samedi 2 juillet 2011

PACHELBEL (Canon), ALBINONI (Adagio) et leurs potes par Claude Toon

Petit voyage estival au temps des Baroqueux en folie


Ah les beaux jours sont là, les oiseaux chantent, la sécheresse s’éloigne, cui, cui, cui… 

Après une saison ardue dédiée à quelques compositeurs qui culminent au firmament, génies immortels à l’inspiration prométhéenne, œuvrant dans le monument musical divin et cyclopéen (1), pensons à quelques délicieux amuse-gueules, au petit sachet de cacahuètes craquantes. Nous voici allongés sous les ramures ou sur le sable chaud, écoutant quelques mélodies délicates et guillerettes, éventuellement pour épicer une possible sieste coquine à l’ombre des persiennes …huuummmm
Chostakovitch (Chausse-ta-kovitch (2) pour BBP qui a du mal), Mahler ou Berlioz ont fait dernièrement les frais de mes dissertations musicologiques érudites (3). Je vous propose un délicieux pot-pourri de pages célèbres de nos chers baroqueux aux perruques poudrées© et en bas de soie©, puisque telle est la description standard établie par mes amis rockeurs dominants, lors de mon intronisation en février (Description normalisée et objet d’un copyright DEBLOCNOT’).
- Dis donc Claude…
- Oui Maggy ?
- Avec tous ces bavardages liminaires, tu parles pour ne rien dire et tu vas encore atteindre les 2000 mots…
- Mais heuuuu….
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(1)        Ce qui caractérise le style de Claude, c’est la brièveté et l’absence de grandiloquence de ses métaphores (Maggy).
(2)        Kovitch : Petite pièce d’harmonie en Biélorussie qui se joue aux cors avec les pieds.
(3)        Quelle humilité !

Toutes ces pages sont-elles archi-connues jusqu’à l’usure ? Pas certain ! Les interprètes baroqueux s’en sont emparés, puis régalés dans leurs recherches d’authenticité, avec l’utilisation de violons avec des boyaux (de quoi ou de qui ? brrr, vaut mieux pas savoir), de diapasons à diverses hauteurs. Bref, ils nous proposent de la science mais pas toujours de la musique rafraîchissante. Les générations précédentes de chefs n’avaient peur de rien avec des orchestres de très haut niveau, mais un peu Caterpillar, de Scherchen à Richter, en passant aussi par des ambulances que je vais épargner. Leurs interprétations étaient quelquefois séduisantes, parfois mièvres et, au pire, parfaitement grotesques option maousse costaud.
L’album de ce jour est un trésor de finesse sur instruments modernes. L’Orpheus Chamber Orchestra nous renvoie dans un temps festif du siècle des lumières que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Montmartre en ce temps accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres (…Mais je pars où là ? Aznavour n’est pas un baroqueux, même à son âge).



L’Orpheus Chamber Orchestra
L’Orpheus Chamber Orchestra a été créé en 1972 par le violoncelliste Julian Fifer. Il réunit une trentaine de musiciens qui jouent sans chef, les options d'interprétations étant définies collectivement. Pour chaque mouvement ou pièce, un instrumentiste est désigné comme Leader. Le répertoire abordé est immense. En premier lieu, l’ensemble excelle dans son approche de la musique baroque et classique, que son effectif réduit permet d’interpréter avec une transparence et une élégance peu communes. Mais ce groupe de musiciens n’hésite pas à pénétrer le monde de la musique moderne pour petits ensembles (Bartók, Prokofiev, Fauré, Ravel, Schoenberg, Copland, Stravinsky) et même celui de quelques compositeurs romantiques (Mendelssohn, Tchaïkovski).
Tous les musiciens occupent des places éminentes de professeurs dans les conservatoires haut de gamme américains comme la Juilliard School ou l’université de Yale. Ils accompagnent les artistes mondialement célèbres dans des concertos. Certains sont également membres des grands orchestres symphoniques US comme le philarmonique de New York.
Si on ajoute à ce panégyrique sincère une discographie de 70 enregistrements (mais, bordel, bien mal réédités), dont l’intégrale des concertos pour instruments à vents de Mozart (qui aura sa chronique), on aura compris que l’on n’a pas affaire à des marioles, comme ceux évoqués il y a quelques semaines et qui se vautrent dans le « tube classique », mais à des artistes authentiques qui cultivent une joie musicale communicative.



