mercredi 5 janvier 2011

Richie KOTZEN "Change" (2003) , par Bruno

La facette la plus mélodique du phénomène Kotzen


     Richie Kotzen est un musicien né. Son apprentissage débuta par le piano à l'âge de 5 ans, avant de passer par la guitare à 7 ans. A 18, il réalisa son 1er disque, en 1988, avec le groupe « Arthur Museum », et l'année suivante, pris sous l'aile de l'écurie Shrapnel (à l'époque le refuge des shredders), son 1er disque solo, « Richie Kotzen ». Suivront deux opus instrumentaux, « Dream Fever » et « Joy Electric », qui marquèrent le petit monde des passionnés du genre par une approche assez différente de la norme d'alors, ne serait-ce que par un son très Fenderien (surtout sur le 2sd), proche de la Telecaster, avec peu d'effets de vibrato, et un son allant plus vers le crunch burné que la grosse saturation. Dès 1989, Guitar World le classa dans son top 3 des guitar-heroes. En 91, il intègrera le groupe de Glam-rock californien, Poison, en remplacement du limité C.C. DeVille. Grâce à lui, ce groupe réalisera son meilleur opus à ce jour, « Native Tongue » (toutefois, nombre de Poison-addicts ne sont pas de cet avis, notamment parce que notablement différents des précédents opus). Mais Richie se fera mettre à la porte, pour une sombre histoire de fesses avec la compagne du batteur.
Tatouages & Fender Telecaster Signature

     L'année suivante Kotzen fonda un power trio : Mother Head's Family Reunion, pour un seul disque éponyme qui reste pour beaucoup un des sommets de sa carrière. Un excellent disque de Heavy-Soul-Rock puisant son inspiration dans les années 70 ; une bonne galette gorgée jusqu'à la gueule de guitares incendiaires, et soutenue par un bassiste et un batteur dotés d'un groove et d'une assise infaillibles. 
Malheureusement, l'expérience fut éphémère. Puis Kotzen multiplia les expériences, en solo, en duo, en diverses collaborations. Il intégra Mr Big en remplacement du funambule Paul Gilbert, de 1999 à 2001, avec deux opus à la clé. 
Il joua également avec Stanley Clarke et Lenny White au sein de Vertù, une formation de Jazz-fusion
     Parallèlement, il enregistra bon nombre d'albums solo, où il est seul maître à bord, jouant parfois de tous les instruments et s'attelant à la production. Il passe ainsi, au gré de ses humeurs, du Jazz-rock au Heavy-rock, en y intégrant, à plus ou moins forte dose, de la Soul, du Blues-rock, de la Pop. Si ses réalisations diffèrent par les genres abordés et le niveau de qualité, toutes sont néanmoins d'un (assez) bon niveau. Cet insatiable musicien, non content d'avoir déjà une carrière très fournie, ne se prive pas de rejoindre des potos sur scène (généralement dans son bled, en Californie), juste pour le plaisir, pour des concerts plus ou moins impromptus (dont certains sont piratés, comme celui en duo avec Stevie Salas - un peu débridé, et le son foutoir qui va avec -).


     A ce jour, son zénith semble être « Change », qui fait la part belle à un Heavy-rock racé et mélodique. Une sorte de conglomérat de ce que Kotzen sait faire de mieux en matière de Rock mélodique. 

  Pourtant, l'album débute assez moyennement, avec un Nü-Metal un peu terne (peut-être placé là pour accrocher un nouveau public), dans l'optique de ce qu'il fera plus tard, en 2005, avec Forty Deuce (autre formation éphémère), et un « Get a life » coincé entre un A.O.R et un Heavy-pop-rock de bonne facture mais qui n'est en rien marquant. Les choses sérieuses démarrent réellement avec la chanson-titre, « Change », frappant par une mélodie imparable et une mise en place frôlant la perfection. D'ailleurs, la première minute repose juste sur une guitare folk et le chant de Richie, et il n'y a pas besoin de plus pour asseoir une mélodie réussie, nullement sirupeuse ou surannée. Progressivement, se joignent une discrète basse (fretless ?), des chœurs discrets, et une batterie soft. L'électricité est plus présente avec "Don't Ask" , empreint d'un certain lyrisme par le chant, mais soutenue par une orchestration plus pêchue (avec deux petits couplets pop). On pousse la disto. « Deeper » nous ramène à l'excellent « Break it all down » avec une « Soul-blanche » racée, où Richie sort pour l'occasion son vieux Wurlitzer. « High », Soul-blues-rock magnifique démontrant une profonde sensibilité, comme chargé d'espérance. Un titre très souvent interprété sur scène (repris par le public sur le Live in Sao Paulo).
« Am I dreamin' » malgré la présence sporadique d'une boîte à rythme qui peut faire passer certains couplets pour le meilleur de Rihanna et Aguilera (?), et quelques chorus latins de guitare acoustique, se hisse avec facilité bien au-delà du meilleur de ces dernières grâce à des envolées de guitares, d'un réel lyrisme, et surtout, sans aucun artifice. Kotzen se fend ensuite d'un interlude acoustique avec « Shine », précédemment composé pour Mr Big, qui connut un certain succès (n°1 au Japon). La force de cette ballade est que malgré un accompagnement réduit ici au minimum, elle ne perd rien de sa prestance.


