mercredi 26 avril 2017

John "Jay" GEILS - R.I.P. (20.02.1946 - 11.04.2017)



     Bien généralement, les groupes portant le nom d'une personne suivi d'un « band » ou d'un « group », traduisent immanquablement qui est le leader. Leader, tel un despote, qui a imposé son patronyme et qui est, dans une forte majorité de cas, aussi le fondateur. Une évidence.
Dans de rares cas, il arrive que ce leader - fondateur soit occulté par la présence et le charisme ou la musicalité (ou tout ça à la fois) d'un des membres du groupe. Ainsi, le collectif est parfois rebaptisé en conséquence, ou alors explose en plein vol, meurtri par des rancœurs, de l’incompréhension ou de la jalousie. Normalement, tout cela se passe avant que le groupe n'ait acquis une certaine notoriété ou ait réalisé un disque.
Le J. Geils Band est un cas à part.
J. Geils en 1968

      En effet, car dès que l'on énumère ou entend ce patronyme ou pense irrémédiablement à Magic Dick, l'énergique harmoniciste binoclard à la tignasse afro et surtout au chanteur Peter Wolf. Voire, pour les connaisseurs, au pianiste Seth Justman, compositeur exclusif. Ce dernier devenant même aussi auteur à partir de 1981. Parfois, le spectateur lambda, le simple curieux, pensait que J. Geils n'était autre que le chanteur. L'énergumène filiforme qui haranguait la foule et suait sang et eau à force d'arpenter la scène de toutes parts. 
C'est qu'a contrario, sur scène, Jay Geils (John Warren Geils le 20 février 1946 à New-York) ne fait rien de particulier pour se faire remarquer. Rien pour accrocher l’œil, si ce n'est de se présenter avec sa Gibson Flying V de 1958 customisée (avec son nom en lettres de nacres sur le manche, un large filet - binding - nacré et un cinquième potentiomètre) (1). Il ne fait pas ostensiblement front avec le public, préférant parfois rester légèrement en retrait, près de la batterie, laissant le soin à Magic Dick et Wolf faire le show. Il ne vient s'offrir au public que lors de quelques concis soli. John W. Geils vient de l'école des Steve Cropper qui préfère s'effacer au profit de la cohésion d'une instrumentation solide et infaillible.

     Et en studio, ce n'est guère mieux. Contrairement aux canons des enregistrements de disques Rock des années 70, la guitare reste en retrait par rapport au piano. Et la basse profite aussi d'un régime de faveur. Cependant, pour son cas, on peut légitimement subodorer qu'il s'agit d'une résurgence de la décennie précédente où la Soul et le Rhythm'n'Blues s'appuyaient essentiellement sur le groove de la basse.
Certes, je force un peu le trait, mais c'est pour appuyer sur le fait que John Warren Geils n'a pas les attributs - ou ne souhaite pas les avoir - propre au guitar-hero. Un fait qui a d'ailleurs parfois refroidi nombre d'amateurs de Rock fort et lourd, habitués alors aux guitares cossues et parfois stridentes des années 80.

     Quoi qu'il en soit, le fondateur de ce groupe, c'est bien John Geils. C'est lui qui a réuni cette bande de flibustiers, unis pour prêcher la bonne parole d'un Rhythm'n'Blues pur, âpre et torride.
Initié à la musique par les disques de Count Basie, Benny Goodman, Louis Amstrong et de Duke Ellington de son père, son premier instrument est la trompette. Il en joue dans l'orchestre de son université (en 1964). Mais lorsqu'il rentre à l'institut polytechnique de Worcester - pour étudier l'ingénierie mécanique -, il profite de la proximité du campus avec Boston, pour fréquenter assidûment les clubs et s'imprégner de la scène locale qui l'amène à s'intéresser au Folk et au Blues. Ses nouveaux centres d'intérêts musicaux l'incitent à délaisser sa trompette au profit d'une guitare.  

