mardi 17 janvier 2017

FENTON ROBINSON: un magnifique looser du blues


Continuons notre exploration du Chicago Blues avec cette semaine un bluesman fondamental pour les initiés mais totalement méconnu du grand public. Remarquez c’est idiot ce que je raconte vu que même Muddy Waters, John Lee Hooker ou Howlin' Wolf  sont inconnus de 99,99% des gens, alors que Justin Bieber ou les Spice choses le sont universellement, sale temps pour la culture... Mais revenons à  Fenton Robinson puisque c'est de lui qu'il s'agit. Un vrai looser victime d'une tempête de neige, d'un vol de tube qualifié, saboté par des producteurs, meurtrier (involontaire) et incarcéré et finalement terrassé par un crabe, un poissard je vous dis!
champ de  coton Mississippi 1949 (@euphus ruth)
Né en Septembre 1935 à Leflore County dans le Mississippi dans une famille d’esclaves (oups pardon, l'esclavage a été aboli en 1865 chez l'Oncle Sam, ce qui n'a pas empêché la ségrégation de durer un siècle de plus..) , il doit dés son plus jeune age travailler dans la plantation de coton, il y est initié à la guitare par un voisin musicien. A 16 ans direction Memphis où il découvre les grands bluesman comme T-Bone Walker qui restera  une influence majeure sur sa musique. mais le baluchon toujours sur l'épaule il voyage ensuite  jusqu'à  Little Rock (Arkansas)  où il  forme un orchestre, de là il va aussi jouer  à travers l'Arkansas, la Louisiane, le Texas et le Mississippi. Pour joindre les  2 bouts il fait aussi des petits boulots et  de la radio, son émission sur KXLR  va lui permettre de rencontrer et faire découvrir de nombreux talents locaux.
Toujours assoiffé d'apprendre, Il se perfectionne à leur contact et suit même une méthode d'apprentissage musical "un musicien devrait toujours avoir envie d'aller plus loin, il y a toujours quelque chose que je voudrais apprendre, que je voudrais faire".
Avec l'aide de son pote la guitariste Charles McGowan il enregistre pour un petit label de Memphis (Meteor) puis des singles pour Duke records, "Tennessee woman", "as the year go passing by"  ou "The freeze" lui assurent une petite renommée.
le 45 tours original de Someboy..
Ensuite point de passage obligé on le retrouve à Chicago où il continue d'enregistrer des 45 tours, fait partie de l’orchestre maison du  fameux club le Theresa's et  joue avec des pointures comme Junior Wells, Otis Rush ou Sonny Boy Williamson. En 1967 il grave le superbe  "Somebody loan me a dime"pour Palos Records mais une terrible tempête de neige bloque la  distribution nationale du titre, pas de bol. Mais le comble est atteint quand le rockeur Boz Scaggs enregistre sa propre version en  1969 pour Atlantic - avec un certain Duane Allman à la guitare - tout en s'en appropriant l'écriture. Le succès est énorme et Robinson sera spolié de ses droits d’auteur, malgré des démarches judiciaires, éternel combat perdu d'avance du pot de terre contre le pot de fer... On peut trouver ces excellentes premières faces sur les recueils "Complete early recordings" ou "Mellow fellow genius".
En 70 il enregistre à Nashville l'album 'Mellow fellow" (album Charly du même nom) mais son jeu est masqué par des  arrangements surchargés  (choeurs, cuivres, cordes) et son jeu dénaturé en acid rock, idée des producteurs  pour coller au trip seventies, c'est un échec.
alligator Records (lien)
Il continue de vivre chichement de sa musique, tourne un temps avec l'harmoniciste Charlie Muselwhite jusqu'à ce que MONSIEUR Bruce Iglauer, fondateur d'Alligator Records  (ce gars devrait avoir une statue aussi haute que celle de la Liberté!) le signe et lui fasse enregistrer l'album "Somebody loan me a dime" en 1974, un must sur lequel nous reviendrons plus loin.
Mais un chat noir traverse la route et c'est la case prison pour 9 mois suite à un accident de voiture pour lequel il est accusé d'homicide , en sortant il grave un nouvel album pour Alligator "I hear some blues downstairs" presque d'aussi haut niveau. Ce sera le sommet suivi hélas de la descente vers l'oubli, entre autres car son jeu trop subtil ne fait pas trop recette dans les tavernes tapageuses de la Wendy City. Mais il conserve son aura  parmi les amateurs de blues du monde entier, on retrouvera Fenton en tournée au Japon et en Europe, en Hollande notamment où il enregistre pour le label Black Magic quelques albums inégaux, "Blues in progress" (1984, réédité par Alligator sous le titre "nightflight") et "Special road" (1989, très bon mais pas facile à dénicher), il enseignera aussi le blues dans les écoles de  Springfield, avant de décéder en 1997 prés de Chicago à 62 ans.