Petits morceaux par petits morceaux : le disque…
Bon, on fait simple : un peu de Bio (-graphie) et place à la musique.

Pachelbel (1653-1706)
Le canon de Pachelbel
Johann Christoph Pachelbel naît et disparaît à Nuremberg (1653-1706). Il est surtout connu pour son Canon et par les amateurs d’orgue. Organiste et compositeur du sud de l’Allemagne, il rencontrera dans ses nombreux postes occupés : Frescobaldi, Carissimi ou encore Gabrieli. Il exercera une influence sur Bach en établissant le lien germanique avec les compositeurs cités.
Il n’y a pas grand-chose à dire sur ce canon de forme parfaite et très connu. (CF. l’article très complet sur Wikipédia pour les amoureux du solfège et du contrepoint.) Le clavecin et la basse continue démarrent avec une douce solennité le thème initial de 8 notes. Un violon s’invite à cette marche élégante, puis plusieurs, puis d’autres cordes et ainsi de suite, à travers un développement en canon ou ce thème sera répété 27 fois…. La solennité mentionnée laisse rapidement place à un amusement. La signature de l’Orpheus Chamber Orchestra, c’est cela : un équilibre entre chaque pupitre, une sonorité pure, un côté ludique, le plaisir de jouer parfaitement ensemble et non au service d’un violon solo omniprésent. C’est très très joli, tout simplement.


Albinoni (1671-1751)
L’Adagio d’Albinoni qui n’est pas d’Albinoni
Tomaso Giovanni Albinoni (1671-1751) était violoniste et compositeur à Venise. On ne le connait de nos jours que par ses concertos et musique de chambre. Ses 80 opéras, peu joués, sont partis en fumée lors de l’effroyable bombardement de Dresde en février 1945.
L'Adagio dit d'Albinoni, sujet d’un illustre sketch de Guy Bedos et Sophie Daumier, fut composé en 1945 par Remo Giazotto et édité en 1958. Une quasi création à partir de fragment d’un manuscrit d'Albinoni trouvé dans la bibliothèque de Dresde en ruine. Désolé pour la légende.
Orgue et pizzicati introduisent l’éternel sujet avec grâce, les phrases des cordes se répondent furtivement avant de confier un « Chorus » à l’orgue. La couleur est envoutante, tendre, d’une élégance estivale. Le duo orgue violon solo jaillit à l’instar d’une fontaine dans un jardin ombragée. Je pense qu’Albinoni aurait aimé ces lumières franches et chaudes d’un jardin vénitien. Orpheus ou le génie de faire de « la très grande musique » avec trois fois rien, le dénie de la vulgarité.


Bach (1685-1750)
Jésus que ma joie demeure de J.S. Bach 
Je ne présente pas Jean-Sébastien Bach. A tout hasard, jetez un œil à ma première chronique qui fut consacrée au maître. Rien de bien neuf depuis…
Encore un Tube. Les cordes chaloupées nous entraînent vers un petit choral à l’harmonie, mais joué tout en douceur, très priant Les interventions aux vents se font spirituelles. J’ai parfois entendu ailleurs des hurlements de trompettes comme si Jésus était sourd ou portait un sonotone. Ce qui est fabuleux avec Orpheus, c’est toujours cette maîtrise des développements où la musique se déploie sans augmentation du volume sonore et accélération du tempo, leur secret pour préserver l’intériorité sereine de cette prière.
Aria de la suite pour Orchestre N°3 de J.S. Bach
Tiens, l’aria qui fit débat dans la chronique André Rieu. Orpheus choisit le coté dansant de cette sarabande plutôt que l’éventuelle spiritualité que l’on peut y déceler. Un théorbe accompagne un phrasé très nuancé des cordes. Le tempo, un soupçon vif, évite toute tendance à l’étirement dans le temps qui conduit parfois à l’ennui. Les ornementations sont joyeuses. On se laisse à la fois bercer tout en ayant envie d’inviter une beauté de l’époque pour quelques pas lascifs… La sarabande était-elle le slow du XVIIIème siècle ? Quelle respiration, sublime !