     C'est dans ces bars Bostonniens qu'il fait une rencontre décisive en la personne de Richard Salwitz ; l'harmoniciste plus connu sous le nom de scène de Magic Dick. Ensuite, c'est au tour du bassiste Danny Klein. Désormais, c'est trois là vont faire un bon bout de chemin ensemble. Ils montent un trio de Blues acoustique : le J.Geils Blues Band
Mais une troisième rencontre va se montrer radicalement déterminante, et va modifier les perspectives futures du petit trio qui était promu à un avenir modeste. En 1967, Peter Blankenfeld rejoint la petite bande et prend la place de chanteur. Ce disc-jockey d'une radio de Boston (WBCN), fils de chanteur d'opérette, possède une impressionnante collection de disques qui va servir de terreau pour la nouvelle direction musicale. Avec Blankenfeld devenu Peter Wolf et Stephen Jo Bladd à la batterie, le trio devient quintet et durci le ton en conséquence.

Jay et sa fameuse Flying V 1958 modifiée

    En 1969, un élément clef se joint au collectif. Il s'agit de Seth Justman qui va rapidement prendre les rênes en devenant le compositeur de la troupe. 
La bande opte pour oublier le « Blues » et se contente d'un plus simple J. Geils Band
Sans disque à son actif, mais précédé d'une très bonne réputation scénique, la bande est conviée à ce produire au festival de Woodstock (août 1969). Offre qu'elle refuse (!). Une décision qui aurait pu leur coûter chère.

     Heureusement, quelques mois plus tard, en 1970, c'est la signature chez Atlantic et un premier disque remarqué (la revue Rolling Stone désigne alors le groupe comme le plus prometteur de l'année). Geils ne signe qu'un titre sur onze (six reprises, le reste étant de la plume duo Wolf – Justman). Sa Les Paul est à la fois sobre et brute, exempte de tous artifices. Directement branchée dans un ampli que l'on ménage, que l'on se garde bien de pousser dans ses retranchements. Et il ne change pas d'un iota sur les albums suivants. Même en live, il prend garde de ne pas prendre la moindre saturation (pratiquement). En fait, ses Gibson durcissent parfois le ton, soit en jouant des potentiomètres, soit en ayant recours à une petite et timide Fuzz, mais en se gardant bien de percer dans le mix. Un parti pris pour ne pas se détacher de ses collègues.  Même si derrière, il y a deux lascars, en l'occurrence Magic Dick et Danny Klein, qui au contraire n'hésitent pas à lâcher les watts. (Si bien qu'à la même époque, en comparaison, John Fogerty avec sa Les Paul Black Beauty ou sa Rickenbaker, semble nager en plein Heavy-rock).

     Il faudra attendre l'album "Monkey Island" (sorti sous le patronyme raccourci, Geils) pour l'entendre épaissir le son de sa guitare, et lui offrir d'autres couleurs. Une tendance qui va s'accentuer pour se perdre dans les années 80 dans des sonorités coincées entre un Hard-efféminé et de la Pop synthétique et rigide.
Ce qui n'enlève rien aux qualités certaines de Geils. Les arcanes du Blues, du Funk, de la Soul et du Rhythm'n'Blues n'ont pas de secret pour lui. Au besoin, il sort quelques rythmes Reggae, à une époque où les p'tits blancs qui prenaient le risque de s'y frotter se comptaient sur les doigts d'une main. Et même en solo, s'il n'a pas la flamboyance d'un Otis Rush ou d'un Buddy Guy (pour rester dans un créneau, temporel et musical, un peu près similaire) ses interventions, toujours concises, tiennent la route et surtout, sont musicales. Certains sont même aptes à être chantonnés.

     Il a toujours été admis que le J. Geils Band était un groupe qui s'appréciait sur scène. Que leurs disques studio n'étaient qu'un pâle reflet de sa véritable nature. Bizarrement, à l'exception peut-être sur les premiers opus, le studio ne parvient pas à restituer l'énergie torride que le groupe déployait sur scène. En comparaison, les enregistrements paraissent édulcorés, limite policés. D'ailleurs, pendant longtemps, en dépit d'un succès grandissant, le groupe ne ralenti pas la cadence de ses concerts. Simplement parce qu'il aime ça. Pour lui, c'est in besoin viscéral.A partir de l'album « Nightmares … And Other Themes from Vinyl Jungle » (souvent considéré comme le meilleur disque studio), il se produit à guichet fermé dans des salles plus grandes.


