mercredi 24 mai 2017

Alice COOPER "Killer" (novembre 1971), by Bruno



     Alice Cooper ,  the band, est un groupe totalement à part. Un produit typiquement américain,  mais marginal et même déviant. Comment référencer sa musique ? De la période s'étalant de 1969 à 1974.. à n'en point douter, c'est du Rock, absolument. Cependant, si l'on veut être précis, ce serait de quelle branche ? Au risque d'en choquer certains, ou d'en faire sourire (😃), ne pourrait-on pas considérer  l'Alice Cooper Band comme étant du Strong-Rock-Progressif-gothique ? 😂
Strong-Rock est un terme complètement désuet de nos jours, mais aux débuts des années 70 il était utilisé pour tenter de cataloguer par exemple des titres comme "School's Out" ou "Elected". Des compositions qui ne sont ni vraiment Heavy, ni Hard-Rock mais qui par leur puissance et leur radicalisation se démarque du Rock'n'Roll et du Blues-Rock naissant. Peu de rapports également avec le Hard-Blues d'un Led-Zeppelin ou d'un Mountain, le Heavy-Rock d'un Deep-Purple, voire d'un Uriah-Heep. On l'a souvent assimilé à du Glam-Rock, notamment pour son côté "paillettes", les tenues provocantes du Coop' et les cheveux interminables de Neal Smith (probablement les plus longs de toute la scène rock de la planète). Mais le strass de ces loustics n'est pas glamour ; ils cultivent l'art du décorum et de l'accoutrement pour bousculer les idées préconçues des « bien-pensants » et leurs « valeurs ». Pour faire réagir une jeunesse qui se complaît dans un endormissement, le déni et l'aveuglement. De plus, leur musique n'a rien des hymnes entraînants et assez jovials des Slade, T.Rex, Ziggy Stardust, Glitter ou Sweet. Oui "Strong-Rock" semble être une bonne et adéquate dénomination. Pour moins pour les morceaux les plus évidents.
Le Alice Cooper Band de "Love it tot Death"

     Mais attention. Pas de confusion. On traite bien ici du groupe Alice Cooper, et non du nom d'Alice Cooper, le chanteur. Ce dernier, né Vincent Damon Furnier le 4 février 1948 à Détroit, n'a pas encore entamé les procédures pour être le seul dépositaire de ce patronyme.

     Si beaucoup porte aux nues « Love it to Death », le suivant « Killer » est nettement plus abouti. Le premier d'une trilogie qui va marquer à jamais l'histoire de la musique populaire, dépassant les frontières du continent Nord-américain. C'est l'album qui entame l'indispensable trilogie des années 70 : « Killer », « School's Out » et « Billion Dollar Babies ». Trois joyaux. 
Certes, « Love it to Death » pose les bases du nouveau Alice Cooper Band. Cependant, « Killer », lui,  fait preuve d'une richesse et d'un nouvel esprit aventureux qui n'hésite pas à ébranler les codes. C'était déjà le projet initial du groupe, mais il ne savait pas comment s'y prendre pour y parvenir.
"Killer" arrache l'entité de l'attraction terrestre pour l'amener en vol stationnaire autour de la planète. A partir de ce disque, le collectif semble désormais inatteignable. 

     Si « Love it to Death » présentait déjà un quintet en pleine mutation, qui s'était transcendé en gagnant tant en maîtrise instrumentale qu'en qualité de compositeurs, « Killer » est un nouveau bond en avant. Un pas de géant ! Il y a un monde entre ces deux disques. Pourtant, seulement dix mois séparent ces deux albums. C'est que les musiciens, depuis quelques temps, las de galérer depuis des années, blessés par les critiques (Los Angeles l'avait considéré comme le groupe à détester), ne cessent de travailler leurs instruments et de peaufiner leurs compositions.
Bob Ezrin et Furnier, quelque part dans les 70's

