mardi 20 février 2018

HISTOIRE DE METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT - par Pat Slade




Pour changer de la culture, pour la première fois dans le Deblocnot’, une chronique pour les morfales, les gloutons, les boustifailleurs.



Les idées fausses sur ce que l’on mange




Au lendemain des orgies culinaires de Noël et du jour de l’an, alors que les foies et les estomacs prennent des vacances et se mettent à la diète, je vais en appeler aux cuisinières et marmitons, cantinières et gargotiers, rôtisseuses et cambusiers. Bienvenue dans la première chronique du Déblocnot’ qui ne parlera pas de la culture proprement dite, pas de musique, pas de littérature, ni de cinéma. Non, les casseroles et autres faitouts seront à l’honneur, mais… parce qu’il y a toujours un mais, je ne vais pas vous assommer avec des recettes de cuisine. Je ferai un historique de certains plats dont, je pense, vous ne connaissez pas forcément les origines et pour chasser des idées préconçues dans vos esprits sur ces mets. Partons donc pour un voyage à travers des plats les plus connus et les plus consommés a travers le monde.

Commençons par le petit déjeuner. Si la brioche est bien normande et le pain au chocolat parisien, le croissant est autrichien, son nom d’origine était Kipferl. Ses origines dateraient de l’époque de François 1er pendant laquelle des gâteaux en forme de croissant furent servis pour commémorer l’alliance avec le grand turc Soliman le magnifique en 1536. Mais il existe plusieurs légendes à son sujet. Les turcs assiégeaient Vienne en 1683 et quand ils furent vaincus grâce au renfort de Jean III, roi de Pologne, les boulangers de la ville, pour immortaliser l’évènement, fabriqueront une pâtisserie qui s’appellera le Hörnchen «Petite corne» en allemand, allusion au croissant qui ornait le drapeau ottoman. En résumé, ne dit-on pas une viennoiserie ?

Passons aux choses sérieuses... Beaucoup de personnes mangent ce que l’on appelle des hamburgers, des soit-disant sandwichs américains qu’un clown jaune et rouge vend par millions chaque jour à travers le monde. Pourtant le fast food est d’origine allemande, de Hambourg plus exactement, un steak de la même ville coincé entre deux pains briochés avec quelques ingrédients et de la sauce. C’était le repas de base des ouvrier de la ville. Il fut importé par ces mêmes ouvriers aux USA après une vague d’immigration. Et ce n’est pas tout, plus au sud, à 500 km vous avez le Frankfurters qui est un pain brioché chauffé à la vapeur garni d’une saucisse et recouvert de choux. Plus tard, la moutarde et le ketchup remplaceront cette garniture pour que le Hot-Dog soit au goût des américains ; le chien chaud était né ! L’origine du mot Dog date de 1845, une légende voulant que les fabricants utilisent de la viande de chien pour fabriquer leurs saucisses.
Nous restons en Allemagne avec le kebab qui n’est ni turc, ni grec, il n’y a qu’à Paris que l’on appelle ça un grec ! A l’origine, ce sont de fines lamelles de viande grillées sur un rôtisseur. Ce sont les soldats ottomans qui ont eu l’idée de faire cuire leurs viandes sur leurs épées. On pourrait dire que le kebab est turc, mais à Istanbul seulement (Que je connais bien !) Il est servi dans une assiette, son véritable nom est döner kebab, döner est un mot turc qui veut dire «tourner» et kebab signifie «grillade», ce ne sera que dans les années 70 qu’il sera servi dans un pain, une pita voir une galette garni d’oignons, de salades, de tomates le tout recouvert de sauce blanche ou même de sauce samouraï, un nom qui sonne très japonisant pour une sauce pourtant créée en Belgique. Mais pour conclure, le kebab a été créé par un immigrant turc en Allemagne.

Puisque je parle du Japon, direction l’Asie et ses mystères culinaires. Au Japon, il ne faut pas croire qu’ils mangent des sushis à tous les repas ; c’est un luxe et non la nourriture de base. Des immigrés japonais en Californie créeront le Ura maquis, un maquis sans algue, les occidentaux n’aimant pas trop l’herbe qui vient de la mer. Les délicieuses brochettes bœuf/fromage… introuvables au Japon ! Pourquoi ? Parce que c’est une création française, le fromage n’étant pas très populaire au pays du soleil levant. La sauce soja sucrée, vous pourrez faire le pays en long et en large, vous n’en trouverez pas même si elle est fabriquée là-bas (44% d’apport de sucre) elle est uniquement destinée à l’exportation.