« Good for me », entre Soul-blues et ballade pop-rock
Puis, « Fast money, Fast cars » !! 
Un des meilleurs titres de Funk-Rock qui m'a été permis d'écouter ! Le genre de composition qui incite irrémédiablement à monter le son, à en faire péter les membranes des enceintes. Attaque de Wah-wah et de Vocoder. Cela déborde de feeling. Un vrai remède contre la morosité. Stevie Salas, TM Stevens, George Clinton, ont dû en pâlir de jalousie. Et dire que c'est Kotzen qui, hormis les choeurs, joue de tous les instruments.L'album est clôturé par « Unity » ; un instrumental Jazz Bee-bop, dont on peut se dispenser. Evidemment très bien joué, mais en inadéquation avec l'ensemble. On ne sait pas s'il a été placé là pour montrer l'étendue de ses talents, en exercice de style, ou seulement pour se faire plaisir. 
     Au final, un disque dans l'ensemble très porté sur une Soul-blanche, des mélodies travaillées, parfois pop, baignant toutefois toujours dans une essence Rock, Heavy-rock. C'est relativement cru dans le sens où il n'y pas d'apport de synthés (excepté quelques notes éparses de Wurlizter sur Dreamin' et une pincée de violons, à peine audibles sur Change), ni cordes, ni cuivres. Tout est construit sur des instruments "organiques" : guitares, basse, batterie et chant.

     Son style de guitare est très ouvert, pouvant aller d'un Blues-surelectrifié à la Hendrix au Heavy-rock, en passant par le Jazz-rock. Néanmoins, généralement, son jeu pourrait s'apparenter à un fin croisement entre celui de Ritchie Blackmore, de Robin Trower, de Prince, et de Paul Gilbert. Un son crunchy, à peine granuleux (on a parfois l'impression d'entendre le filetage des cordes), sentant les simples bobinages (Fender oblige), donnant généralement l'impression d'une guitare branchée en direct dans l'ampli, avec une simple pédale d'effet pour booster ou enrichir ; pas de rack d'effets, à cent lieux du gros rock US.




     Bien qu'estampillé Heavy-Rock, Richie Kotzen ne peut y être totalement cantonné, tant le côté Soul est exploité. Certes, son approche de la guitare reste fortement ancrée dans le genre (même dans ses escapades jazz, et ses chansons les plus ouvertement Soul, son cursus rock transparait), et parfois ses tics de shredders reviennent (pas toujours du meilleur effet d'ailleurs, comme sur « Get Up »). Mais sa voix, légèrement éraillée entre Rod Stewart, David Coverdale, Paul Rodgers, Eric Martin, Curtis Mayfield, et Glenn Hughes, ainsi que son chant, ses intonations, insufflent une bonne dose de Soul. Sans compter que certaines compositions reposent nettement plus sur cette Soul (blanche) musclée, lorsque ce n'est pas sur une mélodie élaborée qui a l'intelligence de ne pas commettre l'erreur de jouer la facilité, en abordant les canons d'un Rock-FM américain ou d'un A.O.R. C'est du Kotzen. Le résultat d'une vaste et éclectique culture musicale bien assimilée.

Telecaster Signature Kotzen
Ci contre : 

Question matos, c'est du pur Fender ; Telecaster et Stratocaster. La firme lui consacra deux modèles "Signature" (une Tele et une Strato), montés avec des micros Di Marzio (dont un style hot-rails : Chopper T), qui lui permettent d'avoir un son puissant tout en gardant une sonorité typé Fender. Côté amplis, il passa de Laney, à Fender et Marshall Super Lead JCM. Kotzen paraît hésiter entre la puissance et la qualité du medium et du grave du Marshall et le son clean et/ou crunchy mâtiné de réverbe du Fender (Vibrolux, VibroKing ?) poussé dans ses retranchements. Actuellement, il possède son propre ampli double corps Cornford, conçu suivant ses recommandations. Pour les amateurs, Zoom a conçu un multi-effets, le G2R, en collaboration avec Kotzen, sensé reproduire ses différentes palettes sonores. La démo (http://www.youtube.com/watch?v=z4TerNQfQnY) est très convaincante, seulement un petit problème demeure. Le double corps Cornford et la Strato Signature sont en option. Et le son, c'est avant tout dans les doigts.