     Et puis, il y a Bob Ezrin. Personnage majeure dans l'évolution du collectif. Un jeune Canadien qui s'est retrouvé un peu par hasard à enregistrer le disque d'un groupe dont personne ne voulait. En effet, son patron, Jack Richardson, futur Godfather du Rock Canadien, harcelé par le manager du groupe, Shep E. Gordon (1), finit pas céder. Mais ne souhaitant pas se compromettre (ni lui, ni son entourage de travail, n'avaient été enthousiasmé par les deux premiers essais) il envoie le jeune Ezrin, en fin de formation ou d'apprentissage, au casse-pipe. Il le charge d'aller à la rencontre du groupe, et voir s'il y a un espoir d'en faire quelque chose.
Contre toutes attentes, d'autant plus d'une personne formée à la musique classique, le concert du groupe auquel il assiste, ne le laisse pas indifférent. Il y a déjà une puissance que l'on ne retrouvait pas sur disque, mais surtout il y voit un potentiel qui ne demande qu'à être canalisé. Il y perçoit l'objectif, la route que cherche à tracer cette bande d'échalas chevelus dégingandés. Il les rejoint dans leur antre et les encourage à travailler, à encore s'améliorer. Vincent Furnier dira de lui plus tard qu'il était leur George Martin. Qu'il leur avait appris à mieux jouer de leurs instruments, à travailler avec eux pour qu'ils trouvent leur son ; et à lui-même de l'encourager à exploiter différentes facettes de sa voix, et notamment de ne pas craindre d'aller vers une théâtralisation de son chant. En grommelant, grognant, vociférant, murmurant, en faisant le crooner.
Bob Ezrin produira douze albums d'Alice Cooper. Peut-être un record dans la profession.

     Dès « Killer », Ezrin s'implique davantage dans la musique de la bande. Il intervient occasionnellement dans la composition, rajoutant pour la première fois une orchestration extérieure, et joue au besoin des claviers. Ainsi, à l'instar d'autres grands producteurs influents, Bob Ezrin peut légitimement être considéré comme le sixième membre du groupe. Mais la magie d'Ezrin, c'est de pouvoir considérablement immiscer dans la musique qu'il produit, sans étouffer la personnalité des musiciens. Au contraire, il l'exacerbe. L'aidant même parfois à lui attribuer une image cinématographique (si l'on peut s'exprimer ainsi en matière de musique).
     Comme pour la galette précédente, c'est un futur hit et classique qui entame la fête. Sur un départ fulgurant, tel un dragster fait de bric et de broc, qui fait crisser ses pneus ... et qui doit faire redémarrer son moteur avant de prendre la piste. « Under my Wheels » ouvre la route à un glam-rock'n'roll à l'ambiance festive, sentant l'odeur d'asphalte, le parfum bon marché et les grossiers cocktails colorés. C'est du Tex Avery dans le monde du Rock de Détroit. A l'origine un simple Rock'n'Roll durci par des guitares âpres et un chant hargneux, Ezrin a l'idée de l'habiller de cuivres. Une hérésie pour le groupe qui néanmoins, après quelques discussions, accepte de tenter l'expérience. A l'écoute du résultat, c'est une approbation unanime et enthousiaste. Les cuivres n'édulcorent aucunement l'orchestration. ils lui procurent une ambiance plus déjantée, mais "bon enfant". C'est le premier titre où le nom d'Ezrin apparaît comme compositeur. Le solo, assez rapide et nerveux, est joué par Rick Derringer (ex-Johnny Winter And et alors dans l'équipe d'Edgar Winter).
« The telephone is ringing ! You got me on the ruuun ; I'm driving in my car, now anticipating fun. I'm driving right up to you, babyyy. I guess that you couldn't see Yeaaah ! Yeaah ! But you're under my wheels ! »

La structure de base de« Be my Lover » est également de structure classique. Ici hérité de la culture des groupes de rock-garage des années 60, qui s'inspiraient fortement du Rhythm'n'Blues et du Doo-wop. Un rock à la structure sobre, épuré, avec des "oohh-whoap" et "aah-oooh" où Alice (le chanteur) démontre qu'il n'est pas seulement un brailleur provocateur mais aussi un réel chanteur de talent. Une chanson célèbre pour ses versets un peu auto-biographiques, relatant avec humour la rencontre d'un musicien avec une jeune fille. « J'lui ais dit que je venais de la ville de Détroit, et que je jouais dans un groupe de Rock'n'roll aux cheveux longs. Elle me demande pourquoi le chanteur s'appelle Alice. »
Une chanson qui servira de mètre-étalon à une tripotée de groupes américains (Kiss en tête) soucieux de marier un riff Heavy et accrocheur à un air Pop et mnémonique.