La tenpura, cet assortiment de beignets de crevettes, poissons, huître ou même de poulpe n’ont pas vu le jour au Japon mais au Portugal, ils ont été importés au XVIe siècle, son nom était peixinhos da horta (vairon de légume). Traversons la mer du Japon pour aller en Chine, tout le monde sait que les nems et les rouleaux de printemps sont Vietnamiens, le poulet du général Tao, les petits morceaux de poulet frits nappés d’une sauce aigre-douce épicée n’a jamais vu la Chine, ni de prêt, ni de loin, c’est une création québécoise ! Et le fameux riz cantonais avec ses petits pois, son omelette, son jambon et ses crevettes… ben c’est français, mais en Chine, il existe autant de recette de riz frit qu’il y a de provinces, soit 22 recettes différentes. Les biscuits chinois avec des prédictions à l’intérieur, c’est Japonais. Alors qu’est ce que les Chinois ont-ils créé ? Eh bien le ketchup, du moins la base de la recette. Le mot ketchup signifiant «Sauce de poisson». On leur doit aussi la choucroute, pas le plat alsacien, mais le chou fermentée.

L’Italie, l'un des deuxièmes pays (Après nous !) pour l’art culinaire, a beaucoup copié chez les autres. Déjà les pâtes, on croit que c’est Marco Polo qui les auraient ramenées de Chine… que nenni ! Oui elles sont chinoises mais elles ont plus de 4000 ans d’existence et ont été importées dans la Grèce Antique puis dans la république romaine. Devenues pour nous un plat italien incontournable, avec les spaghettis à la Bolognaise, nous frisons le sacrilège quand on sait que la bolognaise est une sauce de Bologne qui accompagne les lasagnes ou les tagliatelles, mais jamais les spaghettis. Idem pour la carbonara, jamais de crème dedans ! C’est comme manger les pâtes longues avec une cuillère, même les italiens ne le font pas, ils tournent juste avec leurs fourchettes. Et surtout, ne jamais couper ses pâtes avec un couteau face à un italien, ce serait comme porter un maillot du PSG au stade vélodrome en criant «Marseille on t’… !» un soir de classico.
Oublier les pizzas avec 36 sortes de recettes, la seule et l’unique est la Marinara composée seulement de sauce tomate, d’huile d’olive, d’origan et d’ail uniquement. Une recette napolitaine qui vient d'être inscrite au patrimoine de l'UNESCO !!

C’est l’hiver, retour en France, c’est l’époque de la raclette avec son orgie de charcuterie et de toutes sortes de choses. Pourtant la raclette est un plat de pauvre, pas de charcuterie à la base, beaucoup trop cher ! Mais uniquement une demi-meule de fromage que l’on faisait fondre auprès du feu de bois et que l’on versait sur des pommes de terre. La tartiflette est un plat récent créé par le syndicat interprofessionnel du reblochon (Si ! Si ! Ça existe !). Son origine vient d’un plat savoyard appelé «Péla», un gratin de pomme de terre avec des oignons et du fromage. Parait-il que les vieux savoyards n’avaient jamais entendu parler de tartiflette avant leurs 50 ans.

Je pense que beaucoup de personne connaissaient l’origine des plats que j’ai énumérés. Mais pour certains, quand vous irez manger dans un restaurant chinois et que vous verrez du riz cantonais sur la carte ou que dans un "japonais" vous verrez des saucisses bœuf/fromage, demandez au serveur l’origine du plat ! Bonne appétit !!!

