dimanche 21 août 2011

HILARY HAHN – MARRIS JANSONS dans CHOSTAKOVITCH et DVORAK, le DVD par Claude Toon

Un concert dans la plus totale complicité au Japon

...Le "Poster" d'Hilary Hahn    (photo: Glenn Ross)
J'avoue ne pas être un adepte inconditionnel des DVD musicaux. J'ai fait exception à la règle pour la publication tardive (mai 2011) de ce concert de novembre 2000, au Japon, réunissant des artistes qui me sont chers : l'orchestre Philharmonique de Berlin, le chef letton Marris Jansons et Hilary Hahn qui, à l'époque, commençait à se faire un nom dans le cercle restreint des jeunes virtuoses du violon. Seconde raison, le programme : en première partie, le ténébreux et hallucinant concerto pour violon n°1 de Chostakovitch, puis la huitième symphonie de Dvořák , grande sœur de la symphonie du Nouveau Monde.

- Eh Luc ? Claude, il est vraiment entiché de cette violoniste, c’est dingue, limite étrange, à son âge….,
- Ah ouiii, et pourquoi tu dis celaaa mon cher Rockiiiin’…
- Ben… tu vois Luc, il paraît que.. enfin.. dans son bureau…heuuu… il y aurait…. des …des photos d’elle… c’est quasiment fétichiste…
- Humm Hummm, t’es drôlement renseigné dit donc…. Ça fait un peu bruit de couloir ton truc, tu ne trouves pas mon petit JL ???
- Oui… oh… tu sais des ragots… rien de plus… Sonia a du le voir passer avec un magazine musical je pense (transpiration abondante)
- Bon aller, on va bosser…on verra plus tard….à la rentrée de tout le monde… hein. Claude il aura des p’tites choses à raconter…..
- C’est cela, bonne idée…..j’y cours….

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 ...Applaudissement....et pour commencer :

L’ouverture d’Oberon de Carl Maria Von Weber
La biographie de Weber sera au programme d’une chronique future… sinon ici.
Dès le début du concert, on devine l'extrême connivence entre le chef letton et le Berliner. Mariss Jansons arrive d'un pas énergique sur le podium, sourit à ses musiciens, et se frotte les mains d'une manière gourmande. Le chef se voudrait-il coach en pensant « Mesdames et messieurs, c'est parti ! » ? Que l'on me pardonne cette trivialité mais on adhère immédiatement à cet enthousiasme affiché !
Dès les premières mesures de l'ouverture d'Oberon, le style global est donné : les tempi contrôlés, la clarté, pas d'effet symphonique ostentatoire, un rejet du narcissisme rencontré parfois. Une ouverture joyeuse, endiablée, de forme classique, on y décèle presque des sonorités viennoises avant la lettre.
Le concerto pour violon N°1 de Dmitri Chostakovitch

La jaquette austère du DVD... Bof
Pour la biographie du compositeur russe, voir la chronique Chostakovitch - Gergiev : symphonie n° 11 (1905).