Avec « Halo of Flies » on touche à du grand Alice Cooper. Quelque chose d'atypique, que l'on ne peut définitivement enfermer dans un compartiment. Une pièce évolutive qui débute sur un Rock-progressif vaguement hippie avec un minimoog glougloutant, entre-coupé d'une cavalcade de cow-boys d'opérette, avant de se parer d'atours gothiques. Et enfin qui se métamorphose en Heavy-rock belliqueux. Un intermède pré-Heavy-Metal avec un duo de grattes en inox, avant de changer à nouveau et prendre des airs orientaux envoyant des images de traversé du désert à dos de chameau. Après un pont vaudou où l'on découvre le jeu tentaculaire et dégingandé de Neal Smith, le final se fait dans la douleur, au forceps. Les dernières secondes sont pénibles. En fait, "Halo of Flies" aurait été élaboré à partir de différents essais et pièces expérimentales que Furnier aurait rassemblés avec l'aide avisée d'Ezrin.
D'après Furnier, lui-même, cette pièce est une réponse au Rock-progressif d'Emerson Lake & Palmer, de King Crimson et consorts. Elle leur signifie qu'eux aussi savent jouer de leurs instruments. (« Halo of Flies » sortira en single en 1973).
La première face se termine sur une chanson célèbre pour son sujet d'inspiration initial : Jim Morrison – décédé quelques mois plus tôt - qui a été un pote de comptoir. Les premières mesures de « Desperado » pourraient être issues d'une chute d'un inédit des Doors, où, pour la première fois, le chant du Coop' la joue crooner (exercice qui fera désormais partie de son style). Là encore, le morceau mue en Hard-rock ; obligeant Vincent a chanter avec une hargne mordante. Cependant, des violons viennent tempérer les ardeurs. Loin d'être sirupeux, ils transmettent alors une humeur mélancolique ; l'image romantique du tueur gentleman des westerns d'Hollywood.
Michael Bruce,
compositeur principal de cet opus

     La seconde face démarre sous les mêmes auspices que la première et sous le même format. Quatre chansons. Deux Rock'n'roll échevelés, pure émanation de la scène rock de Detroit, en entrée, une longue pièce à tiroir et un final plus Hard-rock.
Avec « You Drive Me Nervous » on retrouve le Alice Cooperle chanteur – frénétique et nerveux, vociférant des "N n n nervous ! Nervous". Tandis que « Yeah Yeah Yeah » - pièce légère - retrouve cette insouciance et douce naïveté des garages bands des 60's à laquelle ce joint à nouveau Rick Derringer. On appréciera particulièrement le dernier mouvement où, sur une guitare répétitive et autiste, se greffe une seconde gratte qui joue un gimmick hypnotique. A la seconde répétition, une troisième double le gimmick. A la quatrième, un harmonica le triple avant de prendre son envol sur un air taquin.
"You could be the devil, be the Savior. Well ... I really can't tell by the way of your behavior"

« Dead Babies » par contre, œuvre gothique et sombre, n'a rien de réjouissant. L'atmosphère mélange le grand-guignol et la marche funèbre en mode Hard-rock. Avec certains passages proches du Sabbath d'alors. Inspiré d'un fait divers (2) la chanson se veut une diatribe contre la maltraitance d'enfant. Malheureusement, ce sera aussi un des premiers sujets d'attaque - en plus de ses prestations scéniques théâtrales parfois outrancières -, envers le Alice Cooper Band, d'une élite bien pensante . Certains y verront une ode, un encouragement à la violence, alors qu'on contraire c'était une manière de choquer pour réveiller les consciences (3). Certes, de son côté Vincent Furnier met de l'huile sur le feu en faisant son numéro de détraqué qui démembre et tranche la tête de poupées de poupons. Choquer pour mieux sensibiliser ? Ou simple spectacle mélangeant le Grand Guignol aux comédies musicales de Broadway ?
La basse de Dunaway est la charpente de ce morceau. A la fois lourde et claquante, elle impose une atmosphère lugubre comme un film de la Hammer. Rien de terrifiant, car ça reste décalé et kitsch. Notamment avec les chœurs digne de Michel Legrand (des films de Jacques Demy). Néanmoins, les pleurs de nourrisson ouvrant les refrains versent dans une zone plus malsaine, incommodante.
Ezrin y va encore de son orchestration, avec force trompettes, ou plutôt chalemies et sacqueboutes donnant une couleur festive médiévale. Étonnement parfaitement intégrée.
« Petite Betty a avalé un demi kilo d'aspirine. Elle l'a pris sur l'étagère … La maman de Betty n'était pas là pour la sauver. Elle n'a pas entendu les appels de son bébé ! Les bébés morts peuvent prendre soin d'eux ! … Bon, de toutes façons nous ne voulions pas de vous !! ». La chanson mute pour devenir  un féroce Heavy-rock sur lequel sont hurlés des « Goodbyyyye littleeee Betty ! » de psychotique.
"Dead Babies !"