Bon ! Tout ça m’a ouvert l’appétit, je vais manger un gros kebab !!!!          

lundi 19 février 2018

SUPERTRAMP - LIVE IN PARIS ’79 (2 CD + DVD - 2011) - par Vincent le Chaméleon




Les voix du seigneur sont impénétrables dit-on. Celles des anglais de SUPERTRAMP le sont tout autant, tant il est avéré que de la part de chacun des 5 membres du groupe, aucun d’entre eux ne s’est jamais (ou très rarement) attardés devant un micro ou dans la presse. Même celle dite spécialisée. Voilà qui est d’autant plus étonnant quand on sait à quel niveau de succès et de popularité se situe un tel groupe aujourd’hui encore. Tenez, hormis le nom de Roger Hodgson, qui connait celui des autres musiciens du groupe ? Les plus avertis vous citeront Rick Davies et sans doute également celui du jovial saxophoniste John Helliwell. Bref, même fort d’une popularité comme la sienne (et jamais démenti à ce jour), SUPERTRAMP reste une énigme pour un groupe d’une telle notoriété. Tout juste aurons-nous découvert qu’après le colossal succès de Breakfast in America, et ses plus de 3 Millions d’albums vendus rien que sur notre sol, l’amitié entre Rick et Roger avait alors copieusement et irrémédiablement pris du plomb dans l’aile. Mais pour l’heure, en cette fin d’année de 1979, SUPERTAMP fait salle comble partout où il passe. En France, une fois n’est pas coutume, son triomphe est tel que Breakfast in America demeure, aujourd’hui encore, la troisième plus grosse vente de tous les temps de notre cher pays (tous styles confondus). Dans ces conditions, graver pour l’éternité un enregistrement en public prenait tout son sens. Et puis quelle plus belle façon de le faire ici, à Paris, ville lumière. Première terre d’accueil des supers clochards finalement.
C’est ainsi que fut enregistré, puis publié, le premier testament Live officiel de SUPERTRAMP sous la simple appellation que celle de Paris.
Captée au Pavillon de Paris la pochette représentait, non pas comme ici la Tour Eiffel, mais bien l’Arc de Triomphe. Soulignons également que le concert ne fut jamais restitué dans son intégralité. Ce qui fait en l’occurrence l’objet de cette réédition et de ma chronique à retardement.

Putain 30 ans !

Quand je vous disais que ce groupe était l’une des plus grandes énigmes du Music Business…
XXX
Alors que plus personne n’y croyait (ni même ne le savait), ce concert fut bel et bien enregistré dans son intégralité. Pire ! Il en existait même le témoignage en image. Comment les musiciens, le manager, la maison de disque ou qui sais-je encore ont-ils pu laisser à l’abandon un tel trésor pour les fans ? C’est totalement INCOMPRÉHENSIBLE !
Mais cessons de chercher à comprendre les raisons de tout cela et parlons une bonne fois pour toute du contenu de cette réédition copieusement garnie, pour ne pas dire complète.
Mais avant ça, mettons tout de suite de côté la polémique qui consiste à dire à chaque fois ce que tout le monde sait depuis longtemps, à savoir que rien ne ressemble plus à un album de SUPERTRAMP qu’un concert de SUPERTRAMP. Ceux qui feront donc le choix de cette acquisition inespérée sauront donc pourquoi et ce qui les attend. Les 5 musiciens ne s’écartant quasiment jamais de leur partition initiale. Du côté de la communication avec son auditoire, là on frôle carrément l’autisme. Heureusement, pour pallier à ce statisme ambiant, John Helliwell, en bon  Monsieur loyal qu’il est, salut et annonce à l’occasion le titre qui va suivre avec un humour tout britannique. Même quand il parle dans un  Français presque parfait. Quelques maigres artifices scéniques et quelques images en fond d’écran voici grosso modo pour le menu.  
Si le concert en image possède un son des plus corrects puisque restitué grâce aux moyens d’aujourd’hui, l’image demeure elle assez fade. Epoque oblige (30 ans !!!). Les moyens techniques n’étant certainement pas ceux d’aujourd’hui non plus, il est dommage de ne pas pouvoir apprécier le jeu très « jazzy » du batteur Bob Siebenberg. Dougie Thompson (basse) n’étant lui non plus guère plus mis à l’honneur. Grand absent de ces images également : Le public. 
Dans ces conditions, on peut alors se demander ce qui pourrait motiver le potentiel acheteur à envisager de se procurer un produit tel que celui-ci. Mais moi je vais vous le dire… Pourquoi.
Outre sa belle présentation en édition Digipack, ce Live in Paris ’79 est surtout indispensable pour tout fan qui se respecte puisqu’il contient (comme précisé dans mon introduction) l’intégralité du concert. « Goodbye Stranger », « Child of Vision », « Even in Quietest of Moments », « Downstream », « Give a Little Bit »,  « Another Man’s Woman » figurent enfin au menu de ce Live vieux de plus de 30 ans.  22 morceaux contre 16 auparavant, vous ne pourrez donc plus vous plaindre d’un concert au rabais dorénavant.
Comme toujours dans un tel produit, un livret explicatif nous narre (en anglais forcément) tout ce qu’il convient d’apprendre sur cette période déjà si lointaine d’un des groupes les plus doués en matière de musiques élégantes et de textes chiadés. 