Revenons un peu sur ses deux albums pour Alligator qui présentent le double  avantage d’être facilement disponibles et d'être de très haute qualité :

SOMEBODY LOAN ME A DIME: Robinson y est entouré du grand Mighty Joe Young à la guitare, de Cornelius Boyson (basse) et Tony Gooden (drums) (ces 2 là travaillèrent avec Young et Bobby Rush )  et du pianiste Bill Heid au CV impressionnant (Muddy Waters, Koko Taylor, John Lee Hooker, Son Seals, Roy Buchanan..) ainsi que d'une section de cuivres. Au programme 11 titres dont 4 reprises de Little Richard ("directly from my heart to you"), du louisianais Rudy Toombs ("country girl"), le "Texas flood" de Larry Davis (celui là même qui sera repris par Stevie Ray Vaughan, l'original sera gravé par Davis en 1958 pour Duke records avec Fenton Robinson à la guitare) et le traditionnel "Going to Chicago". Parmi ses compos Robonson revisite certains de ses premiers titres comme le fameux "Somebody loan me a dime ". Voila certainement un des meilleurs albums de blues jamais produit, Robinson y est à son top, son jeu aérien, subtil et créatif  rappelle les grands du jazz comme Wes Montgomery ou Charlie Christian et aussi son maître  T-Bone Walker, un style inimitable qui ne sera d'ailleurs jamais égalé. Le piano de Heid apporte une touche  et une finesse "côte ouest" (on est loin du blues rugueux à la Son Seals ou Hound Dog Taylor) à la JJ Malone ou Sonny Rhodes. Le chant est lui hérité des blues shouters (Big Joe Williams une de ses idoles), du gopsel et proche du West side de Chicago (Buddy Guy, Jimmy Dawkins, Magic Sam).

I HEAR SOME BLUES DOWNSTAIRS ; seul le pianiste Bill Heid est rescapé du précédent, les autres font place à Steve Ditzell (guitare),  Ashward Gates Jr (drums), Larry Exum (basse), et encore des cuivres. 9 titres dont 4 compos originales dont la magnifique qui donne son titre à l'album, et 5 reprises dont le classique "Killing Floor" d'Howlin Wolf, les classiques "Just a little bit"(enregistré initialement par Roscoe Gordon 1960), "West side baby" (par Dinah Washington 1948), "Tell me what's the reason" qui est un hommage à T-Bone Walker puisque le  texan enregistra  pour la première fois ce titre de Florence Cadrez en 1953 et "As the year go passing by" dont Robinson délivre ici une somptueuse version. Ce titre du bluesman texan  Peppermint Harris fut mis en boite pour la première fois par Robinson en 1959 pour Duke Records  et repris par de multiples artistes ensuite (Albert King, Eric Burdon, Santana, Georges Thoregood, Gary Moore...). Encore une fois Fenton est particulièrement  inspiré et délivre un festival de guitare, le groove se fait plus funky sur certaines plages.

Rarement cité parmi les figures majeures du blues, même par les spécialistes (à la notable exception de Gérard Herzaft que je remercie au passage pour une partie des infos de cet article, moi contrairement à Boz Scaggs je cite mes sources) ce bluesman maudit mérite de figurer dans toute discothèque qui se respecte.
ROCKIN-JL

 

lundi 16 janvier 2017

LE CLUB DES 25 (par Philou)



 It's better to burn out than to fade away...

On connait tous le Club des Cinq (romans policiers pour enfants), le Clan des Sept (romans policiers pour plus jeunes enfants), le Club des 27 (Jimi Hendrix, Janis Joplin, Kurt Kobain...etc), mais aujourd’hui je vais vous parler du Club des 25, "The Forever 25 Club" pour les intimes.
Encore plus jeunes que leurs glorieux ainés du fameux Club des 27, ces jeunes musiciens ont brulé la chandelle par les 2 bouts et alors qu'un avenir radieux s'ouvrait devant eux, ils ont explosé en vol !!!

