samedi 6 août 2011

WES MONTGOMERY "FULL HOUSE" (1962) par FreddieJazz


Il est bon d'écouter et de réécouter ces vieilles histoires toujours actuelles tant il est vrai que le jazz n'est pas fait pour endormir les mouflets. La première fois que j'ai entendu parler de Wes Montgomery (1923-1968), je devais avoir dix-neuf piges. Je sortais à peine du bahut, le bachot en poche. Bref, je connaissais que dalle au jazz, en tout cas pas grand chose. Me souviens qu'un jour un prof bien sympathique, soucieux de parfaire mon éducation musicale, me prêta un disque de Django Reinhardt au Hot Club de France... En terme de guitare jazz, c'est tout ce que je connaissais. Faut dire que mes liens amoureux avec cet instrument sont assez compliqués... Mais dix-neuf ans, c'était aussi l'âge de Wes quand il découvrit Solo Flight de Charlie Christian (1916-1942). Et ça, c'est plus important. Avec cette découverte, ou plutôt cette révélation, Wes se dirigea aussitôt vers une boutique où l'on ne vendait pas que des violons... Oh les frangins Montgomery (Buddy et Monk) ont bien affirmé que le Wes, il se débrouillait déjà pas mal à l'âge de douze ans. Mais là, c'était pour une autre cause.

Parce que le jazz, comme le blues, c'est une histoire de passion. Quand on la choppe, on ne peut plus sans défaire. En tout cas, le commerçant d'Indianapolis ne devait pas en croire ses yeux quand il vit débarquer ce jeune gaillard bien timide avec un regard certainement pétillant... La suite est archi connue. A force de travail acharné, le jeune Wes progresse très vite. Un an plus tard, il joue déjà en club! Quelques années plus tard, il est repéré par Cannonball Adderley qui insiste auprès d'Orrin Keepnews... Ce dernier, émerveillé, lui fait signer un contrat chez Riverside. Le "Boss" de la guitare jazz était né... A la première écoute de ce qui fut pour moi la première galette de Wes, je fus assez choqué, je dois dire, par sa façon singulière de jouer, cette sonorité ronde et cette rapidité dans les riffs, et en même temps ce côté chaloupé, avec ces croisements d'énergies jusqu'à plus soif. Et puis, chose extraordinaire, tout comme Erroll Garner, Wes était autodidacte. Quand on entend la technique de ce surdoué, l'on se dit que tout est possible, quand bien même l'on n'aurait pas le temps de prendre des cours particuliers (Wes avait des mioches dans les bras et en plus de ça, il était fauché..)


Cette session fut captée live le 25 juin 1962 dans une caféteria de Berkeley (sic), en Californie (chez Tsubo). Le bouche à oreille fit vite le tour de San Francisco et ses environs. Disons-le de suite, ce diable de concert est vraiment très bon, pour ne pas dire incroyable... Ambiance surchauffée comme dans un club, feeling palpable, porté par un paroxysme assez inouï. Entouré de la rythmique de Miles Davis (Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie), rythmique qu'il retrouvera régulièrement au cours des années 60, Wes s'octroie aussi les services d'un sax ténor bouillonnant: Johnny Griffin en personne. Souvenez-vous, quelques années plus tôt, celui-ci jouait au sein du quartette de Thélonious Monk (on peut retrouver quelques traces inoubliables, notamment les sessions au Five Spot Café. Les cinq comparses donnent ici (et ce n'est là qu'un pléonasme) le meilleur d'eux-mêmes.

A l'origine, six thèmes enfumés, et non pas fumeux, autant de pièces généreuses, avec cette pureté des lignes qui en laissera plus d'un sur le carreau... Pour cette réédition de 2007, Orrin Keepnews, le producteur, a ressorti des inédits, enregistrés au cours de la même soirée... Cinq nouvelles pièces qui valent leur pesant de cacahuètes. Je laisserai à chacun le soin d'apprécier le drive, le swing et la cohérence de ce trio composé de Kelly/Chambers/Cobb, un truc de malade, le genre de rythmique à "balancer des cocktails Molotov sur les oiseaux et à laisser le grand méchant loup courir, la langue bien pendante, après le petit chaperon rouge". D'ailleurs, il suffit d'écouter "Blue 'n Boogie" ou "Come Rain or Come Shine" pour s'en convaincre. Miles Davis ne les avait pas embauchés pour rien ces trois lascars (ils resteront trois bonnes années au sein de son quintette). La façon dont Cobb frappe sur la caisse claire - la fessée, comme j'aime tant l'appeler - tout en maintenant un tempo endiablé sur la ride, sonne comme une évidence qui ne se démentira jamais. On notera aussi les soli de Griffin, complètement allumés, fait de paroxysmes d'anthologie (notamment sur "Blue'n Boogie", à partir du minutage 4'38). Les autres thèmes sont du même tonneau, entre morceaux péchus, balades, surprises, détours, riffs et autres castagnes... Bref, l'on tient là un grand concert qui devrait figurer dans toute bonne discothèque. A ne pas manquer, donc.

"Fullhouse"



1. Full House 9:16
2. I've Grown Accustomed To Her Face 3:29
3. Blue 'N' Boogie 9:38
4. Cariba (Album Version) 9:41
5. Come Rain Or Come Shine (Take 2) 6:57
6. S.O.S (Take 3) 5:03
7. Cariba (Take 1) 8:28
8. Come Rain Or Come Shine (Take 1) 7:22
9. S.O.S (Take 2) 4:49
10. Born To Be Blue (Take 1) 7:27
11. Born To Be Blue 7:35






3 commentaires:

  1. Un bien beau morceau, même pour moi pour qui le Jazz... Tu m'as compris Freddy !

    Une vraie leçon de swing et de légèreté. Tout ce que l'on ne retrouve pas dans le style qui est le mien. Cela dit, j'ai connu (lorsque je prenais des cours de batterie) un excellent batteur de Jazz qui était incapable de jouer correctement un rythme binaire des plus élémentaire. A l'inverse, il excellait dès qu'il fallait jouer un "chabada", une pulsation ternaire, etc.. Comme quoi en musique, c'est souvent une affaire de sensibilité. Wes en est l'une des incarnations.

    Vincent "le chameleon".

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  2. Un grand artiste.
    Une technique particulière (les cordes sont pincées uniquement avec le pouce), peut-être issue du Blues, un son velouté et une fluidité exemplaire. Un nom qui revient souvent sur les lèvres de guitaristes d'horizons divers (disparates ?).
    Une référence absolue.

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  3. This is my first time go to see at here and i am truly impressed to read
    all at one place.

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