     Pendant longtemps, lorsque l'on demandait par quel disque débuter pour découvrir ce groupe, c'était généralement les enregistrements publics qui étaient chaudement conseillés. Trois disques live :  « Full House », « Blow Your Face Out » et « Showtime ! ». Et chacun défendant ardemment son préféré. 
Toutefois, commercialement, ce sont « Love Stinks » et surtout « Freeze Frame », poussé par le hit "Centerfold" et appuyé par des vidéo-clips, qui leur ouvrent les portes à un succès international. Et des rentrées pécuniaires plus conséquentes. Pourtant ces disques sont perclus de froides sonorités new-wave et de rythmes binaires, où le Rhythm'n'Blues n'est plus qu'un lointain souvenir honteux. En dépit de leur succès, ils annoncent un proche et rapide déclin, précipité par le départ de Peter Wolf. Ce sont les disques les moins bons qui remportent le plus de succès, le dernier, sans Wolf, étant hors concours car unanimement décrié. Un illogisme et un paradoxe qui auront raison du collectif. Ces disques des années 80, grevés par une production datée et aseptisée, ont bien plus souffert du temps que ceux de la décennie précédente. 
Fait rare pour une formation de plus de quinze ans d'âge, et qui, de surcroît, est longtemps resté sur les routes : de sa genèse à son dissolution, elle ne changea jamais de personnel.

     Après le split, John W. Geils se range et mène désormais une vie tranquille. Amplement mérité après de nombreuses années passées sur la route. Il s'installe à Ayer (dans le Massachusetts) et y monte une affaire qui va lui permettre d'assouvir une seconde passion. Depuis longtemps, il affectionne les voitures sportives des années 60. Plus particulièrement les européennes et principalement les Italiennes. Le KTR European Motorports (99, Fitchburg Rd) propose la revente, l'entretien et la restauration de voitures de sports européennes anciennes. Et prépare aussi pour les véhicules pour la compétition. (Jay possède lui -même des sportives de cette époque, dont une Alfa-Roméo, une Lancia et une Ferrari)

     Malgré cette nouvelle activité, il ne délaisse par pour autant la musique. Son attachement est profond. Son respect des anciens, des fondateurs, l'amène à collectionner du matériel antique de ses premières idoles ; à savoir Charlie Christian, T-Bone Walker et B.B. King (dont, pour ce dernier, le fameux vieux petit Fender Deluxe bariolé des « Bee Bee King » et « WDIA » que l'on peut voir sur les premières photos). 
Parfois, il retrouve les joies simples de sa jeunesse en jouant dans quelques clubs de Boston, retrouvant à l'occasion le vieux compère Magic Dick avec qui il enregistre deux disques de Blues classiques (sur Rounder) ; "Bluestime" en 1994 et "Little Car Blues" en 1996.
Jay avec une Gibson 1951, ES-5 natural

      Plus tard, c'est pour des reformations éphémères du J. Geils Band, le temps d'un concert ou d'une mini-tournée, qu'il décroche ses guitares. Cependant, l'entente n'est plus au beau-fixe et Jay finit par soupçonner la troupe de vouloir tourner sans lui mais en gardant son nom. Seulement, le J. Geils Band sans Jay Geils ... ça ne veut plus rien dire.
Plus souvent, à partir des années 2000, ce sont ses Gibson ES-250 et ES-150 qu'il sort pour taquiner le Jazz des années 30 et 40, et le Jazz-blues d'un T-Bone Walker
Cela devient plus sérieux à partir de 2004 où il enregistre un disque en compagnie de Gerry Beaudouin et de Duke Robillard, "New Guitar Summit", qui sera rapidement suivit d'une tournée qui sera l'objet d'un enregistrement : "New Guitar Summit : Live at the Stoneham Theatre".
Par la suite, il continue dans la même direction et enregistre trois disques sous son propre nom :  "Jay Geils play Jazz !" en 2005, " Jay Geils, Gerry Baudouin and the Kings of Strings, featuring Aaron Weinstein" en 2006, et "Toe Tappin' Jazz" en 2009. 