TOMMY BOLIN (01/08/1951 - 04/12/1976) 

Tommy Bolin
Il est difficile d'écouter la musique de Tommy Bolin aujourd’hui sans se demander ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas succombé d'une overdose d’héroïne, dans un hôtel de Miami, le 4 décembre 1976. Dans une carrière qui a duré à peine 7 ans, le talentueux et polyvalent guitariste a touché à tous les styles (blues rock, funk, jazz rock, hard rock) comme le prouve son parcours musical (Zephyr, Billy Cobham, Alphonse Mouzon, James Gang, Deep Purple, Moxy) et ses 2 albums solo.
Après toutes ces années, a musique est restée d'une incroyable fraicheur, toujours aussi passionnante et on se rend compte après tout ce temps qu'elle avait une véritable âme, une âme sur laquelle les années n'ont pas de prise.
La plupart des gens croient que l'élément principal du virtuose est la vitesse. Mais pour figurer dans l'élite des guitaristes, il faut posséder les qualités aiguisées de la technique, du contrôle, du vibrato, de la justesse, de la réaction, de la conscience musicale et peut-être la vertu la plus importante, la confiance.
Tommy Bolin avait toutes ces qualités ... et il laissait son feeling faire le reste.
PAUL KOSSOFF (14/09/1950 - 19/03/1976)

Paul Kossoff
Koss serait certainement aujourd'hui un guitariste reconnu à l'instar des Jimmy Page, Richie Blackmoore, Eric Clapton, Jeff Beck et autres Pete Townshend, mais malheureusement son addiction pour les drogues a modifié la donne et il reste aujourd'hui une véritable légende, qui a emporté avec lui son secret pour l'éternité, à savoir, un jeu de guitare fabuleux et unique fait de riffs bluesy, de solos d'une fluidité impressionnante et d'un vibrato à vous faire dresser les poils.
Paul Kossoff a seulement 17 ans quand il forme le fabuleux groupe anglais Free avec Paul Rodgers (chant), Simon Kirke (batterie) et Andy Fraser (basse).
L'aventure Free ne dure que 4 ans car malheureusement, le jeune guitariste brillant et torturé, est devenu un junkie instable accroc au Mandrax, LSD et autres pilules miracles.
Après un album solo, il monte un nouveau projet Back Street Crawler, mais alimenté par des années de consommation de produits illicites en tout genre, le coeur de Koss lâche le 19 mars 1976, à bord d'un avion entre Los Angeles et New York.
Il sera incinéré quelques jours plus tard au Golders Green Crematorium de Londres, sur sa plaque funéraire, une simple épitaphe : "All Right Now".


Cliff Burton

CLIFF BURTON (10 février 1962 – 27 septembre 1986)

Bon, si on meurt à 25 ans dans le monde du rock, c'est soit d'overdose soit d'un accident...
C'est justement d'un accident de bus que le bassiste de Metallica est décédé, alors qu'il était tout juste âgé de 25 ans.
Né à Castro Valley en Californie, il se passionne dès son plus jeune âge pour le jazz et le blues. A 6 ans il apprend le piano et ce n'est qu'à l'adolescence, qu'il se met à jouer de la basse.
Approché par les musiciens de Metallica qui recherchait un nouveau bassiste, il intègre le groupe en impressionnant James Hetfield et Lars Urlrich grâce à son jeu de basse phénoménal.
 
Malheureusement la carrière de Cliff Burton va s’arrêter sur une petite route verglacée de Suède, le 27/09/1986, à 05h 15 du matin, pendant la tournée de l'album "Masters Of Puppets". Le conducteur du bus perd le contrôle de son véhicule et Cliff Burton la vie. Éjecté par la fenêtre, il est écrasé par le bus et meurt sur le coup.
Après seulement 3 albums avec Metallica, Cliff Burton rejoint le paradis (ou l'enfer) des rockers. 
   
James Honeyman-Scott
JAMES HONEYMAN-SCOTT (14/11/1956 - 16/06/1982)

Né en Angleterre, le 13 avril 1962 à Hereford, le guitariste James Honeyman-Scott rejoint Les Pretenders de Chrissie Hynde en 1978. Influencé par Cream, Mick Ralphs et les Allman Brothers, il devient rapidement une pièce maitresse dans l'élaboration du son des Pretenders.
Le 1er album des Pretenders produit par Chris Thomas sort en décembre 1979 et remporte un succès considérable avec les singles "Stop Your Sobbing", "Kid" et bien sûr  "Brass In Pocket" qui sera leur plus grand hit.
Le second album intitulé tout simplement "Pretenders II" est publié en aout 1981, les singles "Message Of Love" et "I Go To Sleep" cartonnent dans les charts anglais mais la consommation de drogue du bassiste Pete Farndon commence à créer des tensions au sein du groupe. Le 12 juin 1982, Chrissie Hynde, Martin Chambers et JH Scott décident de virer Pete Farndon devenu complètement ingérable.
Malheureusement, James Honeyman-Scott, accro à la coke depuis un bout de temps, vit "toujours sur la ligne blanche". 48 heures après l'éviction de Pete Farndon, il meurt à Londres le 16 juin 1982, d'une crise cardiaque due à un surdosage de cocaïne. Moins d'un an plus tard, le 14 avril 1983, Pete Farndon décède d'un overdose d’héroïne.