Quand soudain surgit les bruits d'une foule en colère et menaçante. De cette foule, progressivement, émerge un riff tranchant, tel la hache d'un bourreau. Ce riff menaçant et reptilien impose la pièce finale.  « Killer » est un morceau de pur Hard-rock, où le Coop' chante avec désinvolture et détachement avec une voix de crooner froid. Iggy Pop n'est pas loin (on reste dans la sphère de Détroit). Le meurtrier plaide ; il ne comprend pas le sort que l'on lui réserve. "Je ne voulais pas vraiment m'impliquer ... Quelqu'un m'a mis ce flingue dans les mains et j'ai tout donné ... Yeah ... j'ai tout donné... Je suis entré dans cette vie, regardé tout autour, et pris ce que j'ai trouvé. Rien ne vient facilement"
Alors que la musique devient plus forte, jusqu'à en devenir stridente, avec des hurlements de sorcières ou de folles en pleine crise de délire, c'est un arrêt brutal. On a coupé le jus au moment où ce n'était plus supportable. Le courant revient avec oraison funèbre avec orgue de circonstance. On accompagne le tueur à la salle d'exécution où l'attend le bourreau. Toutefois, plutôt qu'un « tranche-tête »,  c'est la chaise électrique qui l'attend. Une fois l'assassin installé, on envoie le jus ☠. Maelstrom assourdissant, insoutenable, vrillant les tympans. Le silence qui suit est une délivrance. Tout comme la disparition du tueur .. Jusqu'à ce que ça recommence. Avec un autre.

     Après un tel album, de surcroît avec deux disques dans les pattes la même année, est-ce que le groupe aurait encore les ressources pour faire aussi bien ? Non. Il fera encore mieux. Oh oui, bien mieux.

Alice Cooper (Vincent Furnier) : chant et harmonica
Michael Bruce : guitare rythmique, chœurs et claviers
Glen Buxton : lead guitare
Denis Dunaway : basse, chœurs
Neal Smith : Batterie, chœurs et kachina

Bob Ezrin : producteur, mini-moog, arrangements

Le serpent de la pochette, « Kachina », appartenait à Neal Smith, et non Vincent Furnier comme on la souvent pu le lire à l'époque. D'ailleurs, sur la photo du verso du vinyl, c'est bien Neal qui maintient Kachina au dessus des têtes de ses camarades. Aux débuts, monsieur Furnier n'appréciait pas particulièrement ce genre de bestiole. Quant au lettrage, il est de la main gauche de Denis Dunaway.






Petit billet d'humeur : On nous assaille de multiples "remix", de "remasterisation" et autres éditions "Deluxe", polluant parfois l'oeuvre de diverses versions alternatives sans intérêt, et un disque de la teneur de ce "Killer" n'a toujours pas été, à ce jour, honoré d'une édition à la hauteur de sa valeur. Une aberration. 