     En fait, John Geils était de la trempe des Steve Cropper, des Malcom Young. Bien qu'à l'époque héroïque du Band, il bougeait nettement plus (c'est un euphémisme). Des guitaristes qui ne souffrent pas d'un égo démesuré et qui donc s'épanouissent sainement par le simple plaisir de faire partie d'un ensemble, et de participer, de donner vie à une musique au sein d'un orchestre. De jouer la musique qu'il aime, sans pression, sans se soucier des éventuelles retombées commerciales.

     Le J. Geils Band a été nominé à deux reprises (en 2010 pour 2011 et en 2016 pour 2017) pour être intronisé au Rock'n'Roll of Fame mais n'a finalement pas été retenu. Il devait l'être pour 2018. Hélas, ce sera sans son fondateur. John Warren Geils a été retrouvé décédé à son domicile de Groton (Massachusetts). Il avait 71 ans. 

     Si on loue légitimement les musiciens brillant par leur talent, on a aussi trop pris l'habitude de louer ceux qui se font remarquer par leur exubérance. Avec pour conséquence, une surenchère perpétuelle. Au point où, aujourd'hui, c'est l'image qui prime avant l'authenticité, la probité. Nous avons malheureusement hérité d'une société qui nous ressemble. Où règne la futilité et le mensonge.


(1) pour revenir sur sa Gibson Flying V modifiée, si Jay a utilisé différentes guitares du temps du J. Geils Band, diverses Gibson et une Fender Stratocaster, c'est bien à cette guitare personnalisée qu'il a été associé.


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mardi 25 avril 2017

JJ THAMES "Raw sugar" (2016)



La vie de cette chanteuse semble sortie d'un scénario d'Hollywood, avec ses joies, ses drames, une descente aux enfers puis un happy end. Née à Detroit elle grandit dans la Motor City, ou du moins les ruines de cette ville en faillite, elle y étudie le piano classique et jazz ainsi que le chant et se produit sur scène dès l'age de 9 ans. Précoce en tout elle donne également naissance à son premier enfant à 17 ans avant la prendre la direction de Jackson dans le Mississippi où elle étudie tout en se produisant dans les clubs locaux où elle a l'occasion de chanter avec quelques légendes comme Bobbie Blue Bland ou Denise Lasalle. En 2004 elle est mère pour la seconde fois mais l'enfant décède en bas age et elle rentre à Détroit et trouve réconfort dans la musique, elle chante pendant 2 ans dans un club puis prend la direction de New York en 2008. Elle survit de petits boulots, des piges comme choriste aussi mais ça ne suffit pas et elle se retrouve obligée de chanter dans les rues et métros et séjourne même quelques temps dans un refuge pour sans abris. Mais la roue va tourner, aidée par sa famille et ses amis elle retourne dans le Mississippi où elle est repérée par un des principaux acteurs du blues local, Grady Champion, qui l'engage comme choriste avant de la signer sur son nouveau label DecChamp Records et l'album "Tell you what I know" sort début 2014 et rencontre un beau succès, donnant lieu a de flatteuses comparaisons: Etta James, Tina Turner, rien que ça…