 RANDY RHOADS  (06/12/1956 - 19/03/1982)

Randall William Rhoads voit le jour à l’hôpital St. John de Santa Monica, en Californie le 6 décembre 1956.
Vers l’âge de 6 ans, il se met à la guitare acoustique et prend des cours de piano. A douze ans, il se tourne vers le rock et monte son 1er groupe à 14 ans. Au milieu des seventies, il rencontre le chanteur Kevin Dubrow avec lequel il fonde Quiet Riot. Le groupe obtient rapidement un contrat avec CBS et sort son 1er album en 1978.

Randy Rhoads
C’est en septembre 1979 qu’il reçoit sa fameuse Flying V noire et blanche qui devient sa guitare fétiche. Après une 2eme album avec Quiet Riot, il quitte le groupe et passe une audition pour Ozzy Osbourne, l'ex-chanteur de Black Sabbath. Après quelques exercices d'échauffement, il obtient le job de guitariste au sein du nouveau projet Ozzy Osbourne.
A Noël 1979, Randy et Ozzy se mettent au boulot pour produire le 1er album "Blizzard Of Ozz" qui sort en août 1981.
En février et mars 1981, ils entrent en Studio avec Bob Daisley et Lee Kerslake afin d'enregistrer leur second album "Diary Of a Madman".
Le 18 mars 1982, Randy Rhoads donne son dernier concert au civic Coliseum (Knoxville, Tennessee) avec le groupe d’Ozzy Osbourne.
Alors qu’une énorme carrière s’ouvrait devant lui, il meurt le 19 mars 1983 dans un stupide accident d’avion. Sa fulgurante et brillante carrière laissera une empreinte indélébile dans l'histoire de la guitare et du hard rock.

 

DUANE ALLMAN (20/11/1946 - 29/10/1971)

Duane Allman
Considéré comme l'un des plus grands spécialistes de la slide guitare, Duane Allman forme avec son frère Gregg et Dicket Betts, The Allman Brothers Band au printemps 1969.
Le groupe composé de musiciens de divers horizons, produit une musique ancrée dans les racines blues du sud des États-Unis.
Les 2 premiers albums, "The Allman Brothers Band" (1969) et "Idlewild South" (1970), rencontrent un succès immédiat aux USA. En 1971, le mythique double album live "At Fillmore East" arrive dans les bacs et encore de nos jours, cet album est considéré comme l'un des meilleurs disques live de tous les temps.
Pendant l'été 1970, Duane Allman rejoint Eric Clapton au sein de Derek & The Dominos pour l'enregistrement de l'album "Layla And Other Assorted Love Songs".
Le 29 octobre 1971, Duane Allman, au guidon de son Harley Davidson, accélère sur le long de la Hillcrest Avenue à Macon (Georgie) et veut éviter un camion qui pile devant lui. Le jeune guitariste est éjecté de sa moto qui lui retombe dessus. Gravement blessé à la tête et à la poitrine, il est transporté à l’hôpital mais décédera des suites de ses blessures quelques heures plus tard. 

 

HILLEL SLOVAK (13/04/1962 - 25/06/1988)

Hillel Slovak
Si les parents d' Hillel Slovak sont des rescapés de l’holocauste, le jeune guitariste lui, ne parviendra pas à s'arracher des griffes de l’héroïne.
Né à Haïfa en Israël, il émigre avec ses parents en 1965, à New-York. En 1967, la famille Slovak fait ses valises pour Los Angeles. Il apprend à jouer de la guitare au lycée de Fairfax et rencontre Anthony Kiedis et Michael Balzary, plus connu sous le nom de Flea. Rapidement, ils montent un groupe qu'ils appellent Tony Flow and the Miraculously Majestic Masters of Mayhem rapidement re-baptisé les Red Hot Chili Peppers en 1982.
Malheureusement Hillel Slovak, tout comme Anthony Kiedis, est devenu un sérieux accro à l'héroïne.
Hillel Slovak ne participe pas au 1er album des RHCP, car il est impliqué dans un autre projet What Is This ? et les clauses de son contrat lui empêchent d'enregistrer avec un autre groupe. Après le split de What Is This ?, il enregistre 2 albums avec les RHCP, "Freaky Styley" en 1985 et "The Uplift Mofo Party Plan" en 1987.
Il essaye plusieurs fois de décrocher de l’héroïne avant de succomber d'une overdose dans son appartement d'Hollywood, le 25 juin 1988.
Pour la petite histoire, les chansons "Knock Me Down", "My Lovely Man" et "Otherside", des albums "Mother's Milk", "Blood Sugar Sex Magik" et "Californication" ont été composées en hommage à Hillel.