Purcell (1659-1695)

Chaconne de Henry Purcell
Henry Purcell est né et mort à Westminster, une vie courte (1659-1695). Bien qu’influencée par les styles français et italiens, sa musique semble toujours échapper à la fantaisie, adopter une sereine solennité. Qui n’a pas entendu le célèbre « air du froid » de son opéra « King Arthur » immortalisé par Klaus Nomi en 1981, l’humour anglais en musique ! Il composa beaucoup pour le théâtre. Bon ce n’était pas un génie, mais laissons aux anglais la fierté de leur unique compositeur célèbre (Il y en a d’autres qui le mériteraient, mais attendons d’autres chroniques)
La chaconne ici interprétée illustre bien cette légère raideur anglaise. La mélodie progresse pas à pas avec élégance et nostalgie. Orpheus joue sur les inflexions et le développement se structure avec grandeur. La sonorité des violons évoluent vers la tendresse d’une rencontre dans un bosquet de jardin anglais. À écouter plusieurs fois pour savourer la douceur dans ce qui n’est pas le hit de cet enregistrement.

Corelli (1653-1713)
 Concerto de Noël de Arcangelo Corelli
Non ! Corelli n’est pas une marque de lessive ou une enseigne de la grande distribution. Arcangelo Corelli (1653-1713) est issu d’une riche famille de Ravenne. Excellent violoniste et compositeur, on considère que sans lui, la musique classique et baroque n’aurait pas connu un tel apogée. Après d’hypothétiques voyages en Europe où il rencontre et influence les plus grands (Bach, Scarlatti, Haendel, Couperin), il séjournera à Rome pour parfaire son art et ses inventions formelles. Il invente la forme sonate et le concerto grosso, ancêtre des symphonies. Ici nous est donné d’écouter le concerto « de noël » en cinq mouvements.
Orpheus lance toute les forces dans cette musique énergisante. On peut parler de concerto pour orchestre tant le dialogue entre les divers instruments est varié et diaboliquement prenant. Bien au-delà de la technique de composition, il émane des notes une lumière poétique. Les thèmes sont marqués et on adhère immédiatement à ce jeu instrumental. Le violon solo virevolte mais jamais comme soliste isolé. Nous sommes très près de la forme symphonique à venir. Imaginatif, joyeux, encore une démonstration de l’aisance virtuose d’Orpheus.

Haendel (1685-1759)
Sinfonia de Solomon et Largo de Xerxes de Georg Friedrich Haendel
Georg Friedrich Haendel, allemand de souche fera l’essentiel de sa carrière en Angleterre. Haendel, c’est le Messie, Water Music, des concertos et opéras nombreux. Point commun avec Bach, un ophtalmo aussi intrépide qu’incompétent les rendra aveugles l’un et l’autre. Deux courtes pièces illustrent cet album.
Sinfonia de Solomon : C’est joyeux, accentué, concertant (le hautbois), virevoltant (les cordes), c’est Haendel. Orpheus s’en donne à cœur joie dans cette pièce conçue pour ce type d’orchestre. «  L’arrivée de la Reine de Saba » ne passe pas inaperçue.
Largo de Xerxes : C’est intériorisé, pastoral, messianique et serein, priant (le hautbois), processionnaire (la respiration des cordes), c’est Haendel (celui du Messie) et parfaitement régulier au niveau du tempo contrôlé par Orpheus pour éviter toute emphase.