  2 ans ont passé et voici "Raw sugar", produit par Grady, Eddie Cotton JR et J.J. elle même, les 2 derniers co-signant textes et musiques, 13 compos et aucune reprise. Coté musiciens on retrouve Eddie Cotton Jr aux guitares, Darry Sanford aux claviers, John Blackmon aux drums, Anthony Daniels à la basse, et une section de cuivres (Kimble Funchess -trompette, Jessie Primer III -saxo, Robert Lamkin- trombone).
On commence avec un beau et pur gospel "Oh Lord", voix puissante et passionnée pour invoquer son Dieu, une voix sincère qui transpire de vécu et d'épreuves endurées; avec 2 invités au chœurs et respectivement à la mandoline et guitare : : Ben Hunter et Joe Seamons.
Place à des choses plus festives avec 2 Rhythm'n'Blues enlevés "Hattie Pearl" et "I'm leavin" sur lesquels piano, cuivres et guitare sont bien présentes. Après ce début en fanfare le soufflé retombe un peu avec 3 titres ballades/soul/pop taillés pour les FM. Avec mention à "Leftlovers" qui pourrait servir de B.O. à la croisière s'amuse... Plus intéressant est "Bad man" qui a un petit parfum Stax et orné de la belle guitare de Eddie Cotton Jr, c'est d'ailleurs dans ce registre de soul qui balance, avec une pincée de funk que J.J. et son orchestre sont les plus convaincants, la preuve avec l'excellentissime "Don't stop my shine" avec un formidable Cotton qui sonne à la Albert King et sa guitare Lucy, ou encore les sautillants "I wanna fall in love", "I don't feel nothing", ou le morceau titre "Raw sugar".

Si 3 ou 4 plages font un peu baisser la note, globalement c'est du très bon, les musiques et les instrumentistes sont brillants et notre J.J. est une sacrée chanteuse pleine de feeling et avec du coffre. Après un début de parcours chaotique elle pourrait prendre une belle revanche et s'inscrire dans la lignée d'une autre Big Mama (Thornton), de Koko (Taylor), Etta (James) ou autres grandes dames du blues; l'avenir nous le dira..

ROCKIN-JL

lundi 24 avril 2017

YVES VESSIERE - UN HOMME QUI CHANTE - par Pat Slade


Yves Vessiere Le Chant d’Un Homme





Patchwork d’une carrière





Une fois de plus le facteur m’a apporté un CD. Ma boite à lettres va devenir une succursale de la FNAC et de Cultura réunis. Mais les artistes auxquels nous autres chroniqueurs du Déblocnot’ nous portons une oreille attentive sont hors système, hors showbiz la plupart du temps et ne méritent pas de l’être. Ils devraient plutôt envahir les médias au centuple pour contrer le matraquage de chanteurs sans voix et sans talents (Je ne citerais pas de noms !)

La France est un énorme vivier de talents, il ne suffit pas de regarder avec des œillères comme des zombies des émissions télévisés comme «The Voice» où les fauteuils tournent sur eux-mêmes ou encore «La France a un incroyable talent» ou le buzzer fatidique te renvoie à tes études. Il faut chercher dans la France rurale pour trouver beaucoup de talents méconnus. Comme pour Hélène Gerray, cette charmante et talentueuse chanteuse du Cher à laquelle j’avais consacré une chronique au mois de mars dernier ou Brigitte Lecoq et ses reprises de Barbara dans le centre. On me propose aujourd’hui de m’intéresser à Yves Vessiere, un homme de l’Allier. Mais avant de parler de ce chanteur musicien et de son album «On se demande», je tenais à préciser que je vais traquer ces chanteurs et chanteuses qui sont dans l’ombre et j’ai déjà plusieurs noms sur mes tablettes : Claudia Meyer, Michèle Bernard et Fred Daubert. Beaucoup de travail en perspective.

Yves Vessiere - Jean-Louis Foulquier
Mais revenons à l’homme que je dois aujourd’hui présenter. Bienvenue dans le pays où faire bonne chère et bombance n’est plus à démontrer. Entre la viande du Charolais et le pâté aux pommes de terre, il reste du temps pour faire place à la musique et à ceux qui la font. 

Yves Vessiere n’est pas un «perdreau de l’année». Il a déjà de la route et du métier derrière lui. «On se demande» est son sixième album. Dans sa vie il croisera celle de l’homme qui créera les Francofolies. Jean-Louis Foulquier l’invitera à  France-Inter sur le plateau de «Y’a d’la chanson dans l’air». Il fera aussi des rencontres dans sa vie de musicien parolier avec d’autres artistes connus (quand même) comme Anne Sylvestre, Charles Dumont, Isabelle Aubret, Leny Escudero ou le Suisse Michel Bühler

Il ne sera pas facile pour moi de passer derrière les journalistes professionnels de «Paroles et Musiques», «Chorus» ou encore ceux de la presse de province comme «La Montagne», «La Nouvelle République» ou «Le Progrès de Lyon», c’est comme si je faisais une chronique sur Genesis après Hervé Picart du regretté journal «Best».