PS : il avait en réalité 26 ans, mais bon on lui accorde une dérogation pour faire partie du Forever 25 Club.


 

dimanche 15 janvier 2017

BEST OF POUR SE RECHAUFFER



Une semaine très cinéma, avec pas moins de trois films à l'affiche de votre blog préféré. Pat nous a parlé des potes à son chien, Rex (la bande du Rex), parmi lesquels Roland Blanche, Nathalie Delon ou Jacques Higelin. Waouh, il en connait du monde le clebs !

Et Luc nous a fait une chronique à double détente (sa spécialité, selon Sonia) avec un bon gros machin intergalactique : ROGUE ONE, un épisode de STAR WARS qui raconte ce qu'il y a avant les premiers qui sont en fait la suite des nouveaux… euh… vite, un Doliprane… et, en seconde partie, ce qui aurait dû être un beau film de Jim Jarmusch, mais qui s'est avéré être assez ennuyeux. Le titre : Paterson. Mais ne ratez pas la semaine prochaine "Manchester by the Sea"…

Pat, décidément très en forme, nous a parlé de sa passion pour la chanteuse Barbara en évoquant son tour de chant de 1981 à Pantin. C'est simple, on a l'impression qu'il y était. On me dit dans l'oreillette que… justement, il y était. Après les mémoires de De Gaulle, à quand celles de Pat ; ce mec a tout vu : Wagner, Ellington ou Elvis, c'est pas possible ?!

Bruno nous a régalé de blues rock psychédélique, avec un petit prodige de la Gibson SG, Marcus King, dans la mouvance de Derek Trucks, mais rien n'est moins simple, nos experts-lecteurs se perdent en conjectures, c'est-y du bon ou du réchauffé. On a tendance à penser que c'est du bon.

Rockin, qui tient ses fiches à jour (à défaut de ses notes de frais toujours plus élevées) nous a fait découvrir une merveilleuse chanteuse de blues, Valérie Wellington, prématurément décédée. C'est tout ce qu'on aime, du brut, du 'Chicago', de la musique quoi !

Et samedi ? C'est classique, avec Claude qui nous présente le concerto pour violon d'un petit nouveau dans le blog. Enfin dans l'index, car Erich Korngold l'autrichien est un homme de la première moitié du XXème siècle… Un petit surdoué qui fuira le nazisme pour aller composer des B.O. à Hollywood ! L'aigle des mers, Errol Flynn, toute une époque… Ah, au violon : Renaud Capuçon. Rien que du bon, que du booon !!

Et il y a un an, David Bowie quittait sa navette spatiale...  c'est comment là haut Major Tom?

samedi 14 janvier 2017

Erich KORNGOLD - Concerto pour violon – Renaud CAPUÇON - Yannick NEZET-SEGUIN – par Claude Toon



- Bigre, second compositeur jamais évoqué en ce début d'année M'sieur Claude !! 2017 ou la nouveauté… Heu Korngold veut-il dire "corne d'or", Hi hi ?
- Tss Tss, toujours aussi facétieuse Sonia. Évidemment non ! Erich Wolfgang Korngold est un compositeur autrichien de la première moitié du XXème siècle.
- Ah, c'est donc de la musique moderne comme Stravinski, Schoenberg, de la musique un peu difficile à écouter sans doute…
- Non, pas du tout, même si Korngold était un ami du révolutionnaire Schoenberg, sa musique reste néo-romantique, il a même écrit de nombreuses B.O. à Hollywood…
- Nous avons déjà parlé de Renaud Capuçon me semble-t-il, l'un des violonistes français les plus en vue
- En effet pour un concerto de Saint-Saëns, et là nous le retrouvons dans un féérique concerto écrit en 1947, au crépuscule de la carrière du compositeur.