Vivaldi (1678-1741)
Le concerto pour 4 violons d’Antonio Vivaldi.
Parler de Vivaldi en deux lignes serait méprisant pour mes lecteurs. En vrac : (1678-1741), vénitien mort à Vienne, l’auteur des « quatre saisons », le concurrent italien de Bach qui a pompé certaines de ces œuvres sans trop son accord (pas de SACEM à l’époque) et enfin, ce qui ne surprend personne, sans doute le meilleur violoniste de son temps. On y reviendra plus en détail un de ces jours.
Ahhhhh, je voulais vérifier que ce concerto n’était pas aussi celui pour 4 claviers de Bach après transcription. Je suis tombé sur des extraits d’un vieux disque Charlin… My God, un quatuor d’étau-limeur, fatigué par la rouille, joue du clavecin. Beurk, je prends un café et je reviens vers vous. Oups ! Mais c’est quoi l’intérêt d’exhumer des antiquités pareilles ?
Orpheus chante la musique ensoleillée du prêtre Roux. Ce qui ressemble souvent à une sympathique cacophonie s’organise, voltige, les violons se distinguent relativement bien, se pourchassent, les aigus sont purs et guillerets. C’est irrésistible. Le mini Largo (1’55) se fait facétieux, un quatuor de diablotins surveillés de loin par le continuo et le clavecin. Quelle allégresse pour terminer cet album !



Bon, j’ai fait le tour de la question. Si vous ne voulez qu’un seul CD de musique baroque pour l’été ou au pied du sapin (ça marche aussi), essayez celui-là, vous ne serez pas déçus. Il y en a plein d’autres bien évidement mais rarement aussi homogènes.

Vidéos Orpheus Chamber Orchestra
J’ai déniché le morceau « Jésus que ma joie demeure » avec en prime un diaporama sur les colibris !?!?



Et puis en bonus, un moment de folie avec « la danse des furies » de Orphée et Eurydice de Gluck » qui n’est pas dans le CD. Ah ça déménage…. Y a plein de cuivres et de vents sataniques.


10 commentaires:

  1. Tenez un petit concours gratuit d'onc' selmogue. quel groupe de rock reprend le canon de pachelbel sur un de ses disques?

    christian s

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  2. shuffle master4/7/11 21:33

    Warren Haynes?

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  3. Aaahh... L'adagio d'Albinoni, le Canon de Pachelbel, les 4 saisons de Vivaldi, l'Aria de Jean-Sébastien. Certes des classiques des classiques, connus de tous (enfin j'espère). Mais là on touche au divin.

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  4. C'est pas du rock, mais 2pac a marmoné dessus (un vrai massacre).
    Sinon il y a la version du jeune et talentueux Matt Rach (http://www.youtube.com/watch?v=wam-oMub8EU). Il y a aussi celle de Malmsteen (moins bonne).
    Quant aux "4 saisons", elles ont été maintes fois reprises par un bon nombre d'apprentis shredders dans les 80's et 90's ; les plus connues étant celle d'Uli Jon Roth et de Malmsteen.
    Claude doit grincer des dents...

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  5. Curieux que Luc n'est pas cru bon d'ajouter "... mais Claude, il n'a plus de dents, donc pour grincer ah ah"
    N'empêche que j'ai lu la chronique de Bruno sur "Man in Motion", et même que ça me plait pas si mal... Je vais creuser...

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  6. (Commentaire hors sujet)
    Enfin je sais comment prononcer correctement Choska... NAN !!! ... Chostakovitch.
    Merci, Maître !
    Des besogneux indignes ont reçu la Légion d'Honneur pour moins que ça...

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  7. Et pour m'sieur Selmogue, c'est les Sales Gosses d'Aphrodite qui pompent le canon pour en faire des Larmes et de la Pluie.
    BANDE de POCHTRONS, va !!!

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  8. Merci Big Bad Pete, je n'avais pas fait le rapprochement... Encore un saut dans ma jeunesse lointaine (sniffsss.... grosses larmes)

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  9. c'est Savatage sur "dead winter dead"
    christian s

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  10. Quel titre sur "Dead Winter Dead" ?
    D'abord j'ai cru que c'était "Memory", l'intro de "Dead Winter Dead". Mais non, car il s'agit de Beethoven, "L'Hymne à la Joie", que reprenait avec maestria Blackmore à l'époque de Rainbow.

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