Amour d’un jour… Amour toujours
En définitif certaines choses n’ont nul besoin d’être expliquées, partagées ou comprises. Car tout n’est finalement lié qu’à ces histoires d’amour qui nous rattache à certains de nos plus beaux souvenirs musicaux. SUPERTRAMP, tout comme Status Quo, Scorpions, Marillion ou Yes font parties de ces groupes qui m’ont ainsi apportés mes premières émotions fortes en matière de musique. Dans ces conditions, comment continuer à faire comme si de rien n’était en me privant d’un produit comme celui-ci. C’est tout bonnement inconcevable !
Vous l’aurez compris, cette définitive et ultra complète édition de 2011 est avant tout réservée aux vrais amoureux du groupe et/ou à tous les collectionneurs de cette formation unique en son genre. 

Albums d'origine : Crime of the Century - Crisis ? What Crisis ? - Even In Quiestest Moments… - Breakfast in America
* Titre inédit
  1. School
  2. Ain't Nobody But Me
  3. The Logical Song
  4. Goodbye Stranger
  5. Breakfast In America
  6. Bloody Well Right
  7. Hide in Your Shell
  8. From Now On
  9. Child Of Vision
  10. Even in The Quiestest Moments
  11. You Started Laughting (When I Held You In My Arms) *
  1. A Soap Box Opera
  2. Asylum
  3. Downstream
  4. Give A Little Bit
  5. Dreamer
  6. Rudy
  7. Take the Long Way Home
  8. Another Man's Woman
  9. Fool's Overture
  10. Two of Us
  11. Crime of the Century

Vidéo 1 : « Breakfast in America » Vidéo 1 : « Rudy » &

 

dimanche 18 février 2018

BEST OF DES CERVEAUX DU DEBLOCNOT'




Lundi : Claude travaille du chapeau. Il nous entraîne dans un nanar un peu  dingue de 1958 de Arthur Crabtree où des cerveaux mutants munis d'une jolie queue (la moelle épinière) attaquent les braves gens et les savants et militaires qui sont leurs géniteurs. Le titre : les monstres invisibles. Kitsch, un chouias débile, en NB fauché, pour soirée poilante de cinéphile nostalgique après une rude journée. Depuis la publication, Sonia refuse de manger de la cervelle aux câpres…

Mardi : Pat revient sur la carrière du chanteur un peu déjanté Charlélie Couture. Et plus particulièrement sur son album Pochette Surprise. Pour une surprise s'en est une : des textes parfois loufoque, des influences très variées : du rock au reggae en passant par le slamer. Bref le look du gars est à rapprocher du pittoresque de son talent.

Mercredi : Pas de semaine sans rock, hard cette fois-ci avec Bruno et le 3ème opus du groupe Dokken. Citons notre chroniqueur : Dokken fait preuve d'une belle maturité et d'une maîtrise à toute épreuve. Le quatuor parvient à trouver un juste équilibre entre mélodies accrocheuses et musique percutante, volcanique, limite hargneuse. Mais jamais maussade. Cette fois-ci la production est presque ad-hoc. Tentant, non ?

Jeudi : Rockin croyait avoir fait une affaire en achetant sur le net un PC en Ukraine à 35 € ! Déception, le clavier est en cyrillique, galère ! Cela dit, il assure cette semaine très ciné puisque il nous commente un film de SF Russe de Fiodor Bondartchouk : Attraction. Sur une trame classique d'invasion d'E.T. mi- humanoïde, mi robot, un bon film avec des effets spéciaux chiadés et un bon rythme.