Je prends la pochette et je vois la photo d’un homme au visage un peu buriné, l’œil plissé, le cheveu rare et un sourire énigmatique aux lèvres. Un homme qui se poserait la question «On se demande…». Bref ! Je me lance dans l’écoute et place la rondelle de polycarbonate dans le lecteur de marque japonaise de ma chaine hifi. Je ne parlerais pas du timbre de voix, je garde ça pour la fin.




On Se Demande… 






«On se demande» : Une belle ligne mélodique à la guitare dans le style de Maxime le Forestier et des paroles qui pourraient sortir de la plume de l’artiste à l’époque ou il avait de la barbe. Un réquisitoire sur notre monde de fous et je ne peux que la comparer à un titre de Georges Chelon. «Tant et tant»  où Yves Vessiere se demande «Comment nous vient ce goût de vivre» alors que «Pour un Jaurès, pour un Gandhi. Tant de despotes, tant de tyrans». «Vrai fils de la nation» : Sur une petite musique bluesy toujours dans la même ligne ques les titres précédents. L’auteur du texte est un certain Bernard Martin (Désolé ! Je ne le connais pas, donc sujet à creuser !). Un texte qui s'interroge sur le thème de l’identité nationale ou alors sur le métissage de chacun de nous. Un Brassens aurait bien pu la chanter, je me suis surpris à sourire en l’écoutant.  

«Un Livre» : Au son d’une guitare et des balais de batterie, voici sur un rythme jazzy une prise de conscience qu’un livre et la lecture en général est une évasion «Tu le traînes partout. Partout, et même au p’tit coin». Beaucoup de jeunes devraient écouter cette chanson au lieu de s’abrutir devant leurs écrans de toutes tailles, encore faut-il susciter leur intérêt nous les aînés, hein papi Claude 😁.
«Ce bonhomme, il sait tout» Un tempo à la Brassens, des paroles avec ses homophonies. Une petite chanson drôle et bien tournée.

«Je voulais conserver ma place» Très beau titre sur le harcèlement moral au travail où les jeunes arrivistes du haut de l’échelle dans une entreprise te font bien comprendre que le rendement est primordial et qu’ils pourraient te pousser jusqu’au suicide. 
«Chaque fois qu’j’te vois» : Jazz manouche et le discours d’un homme et d’une femme qui vivent un amour passif.

«Je hais les haies» Toujours sur le même tempo, on change d’auteur pour… Raymond Devos et ses mots décalés. Rien d’autre à dire sauf que j’ai du l’écouter trois fois pour bien comprendre ! Raymond Devos n’était pas un magicien des mots pour rien.   
«L’avaleur de l’argent» : Yves Vessiere sait lui aussi jongler et jouer avec les mots et nous le prouve avec ce titre. Parti d’une anodine phrase de ses parents, dans la tête d’un enfant cela devient autre chose «Tu verras quand tu connaîtras la valeur de l’argent… Et moi je m’imaginais qu’une sorte de super Picsou avalait tout notre fric, nos sous» 

«Des routes pour partir» : Le chômage, la délocalisation des usines… La crise ! «Y’a plus d’pognon, y’a plus de flouze, aujourd’hui, ça sent la loose» mais avec un message subliminal : en parlant de l’embauche «Pas plus chez Auchan, qu’chez But. On bricole à droite, à gauche, y’a qu’ «la Marine» qui recrute».
«Noël, Noël» Avec des paroles de Jean Richepin, écrivain connus pour son recueil de poèmes «La chanson des gueux» qui en 1876 lui vaudront 1 mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs. Jean Richepin était un poète engagé politiquement sous l’étiquette «Fédération de Gauche», considéré comme un grand rhétoricien, ses textes ont pour base la misère et cette chanson, malgré sa guitare plutôt guillerette, n’échappe pas à la règle.  