(1) Shep E. Gordon, un personnage clef dans la carrière d'Alice Cooper (groupe et chanteur). C'est suite à une rencontre avec Jimi Hendrix (présenté par Janis Joplin) que, suivant les conseils du gaucher de Seattle, Shep se lance dans le management en commençant par Alice Cooper. Totalement impliqué, il n'est pas étranger dans l'ampleur que prendra dans la carrière du quintet. Avec notamment son art des coups de pub pertinents. Devenant un maître en la matière. Shep Gordon deviendra aussi le manager de Groucho Marx, Willie Nelson, Blondie, Michael Douglas, Sylvester Stallone, Sharon Stone, George Clinton, Pink Floyd, Raquel Welch, Squeeze, Kenny Loggins, Jean-Luc Ponthy. A ce jour, il est toujours le manager d'Alice Cooper (une longévité suffisamment rare pour être soulignée). 
Il est aussi impliqué dans la production de divers films. "Prince of Darkness" de Carpenter, où l'on retrouve Alice, "Le Village des damnées", "Shocker" de Wes Craven, le superbe "Les Duellistes" de Ridley Scott, "Le baiser de la femme araignée". 
(2) Une petite fille du nom de Betty est décédé des suites de l’ingurgitation du contenu d'un tube d'aspirine qui traînait sur une étagère à porté d'enfant. Personne n'a pu répondre à ses plaintes, ses cris. Le père malheureusement absent, au travail à des kilomètres, et la mère, perdu dans l'alcool.
(3) La première incursion au Royaume-Uni, en 1972, dans la continuité de la tournée qui suivit la sortie de « Killer », avait été annulée dans un premier temps. Mary Whitehouse, qui œuvre pour éviter tout programmes décadents et violents à la télévision, et, dans une moindre mesure, Leo Abse du partie travailliste, ont fait pression pour que ce groupe de dégénérés chevelus et accoutrés comme des as de pique soient interdits de territoire.Cependant, à la suite de divers pourparlers avec les autorités, l'interdiction est levée. Alice et sa bande peuvent débarquer en Albion.
En homme de bonne éducation, Vincent Furnier enverra des fleurs à madame Whitehouse pour la remercier de la publicité gratuite.



🎶
Autres articles / Alice Cooper (clic/lien) :
-  "Trash" (1989) + "Hey ! Stoopid" (1991)
-  "Brutal Planet" (2000)

mardi 23 mai 2017

JEAN-CHRISTOPHE PAGNUCCO "Une raison de vivre" (2017)


Première escapade solo pour notre ami Jean-Christophe Pagnucco, ci devant chanteur, bassiste et compositeur des Wich Doctors, le combo caennais habitué de nos colonnes et dont nous espérons un 4eme album prochainement.
En attendant JC ne manque pas de projets puisque quelques mois aprés Gravel Road (clic) (lien) le revoici avec un album sous son propre nom, pas vraiment un album solo d'ailleurs puisque son complice Laurent Choubrac y tient une part importante, production et divers instruments (guitares acoustiques et électriques, steel guitar, lap steel, basse, programmation batteries), JC tenant basse et guitares acoustique.
Avant l'écoute on notera la jaquette noir & blanc qui n'est pas sans évoquer de vieux clichés de pionniers du blues (Robert Johnson, Skip James..) signée de Jack.pixels (site)
@jackpixels

Au menu 13 titres, 7 originaux, 5 adaptations et
2 reprises réarrangées des...Witch Doctors ("Dans la détresse" de leur premier album et "Mes prisons" de "Libres").
A la première écoute j'ai trouvé l'ambiance très "Nebraska", ça tombe bien c'est mon album préféré du Boss; et JC m'a confirmé que c'était bien une influence majeure. D'ailleurs le premier titre qui donne son nom à l'album n'est autre que l’adaptation de "Reason to believe" de Springsteen sur Nebraska; CQFD ! Une belle version sobre et dépouillée et un super chant qui prend aux tripes.
Continuons avec les adaptations et "Personne ne sait" qui n'est autre que le standard country "Long black veil" chanté notamment par Joan Baez, Joni Mitchell ou bien sur Johnny Cash, et c'est de cette dernière, sombre et puissante que JC s'inspire. "A quoi bon se donner toute cette peine pour vivre" est une vielle complainte datant de la grande dépression qui mis tant de gens sur les routes signée B.A. Reed , reprises par Ry Cooder dans les seventies puis Springsteen dans ses "Pete Seeger sessions" plus récemment. "Seul au monde " et "Ou que j'aille" sont 2 ballades country de respectivement de Kris Kristofferson (" sunday morning coming down") et Hank Williams ("I'm so lonesome I could cry") devenus des standards qui ont été interprétés par les plus grands (Willie Nelson, Waylon Jennings ou Johnny Cash). Adapter des titres de l'anglais au français est un exercice périlleux ou certains se sont ridiculisés (je ne citerai personne) et d'autres ont tiré leur épingle du jeu (je pense spontanément à Graeme Allwright et ses versions de Léonard Cohen ou à Eddy Mitchell en général), et bien Pagnucco se classe d'entrée dans cette seconde catégorie, par la justesse des textes et l'interprétation avec cette belle voix puissante qui touche juste à chaque fois, sans oublier la musique dépouillé mais efficace et enluminée par de judicieuses parties de lapsteet et steel guitar de Laurent Choubrac.
Jc & Laurent - @jackpixels