Korngold vers 1947
Nous connaissons tous cette appétence du monde musical, des critiques, des musicologues et même parfois hélas du public pour cloisonner la musique en catégories précises, imposer des frontières à ne pas franchir entre les styles. Erich Wolfgang Korngold, musicien de formation classique aura le tort d'écrire à la fois des opéras, des concertos et des symphonies dans un style néoromantique a priori tardif, mais aussi des musiques de films !!! Tss Tss, il deviendra ainsi inclassable et un peu mis au rencart par l'intelligentsia musicale. Deux générations plus tard, des compositeurs comme Steve Reich, Philip Glass ou John Corigliano connaîtront la même mésaventure…
Né en 1897, le jeune Erich se révèle un enfant prodige que l'on compare à Mozart en plus mature ! Son trio est composé entre les âges de 10 et 12 ans et est donné en concert en 1910 ; il montre l'incroyable précocité du jeune garçon… Il joue du piano à cinq ans et à quatre mains avec son père.
En 1906 (9 ans), on le présente à Gustav Mahler alors au faîte de son art qui voit en Erich "Un génie, un génie !" En parlant de Mahler, Korngold va grandir dans cette effervescence culturelle et intellectuelle inouïe de la Vienne du début du 20ème siècle : les compositeurs comme Mahler et Strauss ou de l'école de Vienne de Schoenberg, la peinture d'un Klimt, les sciences humaines et la psychanalyse fondée par Freud, la littérature et la philosophie d'un Von Hofmannsthal Mahler, trop débordé pour le prendre en charge, le confie pour sa formation à son ami Alexander von Zemlinsky… En 18 mois l'adolescent a tout appris… Sa Sinfonietta composée pour ses 16 ans sera interprétée par des maestros légendaires comme Arthur Nikisch, Willem Mengelberg, Wilhelm Furtwängler, Karl Muck, Hans Knappertsbusch, Bruno Walter et Richard Strauss. Nooon ??? Ben si !
Renaud capuçon
C'est en 1920, année de ses 23 ans, que le jeune compositeur entre définitivement dans la cour des grands avec la création de son opéra "La ville morte" (Die tote Stadt). Une histoire gothique de réincarnation d'une épouse disparue dans la ville de Bruges. Pour la petite histoire, dans le Ier acte, l'un des plus beaux duos soprano-ténor de la musique lyrique  est devenu un air de concert célèbre. Dans le film The big Lebowski des frères Cohen, on peut entendre ce sublime duo en fond sonore quand Jeff Briges se rend chez le millionnaire Jeffrey Lebowski et se mire dans une glace imitant la couverture du Time…
Curieusement, le musicien surdoué ne va pas se tourner vers les courants modernistes de l'époque : polyrythmie, dodécaphonisme, etc. Korngold va créer son propre style, un néo-romantisme plus ou moins influencé par Mahler et Strauss. Ringard ? Non, car les aventures solfégiques ne sont pas sa passion. Simplement, à la manière de Strauss il va poursuivre la voie du romantisme jusqu'à ses limites. Peu de symbolisme ou de philosophie, mais plutôt une esthétique chaleureuse.
Dès les années 30, Korngold se rend fréquemment aux USA et surtout à Hollywood où il va se passionner pour la musique de film. Pensant faire des allers et retours avec sa Vienne chérie, il en sera empêché par l'Anschluss car étant de confession juive. Il prendra la nationalité yankee en 1943. Il va signer des partitions mémorables, notamment pour les films de Michael Curtiz comme l'aigle des mers ou Les Aventures de Robin des Bois avec Errol Flynn (2 Oscars pour les B.O. des deux superproductions). Collaboration aussi avec William Keighley ou William DieterleKorngold par son style musical ample et symphonique influencera les générations suivantes de Elmer Bernstein à John Williams.
Le concerto pour violon écouté ce jour et créé par Jascha Heifetz en 1947 sera marqué par ces compositions cinématographiques.
Après la chute du nazisme, Korngold retournera de temps à autres en Autriche à partir de 1949 après une première crise cardiaque. Mais l'époque est alors à la musique moderne, au sérialisme, aux recherches historiques de Harnoncourt… En 1957, il meurt à Hollywood déjà un peu oublié…
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Yannick Nezet-Seguin (né en 1975)
Ce concerto de Korngold est fréquemment enregistré comme complément d'un CD consacré à une œuvre majeure du répertoire, Beethoven (comme pour cet album), Brahms, Mendelssohn, Sibelius, etc. J'ai choisi la version de Renaud Capuçon pour la beauté plastique du son et l'engagement de son interprétation.
Renaud et son frère Gauthier, violoncelliste, m'avaient déjà conduit à écrire un article à propos de deux concertos (l'un pour violon, l'autre pour violoncelle) de Camille Saint-Saëns, notre compositeur français qui n'est pourtant pas ma tasse de thé (ça arrive…). (Clic) J'avoue avoir été séduit par la spontanéité de leurs jeux comme en témoignait ma prose.
Nous le retrouvons ici, accompagné de Yannick Nezet-Seguin, tout jeune chef quadragénaire né au Canada et plus précisément québécois. Il fait partie de ces valeurs montantes de la direction d'orchestre comme Gustavo Dudamel ou Lionel Bringuier.
Si le jeune maestro n'est pas encore le directeur d'une grande phalange internationale, il peut afficher déjà un CV bien rempli avec des engagements (certains pour 10 ans) comme chef invité avec des orchestres de renom : Philadelphie, Philharmonie de Londres ou de Rotterdam (chef principal), et présence dans les fosses d'opéra comme Covent Garden ou le Metropolitan Opera de New-York…
Sa discographie importante et éclectique s'impose dans le grand répertoire classique (opéras de Mozart), romantique et moderne, de Beethoven à Stravinski en passant par Bruckner et Mahler. Les critiques sont souvent élogieuses… À suivre…
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Jascha Heifetz (vers 1949)
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Le concerto pour violon fut un projet de longue durée ébauché dans les années 30 pour s'achever en 1947. Korngold avait déjà écrit, comme Ravel, un concerto pour la main gauche pour le pianiste mutilé de guerre Paul Wittgenstein qui le créa en 1924. Si ce concerto pour violon était destiné au violoniste polonais Bronisław Huberman, la fuite de celui-ci en Palestine pour échapper à la Shoah retarda sensiblement le projet. Korngold dédicaça sa partition à Alma, la veuve de Mahler et c'est le célèbre violoniste Jascha Heifetz qui assurera la création en 1947.
La critique eut des mots durs pour cette œuvre qui affichait son style romantique à la limite de la musique de genre en une période de prise de pouvoir quasi absolue du style atonal et sériel comme nouveau dogme. Pourtant Schoenberg aimait le perfectionnisme de Korngold et répétait souvent : le dodécaphonisme est une invention, pas une découverte, et il y a encore beaucoup de belles choses à composer en do majeur… L'humble marque des vrais génies. Si le concerto pour violon puise abondamment dans les thèmes écrits pour ses musiques de films (ce qui lui fut reproché), l'orchestre par sa richesse de timbres n'a absolument rien de romantique, jugez-en :
2 flûtes (+ 1 piccolo), 2 hautbois (+ 1 cor anglais), 2 clarinettes, 1 clarinette basse, 2 bassons (+ 1 contrebasson), 4 cors, 2 trompettes, 1 trombone, harpe, vibraphone, xylophone, glockenspiel, célesta, gong, cymbales, timbales, grosse caisse, carillon tubulaire et les cordes.
Le concerto comporte trois mouvements, une forme traditionnelle :
Détail important : Korngold va réutiliser des thèmes des musiques de film qui ont fait son succès pour établir la thématique des trois mouvements. Solution de facilité ? Non, car la cohésion est soignée et le compositeur montre ainsi que les murailles entre les différents styles de musique, savantes ou populaires, n'est qu'un préjugé d'intégristes snobs. Le concerto pour orchestre de Bartók, moins avant-gardiste que ses œuvres antérieures, date d'ailleurs de la même époque.