Vendredi : Toujours cinéma avec Luc qui a vu un documentaire sur Macron !? Heu non pardon, il a vu le nouveau film d'animation Cro Man de Nick Park et Peter Lord, les papas de Wallace et Gromit. Toujours le même boulot de dingue : animer image par image une foultitude de figurines en pâte à modeler, leur marque de fabrique poétique. Un film bourré de gags mais dont le scénario a été imposé par le dictat du public infantile. Petite réserve de ce côté-là. On se fait vieux au blog ou quoi ?

Samedi : Encore un compositeur auquel Claude rend justice. Tous les apprentis pianistes subissent les incontournables recueils d'études rasoirs mais très pédagogiques de Carl Czerny. Mais quid du compositeur talentueux à défaut d'être aussi génial que son ami Beethoven ? Le Toon nous fait découvrir sa 1ère symphonie épique et optimiste. À découvrir sous la baguette musclée et précise du chef grec Nikos Athinäos.

samedi 17 février 2018

Carl CZERNY - Symphonie N° 1 (vers 1846) - Nikos ATHINÄOS – par Claude Toon



- Ô M'sieur Claude… Une nouvelle symphonie de Mendelssohn au programme de cette semaine ? Pas l'écossaise ou l'italienne pourtant…
- Erreur Sonia, mais pertinent néanmoins. Non il s'agit de la première symphonie de Carl Czerny, un pianiste-compositeur de l'époque de Mendelssohn et Beethoven.
- Czerny ? Ah bon. Mais je croyais qu'il n'avait composé que des études pour apprendre le piano, d'un ennui mortel m'a-t-on dit…
- Ce n'est pas faux, des cahiers d'études du facile au très difficile. Certes rébarbatives, mais assez incontournables pour se perfectionner. Et voici une symphonie sympa.
- Je me suis faite avoir, mais si je puis me permettre, le style fait penser immédiatement au début du romantisme et à Felix…
- Soyons clair, Czerny compositeur reste un petit maître, et curieusement cette première symphonie plutôt allante ne sera guère suivie par d'autres… Une découverte…