Mais ce qui est encore plus remarquable que ces bonnes adaptations c'est que notre "man in black" normand a su s'imprégner dans cette ambiance folk protest song/ deep blues/ country, celle des laissés pour compte, des paumés du petit matin 
(comme chantait Brel), des grands espaces, des outlaws, des pénitenciers dans le soleil levant (tiens, ça me rappelle une chanson ça), des hobos sautant sur des trains de marchandises, pour créer ses propres textes où il se fait à son tour conteur d'histoires, de gens simples, de tranches de vie ordinaires. Non sans un certain humour d'ailleurs comme dans "New Year's blues" sur un gus qui se fait larguer un premier de l'an "victime d'une bonne résolution" ou "les bals masqués" sur un tempo genre chicka bom à la Johnny Cash dans lequel JC règle quelques comptes, égratignant (gentiment) certains programmateurs de festivals, ("donnez nous des leçons d'authenticité tout en nous préférant des gus tout déguisés même pas foutus de comprendre c'qui vont chanter, nous on n'est pas taillés pour animer des bals masqués)") - explications de l’intéressé: "c'est un petit clin d'oeil humoristique aux programmateurs de festoches qui refusent de t'engager (c'est leur droit le plus absolu) mais qui au passage t'expliquent que ta musique n'est pas assez comme ci ou comme ça ou te donnent des leçons de purisme. Il y en a partout des puristes , mais ce qui est drôle, c'est qu'en discutant avec eux tu réalises qu'ils ont une culture musicale proche de zéro. Et tu as cette idée au fond de toi que si on ne devait promouvoir que ceux qui copient à la virgule prés la musique des anciens, on n'aurait pas beaucoup d'artistes un peu novateurs à se mettre sous la dent.." Bien dit JC . J'ai bien aimé aussi le rock'n'roll "Combien" et "Poussière", plein de souffle et porté par des images fortes ("la gloire cette pute au souffle bref/ et le diable son souteneur / rongent ton coeur comme un cancer / et prennent de toi le meilleur"), bah en fait j'ai tout bien aimé..

D'ailleurs quelqu'un qui comme moi qui aime Dylan, Neil Young, Woody Guthrie, Springsteen, Johnny Cash ou Townes Van Zandt ne pourra que se réjouir d'écouter la musique qu'il aime en français, ce qui est plutôt rare. On dit souvent (les fameux puristes) que le rock ne se marie pas à la langue française, et bien JC nous montre qu'en tous cas celle ci est "americana-compatible" .
Voilà une autre facette du sieur Pagnucco que l'on connaissait surtout au travers du rock'n'roll ChuckBerryen des Witch Doctors, un album duquel il dit avoir mis beaucoup de lui dedans, et ça se ressent . Intimiste, dépouillé, sombre, drôle, chaud et intelligent, voila le genre de trucs dont on ressort de l'écoute en se sentant moins con. Alors si comme moi vous ambitionnez d'être un peu moins con n'hésitez pas…

NB- pour se le procurer écrire de notre part à l'auteur (jcpagnucco@hotmail.fr), (10€ port compris, autoproduit*)

(* -Mais pourquoi qu'un truc de cette qualité n'est pas sur un gros label et ne peut pas se trouver dans toutes les Fnac de France, vous avez de la merde dans les oreilles ou quoi?? Et pourquoi c'est pas les Chics types ou les Witch doctors qui représentent la France à l'eurovision au lieu de poufs grotesques ou de clowns sinitres qui nous font honte, Mais pourquoi qu … - Rockin du calme! Prends tes pilules! les Witch ou les Chics à l'Eurovision , tu rigoles ou quoi? -Ben non, au moins y feraient un sacré souk et on se marrerait bien...)