Juarez de William Dieterle (1939) avec Bette Davis, Brian Aherne, Gilbert Roland
1 - Allegro - Moderato nobile : Le violon chante une douce mélopée baignée par une lumière diaphane de l'orchestre avec ses arpèges de la harpe. Sensuel, poétique, nocturne. Je vais faire hurler les puristes, mais cette introduction intimiste me fait songer aux premières mesures du Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg de 1935, dans l'esprit et par les sonorités en clair obscures qui se dégagent. Oui, hurler, car l'écriture de Korngold est de forme tonale presque académique teintée d'un léger chromatisme, tandis que celle de Berg applique les règles du dodécaphonisme pur et dur avec sa série de douze tons (Clic). Pourtant, dans les deux cas, le charme langoureux opère. Démonstration que le fond émotionnel l'emporte toujours sur les lois harmoniques structurant la forme. Dans le mouvement, Korngold incorpore des thèmes de deux films : Juarez de William Dieterle (1939) et Le prince et le pauvre de William Keighley (1937). Une grande place est donnée au soliste. Les thèmes secondaires sont typiquement cinématographiques : généreux et enfiévrés. La partie de violon exige une virtuosité diabolique. Bien que l'orchestre soit très riche, Korngold utilise les pupitres avec parcimonie, accompagnant le violon par petites touches dans un flot musical très souple illuminé de notes cristallines du célesta ou de la harpe. Aucune métaphysique ou volonté descriptive, juste de la musique d'une grande pureté destinée à enchanter et à émouvoir. [5:12] La cadence, d'une grande difficulté technique mais passionnée, arrive très tôt. [6:42] Le développement suivant nous replonge à l'époque des grandes B.O. Hollywoodiennes des confrères : de Autant en emporte le vent (Max Steiner) à Laura (David Raksin - pompée un tantinet chez Ravel). L'intérêt du jeu de Renaud Capuçon et de son accompagnateur est de garder une ligne de chant sobre, sans hédonisme, une musique à la fois élégante et secrète qui échappe à tout fâcheux relent de cinémascope symphonique…