Chostakovitch composa en 1947-48 son premier concerto pour violon ; ses années les plus noires sous la botte de Staline et Jdanov qui voulaient mettre aux pas les compositeurs. Très sombre, sarcastique et désespéré, l'ouvrage sera créé tardivement en 1955 par David Oïstrakh (dédicataire) et Evgeny Mravinsky (rien que ça).
En 2002, Hilary Hahn enregistrera une version de référence du concerto de Chostakovitch. Se mesurer à 23 ans à ce chef d'œuvre de noirceur et d'ambiguïté honore la jeune artiste dans son parcours discographique.
Deux ans avant, à 21 ans, lors de ce concert, la jeune femme maîtrise déjà l'extrême difficulté technique et émotionnelle de l'œuvre. Le jeu et l'attitude en scène de la violoniste sont surprenants par son appropriation quasi intime de la partition... Quand un corps, un violon et nos émotions ne font plus qu'un. Elle oublie la salle pour mieux nous offrir la musique. Jansons lui assure un écrin sonore avec une telle concentration, que son implication physique et mentale crève l’écran. Hilary Hahn, elle, semble dans un autre monde, ses gestes sont gracieux, elle danse joue contre joue avec son instrument.
Dmitri Chostakovitch (1906 - 1975)
On reproche parfois à HilaryHahn des tempos rapides. C'est assez vrai, mais, comme pour contredire ce jugement, les tempos sont ici plus amples que dans la belle version de Viktoria Mullova, violoniste pourtant réputée pour son souci de laisser aux notes le temps de s'épanouir, d'habiter l'œuvre. Par cette retenue, et le jeu détimbré et limitant le vibrato aux nécessités imposées par l'instrument de H. Hahn, le peu de sérénité qui pouvait subsister dans la conception de son aînée s'enfuit. L'atmosphère angoissée de cette musique devient glaçante. On semble perdre toute espérance dans le nocturne initial et la passacaille. Le concerto retrouve ainsi sa quintessence. La longue cadence de l'andante devient comme une pièce introspective et secrète grâce à la maîtrise absolue de la soliste, sa rythmique inexorable. Mais ce passage reste pourtant totalement dépendant de la passacaille qui le précède, comme un point interrogatif douloureux avant le burlesque cynisme de l'allegro conclusif, tentative ultime de retrouver un peu de lumière.
En bis, le presto de la sonate N°1 de Bach permet de retrouver une jeune fille rieuse et virtuose.
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ENTRACTE : parlons des artistes.
Je ne vous présente plus Hilary Hahn, mais pour les nouveaux fans, rendez-vous à l’article consacré à ses enregistrements de 4 concertos hilary-hahn et pour quelques-concertos. 
Promis : prochainement, je vous parlerai d’une autre jeune virtuose de l’archet dans un programme très très original...
Marris Jansons (né en 1943)
Le chef d’Orchestre Marris Jansons (né en 1943 à Riga) a été formé à l’école du génial et pointilleux, voire tyrannique Evgeny Mravinsky à Leningrad (St Petersbourg), encore une légende vivante évoquée dans l’article dédié à Chostakovitch. Cet artiste toujours souriant a, malgré des soucis de santé au tournant du siècle, un palmarès éloquent. Il a dirigé les orchestres d’Oslo et de Pittsburg. Depuis 2003-2004, il partage son sens de l’énergie, du détail et de l’adhésion du public, à la fois comme chef de l’Orchestre de la Radiodiffusion Bavaroise et, poste parmi les plus envié au monde, comme Directeur du Concertgebouw d’Amsterdam. Sa discographie comporte une intégrale des symphonies de Chostakovitch remarquée.
Quant à l’Orchestre Philarmonique de Berlin, il est simplement synonyme d’orchestre symphonique tout court pour le grand public. Cet ensemble unique n’a connu que des grands chefs dont Wilhelm Furtwängler, Sergiu Celibidache et, évidemment, Herbert von Karajan, chef nommé à vie de 1955 à 1989. Vous verrez sur la vidéo que cet orchestre intègre de nombreuses musiciennes, chose impensable avant le règne du maestro autrichien.
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Antonin Dvořák : symphonie n° 8
Pour la biographie du compositeur tchèque, voir la chronique : « Dvorak : Symphonie du Nouveau Monde ».
Bien que moins célèbre que la « symphonie du Nouveau Monde », l’œuvre est d’un intérêt égal. De forme classique, elle comprend quatre mouvements. Sa tonalité majeure nous prépare à une musique légère (au sens noble) aux accents romantiques et villageois que le compositeur aimait tant. Elle est créée en 1891.
À l’instar de la « symphonie du Nouveau Monde », nous sommes dans un univers sonore festif et pastoral.  