ROCKIN-JL

lundi 22 mai 2017

R.I.P. Chris Cornell (20/07/1964 - 17/05/2017) par Philou



Chris Cornell est décédé à Détroit (Michigan), dans la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 mai 2017. Il était âgé de 52 ans. Une  fuckin’ sale nouvelle annoncée par ses proches, qui ont précisé que cette tragique disparition était "soudaine et inattendue"; les premiers éléments de l’enquête conduisent à un suicide par pendaison, dans sa chambre d’hôtel, après avoir donné un concert la veille au soir avec SOUNDGARDEN, au Fox Theatre de Détroit. 


Christopher John Boyle est né le 20 juillet 1964 à Seattle (Washington). Après le divorce des ses parents, il prend le nom de famille de sa mère. D'un naturel solitaire, le jeune Christopher connait une enfance difficile. Il se réfugie dans la musique et s'entraine de longues heures à la batterie en écoutant les disques d'AC/DC. Il apprend également la guitare et le piano avant de se remettre à la batterie au sein de plusieurs formations locales de Hard Rock.
En 1984, avec le guitariste Kim Thayil et le bassiste Hiro Yamamoto, il forme SOUNDGARDEN. Porte drapeau de la scène alternative de Seattle, le groupe tourne encore dans le milieu underground et sort son 1er album "Ultramega OK" le 31 octobre 1988.
A & M records offre un contrat juteux au groupe qui signe son 2ème album "Louder Than Love", qui parait en septembre 1989. Cet album va faire décoller la carrière du groupe et va lui permettre de s'embarquer pour une tournée européenne.
En 1990, Chris Cornell enregistre "Temple Of The Dog" en compagnie d'Eddie Vedder, de Stone Gossard, de Mike Mc Cready et de Jeff Ament  (PEARL JAM), un album hommage à son ami Andrew Wood, le chanteur de MOTHER LOVE BONE, décédé d'une overdose le 19 mars 1990.
Avec le 3éme album "Badmotorfinger" qui parait en octobre 1991, SOUNDGARDEN va amorcer un premier virage en direction d'un heavy rock encore plus efficace et puissant. L'explosion du grunge se fait ressentir partout aux USA et en Europe, et SOUNDGARDEN est à l'orée d'une énorme carrière...
Le nouvel album de SOUNDGARDEN "Superunknown" parait le 08/03/1994, soit seulement quelques jours avant la mort de Kurt Cobain et va marquer un tournant de taille dans l'histoire du groupe. La chanson "Black Hole Sun", un succès interplanétaire, lui donne une notoriété énorme qui va rapidement dépasser les frontières du rock. 
En 1996, le grunge connait ses dernières heures de gloire et la sortie au mois de mai, du dernier album de SOUNDGARDEN "Down On The Upside", apparait aujourd'hui comme une sorte de testament. Suite à des tension entre Chris Cornell et Kim Thayil, le groupe explose. La séparation de SOUNDGARDEN est officiellement annoncée le 9 avril 1997.
Chris Cornell, il sort son 1er album solo en septembre 1999,"Euphoria Morning", dans lequel il nous dévoile une personnalité plus calme et plus mélodique.
Live avec Audioslave