Anthony Adverse de Mervin LeRoy (1936)
avec Fréderic March et Olivia de Havilland
2 – Romance – Andante : [9:42] Toujours dans le Quizz "trouver le titre du film", ce pseudo mouvement lent très animé voire enamouré cite des thèmes du film Anthony Adverse de Mervin LeRoy de 1936 avec Fréderic March et Olivia de Havilland. Encore un oscar pour la B.O. de Korngold !
Le terme romance dans la notation du tempo est tout à fait adapté à ce mouvement ludique et un rien féérique. L'orchestre impose un climat empreint de nostalgie avant d'accueillir une tendre mélodie du violon. On retrouve le climat introductif de l'allegro. Korngold aurait affirmé que dans sa composition, il pensait plus à un Caruso du violon qu'à un Paganini. La fluidité et le lyrisme du discours confirment ce souhait de faire chanter les cordes avec humanité et de gommer les effets spectaculaires parfois un peu vains du virtuose italien. On pourra ressentir un marivaudage épique entre les "vocalises" du violon et les facéties de l'orchestre traité de manière très concertante. Les climax dramatiques ne font pas partie de l'univers sonore de ce concerto. Et oui, un évident romantisme qui n'hésite pas à s'épancher. On retrouve la sonorité drue sans vibrato inutilement élégiaque de la part de Renaud Capuçon et le souci de Yannick Nezet-Seguin de souligner chaque note de l'orchestration.

3 – Finale - Presto in moto perpetuo. Allegro assai vivace : [18:53] Le final énergique ne retrouve pas à mon sens la liberté poétique des deux premiers mouvements. Korngold s'amuse à dérouler une musique brillante, mais qui cède à la facilité. Les traits des cordes sont appuyés comme si le compositeur cherchait une idée originale qui lui échappe. Certes, c'est très guilleret…

On pourra trouver cette musique sirupeuse, trop marquée par le style hollywoodien. C'est une opinion respectable. On ne peut nier que dans les deux premiers mouvements, nous replongeons avec délice dans cette époque du film romanesque, du noir et blanc, des réalisateurs de génie…
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Comme je l'écrivais plus haut, le concerto pour violon de Korngold est souvent proposé en complément d'un concerto très connu et dont les enregistrements sont pléthoriques. Dans le cas de l'album du jour, d'éventuels acquéreurs possèdent peut-être déjà une demi-douzaine d'interprétations du concerto de Beethoven. Même si la version de Renaud Capuçon est de très bon aloi, voici quelques suggestions de bonnes versions dans des couplages plus originaux.
Il existe plusieurs enregistrements de Jascha Heifetz, le créateur de l'œuvre. Dans cet album, on trouve également des morceaux de Miklos Rózsa (auteur de la B.O. du Ben Hur de William Willer) et de Waxman. Les tempos sont rapides, le trait agile, mais comme souvent le grand violoniste n'arrive pas à échapper à un certain hédonisme trépidant qui, cela dit, convient bien à Korngold. On ne peut vraiment plus parler de sirupeux en écoutant cette volubilité. La Philharmonie de Los Angeles est placé sous la direction de Alfred Wallenstein (RCA – 5/6, son un peu acide). (Youtube)
Autre choix : l'interprétation tout en légèreté du jeune violoniste tchèque Pavel šporcl. Le disque propose un concerto de Richard Strauss, une œuvre assez mineure n'ayant pas l'envergure un peu folle des poèmes symphoniques du maître bavarois. Pour les amateurs de raretés (Supraphon – 4/6). (Youtube) 
Enfin l'interprétation raffinée de Gil Shaham domine la discographie et a été rééditée avec d'autres œuvres de Korngold, dont des reprises de musiques de films. André Previn assure bien, comme toujours (DG – 5/6)

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Une vidéo avec l'interprétation de Renaud Capuçon et Yannick Nezet-Seguin. Puis le duo extrait de l'opéra "La ville morte" tel que l'on peut l'entendre dans le film The big Lebowski "Glück das mir verblieb" chanté par Anton Dermota et Ilona Steingruber. Un enregistrement réalisé à Vienne en 1949. Un son d'un autre âge mais une émotion inégalable.
Enfin deux vidéos comportant des passages des B.O. originales de Robin des bois et de Juarez dirigées par le compositeur.