«Ah ! Je perds tout» : L’histoire d’un homme qui raconte qu’il a perdu sa femme et qui, au dernier couplet, nous glace l’échine en nous disant qu’il a perdu la boite «Elle craint les courants d’air… Maintenant qu’elle est en poussière…»
 «Tu viens, tu pars» Encore un rythme jazzy-manouche. Mais a qui Yves Vessiere pose t’il la question ? Une femme ? Ou a un quelconque pote qui joue les morpions ?


«Il n’y a pas» : Une déclaration d’amour avec calembours, jeux de mots et humour qui frise la prose de Boby Lapointe.
«Les microbes sympas» : Une chanson drôle qui vous fait voir qu’une angine ou une grippe peuvent avoir de bon cotés : «Et vive les microbes sympas qui vous mettent quelques temps sous les draps»
«Je pense à toi» : C’est sur un beau texte de René Fallet l’auteur de «Paris au mois d’août» et un grand pote de l’ami Brassens que se conclut cet album. Un homme qui pense à son amour alors que ce dernier se trouve dans un Paris trop gris et trop pollué à son goût.

Yves Vessierre, un style d’artiste que l’on trouvait dans les années 70-80 avec une voix ou un style qui  aurait tendance à  se rapprocher de chanteurs comme Pierre Tisserand, Yvan Dautin Georges Chelon, Yves Branellec ou encore François Béranger. Ça ne peut que plaire.
Yves Vessiere tisse ses textes comme une toile d’araignée où l’auditeur se prend volontairement dedans. Encore une très belle découverte qui nous fais bien comprendre que la chanson française n’est pas définitivement foutu !



dimanche 23 avril 2017

VOTEZ BEST OF !





Bon, ce dimanche soir, nous aurons le choix entre :
1. Se faire interdire de diffusion sous prétexte que le rock et ses déviances peuvent endommager irrémédiablement notre blonde jeunesse, et que seules les productions françaises auront droit de citer.
2. Devoir intégrer d'office un avis "catholique et de bonnes mœurs" sous chaque chronique afin que notre public, dénué de sens commun, n'ait pas à se faire un avis tout seul.
3. Etre contraint de revendre des parts du Déblocnot à une entreprise du CAC 40, parce ce que hors-CAC point de salut, et une idée c'est fait pour être rentable.
4. Editer quotidiennement une version vénézuélienne du blog à l'attention des populations du continent sud-américain, trop longtemps bâillonnées par les dictatures impérialistes.

C'est donc avec une certaine fébrilité qu'on vous présente un des derniers best-of de l'ère Hollande, en attendant... ce qui nous attend.

Lundi, Pat a ressorti ses vieilles tablettes d'acide pour le live mythique des Greatful Dead "Live/Dead", et les chorus atmosphériques de Jerry Garcia.

Mardi,  Rockin' rendait visite à de vieux potes, les Chics Types, pour leur nouvel album, avec deux petits nouveaux pour étoffer le groupe, et une interview exclusive Déblocnot !

Mercredi, du blues rock pur et dur, un des meilleurs albums de l'année passée, d'après Bruno qui touche sa bille, avec Jordan Patterson et son harmonica.

Revenu des brumes opiacées de San Francisco, Pat est passé par Brest, où il se souvenait de Barbara, dont les chansons ont été reprises par Brigitte Lecoq, interprète sensible.

Vendredi, Luc nous a déniché un petit bijou de comédie, sensible et burlesque, "Paper Moon", en noir et blanc, mais colorée de milles fantaisies, avec un duo O'Neil père et fille.

Samedi classique, avec Claude et Joseph Haydn, immense compositeur sous médiatisé en France, pour les symphonies dites "Parisiennes" n°82 à 87, toutes en hardiesse et bonhomie.

Maintenant, c'est l'heure d'aller aux urnes. Bon choix mesdames, bon choix messieurs, et à lundi !