Richie ne s'est pas payé le luxe de tourner un clip, (une ineptie dans le pays de MTV ?) ; sauf pour son dernier né, "Peace Sign", pour lequel il en a réalisé un, dans le genre "à la maison" (j'me filme un coup à la gratte, un coup à la 4 cordes, un coup avec casque sur la tête, un coup avec les baguettes, le tout dans un 5m²)






Change




Fast Money Fast Cars

10 commentaires:

  1. Shuffle master6/1/11 17:55

    Ca a l'air intéressant, mais ce CD est cher...Un autre, plus abordable? J'ai vu que tu n'avais pas été emballé par Return of the mother's head....

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  2. on peut le trouver sur A....N Grande Bretagne à 8 Livres.....

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  3. Effectivement, "Return of the Mother's Head" ne m'avait pas emballé plus que ça, notamment parce que j'adore toujours et encore l'original, "Mother's Head Family Reunion", et que les deux ont peu de point communs(à part Kotzen), alors qu'apparemment Kotzen a voulu (lui ou son label) jouer la toujours bonne réputation de l'opus de 94. Cela aurait été plus honnête de baptiser "Return of...", "Return of Get Up". Pas un mauvais album pour autant.
    Sinon le plus proche de "Change" serait (de mémoire) "Breakin it all down". Un très bon disque avec une coloration Soul plus marquée, moins Rock.

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  4. Sur Fast Money, il a emprunté la voice box de Peter Frampton, sur "Do you feel like I do" ?
    En tout cas, j'aime bien.

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  5. Ce type est fantabuleux. Pas moins !

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  6. Yes Luc. La Talk-Box, ou Vocoder, ou encore Voice-Box. Il y a effectivement une Talk-Box signé Frampton. On a longtemps considéré ce dernier comme un maître de cet effet ("il fait parler sa guitare" qu'on disait), qu'il avait acquis dès la période Humble Pie, bien que ses 1ers enregistrements avec ne datent que de 75 & 76 ; pour son album éponyme et surtout pour son énorme succès, "Frampton comes Alive" avec "Show me the way".
    Toutefois rappelons également que Joe Perry l'utilise sur "Sweet Emotion" (75) of course, ainsi que sur l'album "Rocks" (76). Sans oublier Jeff Beck sur "Blow by Blow (75), Joe Walsh, et surtout, surtout Steppenwolf ! Ben oui, au moins depuis 1970 (le Live). Mais est-ce John Kay ou Larry Byron ?
    Et puis il y a d'autres illustres plus récents, qui restent antérieurs à Kotzen, comme Mathias Jabs, Richie Sambora, Slash, Gilmour, Brian May.
    Un superbe effet de guitare qui se prête moins facilement que les autres (question d'hygiène).

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  7. Ha ! Big Bad ! Pace e Salute !!
    Ouais, un musicien étonnant, multi-instrumentiste de talent, et fin compositeur. De plus, lorsque l'on remarque que le nom du gars apparaît sur une tripoté d'albums pour quelques collaborations occasionnelles(guitares, chant, choeurs, compos), et qu'il tape le boeuf avec divers artistes de la côte ouest (même avec Paul Gilbert qu'il avait remplacé au sein de Mr Big), on peut penser qu'il n'a pas autant la grosse tête que ce que l'on a laisser croire dans les 90's.
    A mon avis, encore un, qui n'a pas la reconnaissance qu'il mériterait.

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  8. "Change", c'est vraiment joli... Belle envolée lyrique. C'est frais, ça fonctionne bien, très efficace. Merci de nous apprendre que ça existe encore, des guitare-héros de talents, en 2011...

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  9. J'ai eu l'occasion de voir (après plus de 10ans d'attente) Ritchie Kotzen près de chez moi!
    C’était il y a trois ans et rien que d'y repenser j'en ai encore la chair de poule!
    Je l'admirais depuis longtemps comme guitariste mais jamais je n'avais imaginé une telle voix!
    Ritchie était considéré comme la relève des guitar hero (shredder) de la fin des années 80!
    Il a choisi la voie du blues rock, et ça lui réussi plutôt très bien!
    Petite anecdote: lors de ce concert, il a cassé une corde sur un morceau (il l'a remplacé lui même en 10sec sans l'aide de roadies) et en a cassé deux autres 5minutes plus tard (remplacées immédiatement de la même manière)
    Casser une corde sur un concert peut arriver, en casser deux est assez rare, mais trois, c'est du jamais (?) vu lors d'un concert de guitar hero!
    ce sont ces petites saveurs qui embellissent le souvenirs mais la présence sur scène et la maitrise musicale sont incontestables.
    un des plus grand guitaristes depuis 20ans! A ne manquer sous aucun prétexte pour qui aime la "vraie" musique!
    Pascal

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    1. Effectivement casser trois cordes en si peu de temps est étonnant (jamais vu non plus). Il doit mouliner dur le Richie.
      Totalement de ton avis : un très grand guitariste. De plus doublé d'un bon chanteur (ce qui est rarement le cas chez les guitar-heroes).

      Super ton site, Paul.

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