1 - Allegro con brio : un thème pastoral et tendre introduit le premier mouvement. Dvořák  campe le décor, les forêts, prairies et villages de bohème. [53’55]. L’orchestre s’anime joyeusement pour énoncer les thèmes lyriques voire épiques qui structurent la mélodie. L’orchestration est concertante, [57’44] un développement aux accents champêtres nous amène progressivement à un passage [59’00] qui se veut pathétique mais, paradoxalement, se résout par une reprise bucolique du thème introductif (un nuage orageux obscurcit un temps la campagne, à chacun de jouer avec ses images inconscientes). Le mouvement se termine sur des variations jubilatoires à partir des idées musicales précédentes. Dvořák tournait le dos dans cette partition à toute métaphysique tristounette.
2 – Adagio : [1h02’57] une longue phrase élégiaque, fervente, nous amène au premier thème, un chant lointain à la flûte et à la  clarinette. [1h05’17] Un motif appuyé, un peu sombre évolue en une marche animée mais sereine. Dvořák maîtrisait bien ces changements de climats dans un même morceau. [1h07’50] Il le démontre en imprimant une atmosphère presque luthérienne par sa rigueur dans ce mouvement, mais tout en conservant une aura de lumière. On pense à un choral de Mendelssohn, un moment de grandeur. [1h10’00] Un bref passage  dramatique, une interrogation sur le temps qui passe, conduit à une conclusion rêveuse et dansante, où les accords des bois nous rappellent une certaine scène aux champs dans la symphonie Pastorale de Beethoven.
3 - Allegretto grazioso : [1h14’22] Une mélodie légère et ensoleillée, une valse toute simple, constitue le début de ce mouvement de détente pour lequel je conteste le statut de scherzo lu parfois, car il n’est pas du tout symétrique malgré la première variation en forme de trio, Dvorak était très imaginatif... La mélodie initiale est ainsi reprise deux fois avec des évolutions de rythme [1h16’06]  et [1h18’30], comment ne pas entrevoir une fête villageoise. [1h20’10] Une courte coda virulente achève ce très bel intermède chorégraphique.
4 - Finale :  Allegro ma non troppo : [1h20’50] Un appel glorieux des trompettes ! Les violoncelles proposent une mélodie chaleureuse qui prolonge dans le final cet esprit serein et bucolique qui parcourt toute la symphonie. [1h22’58] Un thème scandé voire brutal amorce le final qui ne se départira plus d’une joie frénétique. Malgré une grande richesse instrumentale et des changements constants de ligne mélodique, cette musique reste claire et accessible à l’auditeur. [1h30’10] La coda est une bacchanale frénétique d’allégresse. Non, cette œuvre n’a vraiment rien à envier à la future et célébrissime « Symphonie du Nouveau Monde ». Elle est d’ailleurs fréquemment jouée.
L’interprétation de cette symphonie est l'accomplissement de ce concert déjà exceptionnel dans sa première partie. Marris Jansons retrouve la romantique verve de la musique aux accents bohémiens inhérente à cette œuvre. Les tempi semblent retenus, c'est relativement subjectif et du à la finesse d'analyse du phrasé et à l'équilibre entre les pupitres. Une interprétation qui ne dérive pas vers les climats romantiques saxons et le legato parfois sirupeux de certaines versions. C'est Dvořák  rendu à sa quintessence, les dimensions festives et pastorales qui se rencontrent. Le passage pathétique de l'adagio est introduit avec mystère et frémissement, donc sans pathos inutilement dramatique. Une très grande version concurrente des meilleurs gravures disponibles sur CD (Cf. les legs de Christoph von Dohnányi et Rafael Kubelik).
Une dynamique danse slave N°8 conclut le concert.
Un très beau concert, avec une prise de son homogène et une mise en image pertinente. Je le recommande aux amateurs de concerts symphoniques en DVD et, surtout, pour les mélomanes débutants. La vision des instruments en action au fil de la mélodie est un outil merveilleux pour pénétrer avec aisance dans les méandres de la musique classique, sans se sentir « un peu perdu ».


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Vidéos : 
Chostakovitch : la Passacaille et le final diaboliques du concerto pour violon extrait du DVD. De lente et grave, la musique va évoluer jusqu’à la virtuosité la plus folle….



Dvořák  et Mariss Jansons : le final de la symphonie n°8 mais avec l'orchestre de Munich...



3 commentaires:

  1. Elle n'est pas franchement jolie....mais quel talent, c'est incontestable. Un vrai personnage, non ?

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  2. COMMENT CELA PAS JOLIE ?????????? !!!!!!!

    Bon Ok, à 64 ans, je rencontre un pourcentage de jolies femmes sans cesse croissant :o)
    J'ai vu plusieurs fois Miss Hahn, sur scène, dans des robes magnifiques et moulantes, et ma fois... Heuuuu il y a des... choses que l'on ne peut pas écrire dans ce blog de haute tenue.

    Blague à part et chacun ses goûts féminins, oui c'est une grande artiste (même avec ses 1,60 m max à mon sens).

    Tiens, depuis le temps que je dois virer ces frises ridicules avec le drapeau japonnais de l'époque maudite. Mais où avait-je la tête ???

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  3. Moi demander pardon : Hilary est très jolie.

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