The Truth» En voila un titre qu’il est beau ! Une belle ballade nostalgique comme je les aime.

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Comment écouter cet album ? Tout simplement dans un bon fauteuil avec un verre à la main (Ou un café…au choix de la personne !) en hiver au coin du feu et se laisser aller en ouvrant bien son cœur et ses oreilles. Des morceaux qui coulent comme du miel sur une tartine, c’est sucré, c’est doux, c’est bon. Les trois musiciens ensembles ont réussi une sorte d’osmose, de combinaison gagnante qui fait de «Make It Together» un très bon album. Et sur scène le soir du 6 avril 2018 en faisant la première partie de Franck Carducci, le jolie Mary n’avait pas à prouver à son auditoire ce que nous savions déjà sur elle, qu’elle était jolie, mais surtout qu’elle avait un énorme talent. La photo de la pochette est très belle et signée Anaëlle Trumka et, une chose que j’ai remarquée entre le disque et la scène, la chevelure blonde de la belle a réduit de longueur, mais cela n’entache pas le charme et la gentillesse  du personnage qui sont à la hauteur de sa beauté (Mais je ne suis qu’un mec pour dire de pareilles choses !).

Merci Mary pour les beaux moments intimistes que tu fais vivre sur scène et pour la dédicace sur mon EP !!!

(1) Photos Laurent Bisson

Si vous voulez avoir plus de renseignement sur Mary Reynaud ou acheter son album (il faut !), voici les liens à retenir :