En 2001, il travaille avec 3 ex-musiciens de RAGE AGAINST THE MACHINE (Tom Morello, Brad Wilk & Tim Commerford ) sur un nouveau projet qui va donner finalement naissance à AUDIOSLAVE. Ce nouveau poids lourd du rock américain va frapper très fort d'entrée de jeu, mais va s’essouffler et se séparer en février 2007, au bout de 3 albums. Chris Cornell compose en 2006, la chanson "You Know My Name" pour la BO du nouveau James Bond : Casino Royale.
En juin 2007, Chris Cornell publie son 2ème album solo "Carry On", un peu moins passionnant que le premier. Il commet l'irréparable avec son 3ème album "Scream" en mars 2009, en s'accoquinant avec l’infâme producteur Timbaland, responsable d'un nombre incroyable de bouses hip-hop ou R'n'B.... Un gâchis total !!! Pour se racheter (au moins à mes yeux) Chris Cornell reforme SOUNDGARDEN pour une série de concerts qui débute à Seattle, le 6 avril 2010.
Avant la tournée européenne de SOUNDGARDEN, le chanteur part avec sa guitare pour une virée solo en acoustique à travers les USA. Un album "Songbook", issu de cette tournée sera publié le 21/11/2011.
Le 29 mai 2012, SOUNDGARDEN est de retour en France, au Zénith de Paris après une bonne quinzaine d'année d'absence.
Pour son 4ème album solo "Higher Truth" qui parait en 2015, Chris Cornell privilégie le coté intime en offrant à ses fans un album presque totalement acoustique. Eh oui, Chris a 50 ans, il s'est assagi et on ne peut plus lui demander de hurler comme à l'époque de "Louder Thans Love".


Courant 2016, le guitariste de SOUNDGARDEN, Kim THayil annonce à la presse que le groupe compte sortir un nouvel album et se mettra à composer de nouveaux morceaux après la tournée australienne.


Chris Cornell avait une voix exceptionnelle, puissante, profonde qui couvrait près de 4 octaves et en plus, elle s'était bonifiée avec le temps.
Je pensais qu'il avait réussi à vaincre ses vieux démons, mais je me suis trompé...


R.I.P. Chris....
 

 Chris Cornell avec SOUNDGARDEN : "My Wave" de l'album "Superunknow" (1994).



 Chris Cornell avec AUDIOSLAVE : "Show Me How To Live" de l"album "Audioslave" (2002)


dimanche 21 mai 2017

BEST OF OÙ SONT NOMMÉS : ministre de la culture sympa...



Lundi : un pavé que s'est tapé Vincent: 700 pages de ce bouquin des éditions Camion blanc  consacré à Scorpions, pour fans hardcore voulant tout savoir sur leur groupe teuton favori, une mine d'infos, dommage que  dixit Vincent il ait été "écrit avec les pieds" et que les photos soient en noir et blancs…

Mercredi : double anniversaire pour Rockin, le sien et sa 500ème chronique (bon ok, ce n'est pas un anniversaire plutôt une commémoration), l'occasion d'une interview pas comme les autres et aussi celle de recevoir des félicitations  des grands de ce monde de Donald Trump à Emmanuel Macron ou Bob Dylan… La gloire non posthume, c'est tellement beau…
Pour une raison évidente de date, Bruno et Rockin ont échangé leur jour de publication.
Mardi : deuxième album des lyonnais de Back Roads qui a encore plus enthousiasmé Bruno que le premier. Il faut dire que leur heavy rock bluesy seventies a tout pour plaire à notre maniaque des riffs bourrus. On a expliqué à Claude  le terme riffs bourrus, depuis, il est ébouriffé !

Jeudi : un petit tour dans "la boite de jazz", titre phare de cet album de 1985 de Michel Jonasz "Unis vers l'uni", un grand cru  et un grand succès que nous fait revivre Pat. Question de Sonia : Y-a-t-il un chanteur français dans tous les genres dont Pat n'a pas entendu parler et n'a pas assisté au moins une fois à un concert ?

Vendredi : la séance ciné de Luc avec un classique du film d'anticipation : "Soleil vert"  de Richard Fleisher (1972), un film post apocalyptique qui en a traumatisé plus d'un dans les années 70, et avec  un sacré trio d'acteurs: Joseph Cotten, Edward G Robisnon et Charlton Heston. Moralité : ne jamais manger de biscuits verts, ils ne sont pas bio contrairement à ce que l'on peut penser…

Samedi : encore un nouveau venu dans le blog, catégorie compositeur "classique". Leoš Janáček, un tchèque un poil plus jeune que Dvorak mais plus moderniste. Au programme : l'une de ses œuvres les plus célèbres : La Sinfonietta pour grand orchestre avec plein de trompettes… Une musique vivante, jeune, lancée au pas de charge par le chef australien Charles Mackerras.