Carl Czerny (1791-1847)
Une semaine après une chronique consacrée à l'un des meilleurs quatuors de Beethoven, il n'est pas illogique d'évoquer l'ami et le pianiste du grand Ludwig qui assura en 1812 la création au clavier du concerto N°5 dit l'"Empereur", un monument du genre. Cet évènement à lui seul place Carl Czerny comme l'un des pianistes les plus virtuoses et avant-gardistes de son époque. Et il est vrai qu'en ce début du XIXème siècle où le piano forte avait définitivement supplanté le clavecin, l'homme a apporté avec ses études un outil pédagogique quasi indispensable sur le plan technique pour les générations qui le suivront.
De la poésie dans ces études ? Absolument aucune ! Mais on travaille toutes les difficultés possibles de l'instrument : l'indépendance des mains, la frappe de l'auriculaire, la vélocité, et patati et patata. Oui, Chopin, Liszt et ses diaboliques Études d'exécution transcendante, Debussy, Scriabine, Rachmaninov, et bien d'autres nous offriront des études gorgées de belles musiques indépendantes de l'aspect éducatif, mais chercher à les jouer correctement et avec plaisir sans le passage obligé par les exercices progressifs de Czerny, et bien ce n'est pas gagné ! Et pourtant, Czerny savait aussi composer des pièces très mélodieuses comme les 8 Nocturnes romantiques de différents caractères (L'hommage, le désir, et ainsi de suite) qui n'ont pas à pâlir face aux romances sans paroles de Mendelssohn. Revenons au début, en 1791, moins d'un an avant la mort de Mozart
Février 1791, Carl Czerny naît dans cette Vienne qui commence à ne plus comprendre l'art de Mozart, encense Haydn et va découvrir au tournant du siècle le génie de Beethoven. Le père du jeune garçon est un excellent pianiste qui va faire étudier son fiston seulement âgé de trois ans. Il est surdoué, joue Bach et Mozart à l'âge où l'on apprend à écrire et compose dès ses sept ans.
Au début du XIXème siècle, le préadolescent suit les cours de Hummel, Salieri (autre grand pédagogue) et surtout de Beethoven qui vient de dépasser la trentaine et a lui aussi révolutionné le jeu du piano, notamment dans l'usage des tonalités.  Beethoven pensait lui proposer de créer son 1er concerto, mais il le fera lui-même. Très tôt, il se révèle un excellent professeur, préférant l'art d'enseigner au concert ; il abandonne cette activité en 1818. Parmi ses nombreux élèves, une future tête d'affiche : Franz Liszt qui lui dédicacera les Études d'exécution transcendante mentionnées plus haut.
Carl Czerny possédait une mémoire eidétique qui, entre autres, lui permit d'interpréter les 32 sonates de Beethoven sans les partitions sous les yeux !
Il va composer beaucoup et dans tous les genres, 861 œuvres d'après son catalogue. Et curieusement, ce sont les difficultés les plus retorses des sonates de Beethoven qui lui inspireront la rédaction des recueils d'études. Tout cela n'est pas de la veine d'un Beethoven et d'un Mendelssohn, sans parler d'un Chopin pour le corpus pianistique. Pourtant, certaines partitions pour le piano, l'orchestre et la musique de chambre ont résisté au temps. La discographie est sélective mais de bon niveau pour ce personnage important de l'histoire de la musique mort en 1857, un an après Schumann qui soit-dit en passant trouvait la musique de Czerny peu imaginative. Soixante-six années de vie pour l'un des acteurs essentiels du romantisme musical.
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Nikos Athinäos
Il n'y a pas que des compositeurs du passé qui passent à la trappe. À croire que le chef d'orchestre Nikos Athinäos n'a jamais existé. Pas une ligne sur le maigre livret anglais-allemand du CD. Pas une photo sur internet, ni un programme de concert avec quelques phrases sur cet artiste qui pourtant cartonne dans l'intégrale des symphonies de Czerny gravée pour le label Christophorus. Première dans le blog. Désolé, mais merci à ce monsieur d'avoir exploré cet univers symphonique inégal certes, mais à ne pas jeter aux orties, loin de là…
- Heu M'sieur Claude, bonjour c'est Nema, je pense qu'il est grec…
- Ah merci beaucoup Nema, je n'y aurais pas pensé tout seul, on avance…
- Ne soyez pas suffisant ! Non, ce que je veux dire Môsieur Claude est : essayez avec l'orthographe Νίκος Αθηναίο
😨
Bigre, la petite nouvelle, Nema, a des ressources insoupçonnées, une helléniste distinguée ! Elle me tacle 😖 !! Eh bien oui, recours à un traducteur et voici donc une photo de notre maestro né en 1957 à Khartoum et quelques infos traduites du grec. Nikos Athinäos a étudié à Athènes, Düsseldorf et Cologne. Sa carrière est internationale. Il a été directeur de l'orchestre de l'Etat du Brandenbourg de Francfort sur Oder que nous écoutons aujourd'hui. Sa discographie est intéressante. Échappant au grand répertoire surreprésenté dans les catalogue des labels, on lui doit des enregistrements dédiés à des compositeurs peu connus : Czerny évidement, mais aussi d'autres romantiques de cette époque comme Gottfried von Einem, sans oublier des contemporains : Ignaz Moscheles, Bela Bartók, Alfred Schnittke, Paul Dessau et Boris Blacher. Grâce à Nema et au Deblocnot, cet artiste va enfin être connu du web, avec l'alphabet latin, français et anglais notamment ! Merci qui ?
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Pas de partition disponible, mais à la lecture de celle de la 2ème symphonie et à l'écoute, on peut déduire l'orchestration assez facilement : 2/2/2/2, 2 cors, 2 trompettes, 3 trombones dont un basse, 3 timbales et les cordes. Un orchestre proche de celui de la 5ème de Beethoven ou des symphonies de Schumann typique du romantisme originel. Très classiquement : 4 mouvements.

Debout : Berlioz et Czerny. Assis : Liszt
1 – Allegro : les premières mesures affirment un désir de grandeur, des accords puissants suivis d'un noble thème joué par l'orchestre à l'unisson. Rien de grandiloquent, non juste grandiose. [0:12] Un réexposition apparaît très rapidement, mais chantée avec une ardente élégance par les bois. Une introduction qui agrège deux types d'orchestration antinomiques en moins d'une demi-minute pour le même thème ! En un mot : une variété dans l'écriture plutôt prometteuse… On pense à l'énergie d'un Beethoven (sans l'ingéniosité des thèmes qui vous sautent aux oreilles) et au sens de la mélodie d'un Mendelssohn ou d'un Schumann (sans l'imagination débordante peut-être). Czerny ne compose pas pour les salons. Loin de là. La volubilité et le lyrisme qui se développent dans cet allegro ne risque pas de vous endormir. Cette musique s'inscrit sans équivoque dans le romantisme par sa fougue et surtout ce dialogue animé, presque théâtral entre cordes, groupe des bois, groupe des cuivres.
J'entends déjà une remarque assassine : "forme académique". Certes, Czerny ne s'aventure guère hors de la forme sonate caractérisée pas les reprises rigoureuses et une facétie dans les variations assez modeste. Le thème initial devient leitmotiv et sera répété très souvent mais à travers un contrepoint allié à une instrumentation très mouvante. Nikos Athinäos et les ingénieurs du son éclairent cette musique qui ne prend son sens qu'avec une mise en avant très détaillée des solos. Le chef anime cette musique qui bâtit son architecture plutôt dans les changements de timbres, les élans des cuivres, les paraphrases des bois, que dans un travail complexe sur la mélodie, un peu absent ; difficile de le nier. Dieu, que c'est vivant et épique… Chevaleresque, voire jubilatoire. Ô, on n'en ressort pas étrillé comme à la fin de la 5ème de Beethoven, mais quel bon moment de musique récréative…

Lettre de Czerny à Beethoven - amis pour la vie)
2 – Andante sostenuto : [12:50] Czerny était-il un romantique angoissé comme Beethoven et Schumann et plus tard Bruckner ? À l'écoute du premier mouvement on pouvait en douter par la négation de toute interrogation métaphysique, de toute mélancolie. Une petite marche champêtre colorée de trilles de flûte, de gazouillement des bois sur une tendre mélopée des violons, confirme ce rejet du dramatisme cher à l'époque. Non, contrairement à ce que je lis, la parenté avec la scène au bord du ruisseau de la "Pastorale" de l'ami Beethoven n'est pas flagrante. Laissons donc à Czerny prouver lui-même ses talents de symphoniste sans chercher à dénoncer une quelconque tendance au plagiat. Bien évidemment, cet andante sent bon la campagne et les ramures, mais la sensualité beethovénienne laisse place à un chant plus rustique.
[13:38] Une marche tranquille initiée par les violoncelles va gagner en vigueur, rythmée par les timbales. S'élance un crescendo qui va laisser place à un discours bucolique où l'on retrouve l'habileté de Czerny pour faire entendre un à un les différents pupitres. Bravo au chef pour ce moment rêveur et enchanteur. La beauté des timbres de cet orchestre allemand apporte beaucoup de tendresse à cet andante qui me semble le mouvement le plus soyeux et attachant de l'œuvre. À lui seul, il justifiait la résurrection de la symphonie. [19:51] Jolie coda pleine de malice…

3 – Scherzo : [20:47] le scherzo prolonge ce climat guilleret par une mélodie simple et joyeuse, une danse paysanne, inspiration qu'affectionnaient tant les romantiques. Il me vient à penser à Dvořák… Une indéniable drôlerie anime ce scherzo, avec ses étonnants pizzicati de contrebasses. [23:45] La thématique du trio chanté par les bois dérive directement du thème principal du scherzo. Vivant et dansant, mais peu imaginatif, il faut bien le dire. [25:47] Retour da capo du scherzo mais sans reprise, ce qui n'est pas une mauvaise idée avec un matériau musical aussi sommaire.

4 – Finale : [27:20] Final allegro en forme de récapitulation des idées qui précèdent. Czerny semble rencontrer la même difficulté que Schubert : comment terminer avec originalité une symphonie. (Voir la symphonie "inachevée" volontairement sans nul doute, les tentatives de reconstitution ne sont pas probantes.) Un final brillant néanmoins. Une œuvre pleine de gaité à découvrir pour ce qu'elle est : un témoignage d'un homme qui lorsqu'il enseignait pouvait se prévaloir de vraiment connaître le métier😉.
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