lundi 9 janvier 2012

KEB' MO' - "The Reflection" - (2011) par Philou


Keb' Mou'....

Au fil des albums, Keb' Mo' est devenu un artiste majeur de la scène blues contemporaine. Né à Los Angeles en 1951, il a remis au goût du jour le blues rustique de Robert Johnson et le port du costard trois pièces et du borsalino. Eh oui m'sieurs dames ! bien avant tous les icônes trash, les pseudo chanteurs de r’n’b et les people extravertis, Robert Johnson, le blues man noir du Mississippi, celui qui aurait appris a jouer le blues avec le diable, arborait déjà fièrement ce style de couvre chef....
Kevin Moore, lui, n'a pas vendu son âme au diable, mais voue une admiration sans limite à Robert Johnson. Il tiendra d'ailleurs le rôle de son idole, en 1998 dans le documentaire réalisé par Peter Meyer "Can’t You Hear The Wind Howl". En 1994, il déballe son blues acoustique de son 1er album tout simplement intitulé "Keb' Mo", son diminutif afro-américain. L'album sort sur Okeh, le label historique du blues. On trouve dans ce disque deux titres de Robert Johnson, "Come On In My Kitchen"  et "Kind Hearted Woman Blues". L'album qui rencontrera un succès mérité est un savant mélange de blues rustique et de son contemporain. Le second album "Just Like You" sort en 1996 et assure toujours la continuité entre l'héritage acoustique du blues et l' univers musical moderne actuel, incorporant des touches de jazz, de soul et de country/rock. Il reçoit un Grammy Award pour cet album....et ce ne sera pas le dernier.



 Les albums se suivent "Slow Down"(1998), "The Door" (2000), "Big Wide Grin" un album de chansons pour enfants (2001), "Keep It Simple" (2004), "Peace Back By Popular Demand" (2004), "Suitcase" (2006), jusqu'à l'inévitable album live en 2009 "Live And Mo", qui est en réalité, un mélange de titres en studio et d'enregistrements public.
 Au fil des années, le blues rustique s'est peu à peu étiolé laissant place à une pop/bluesy parfaite, mais de plus en plus calibrée FM, ce qui doit certainement commencer à rebuter les puristes du genre mais qui devrait cependant ravir les fans d'un certain Robert Cray.
 En effet, Keb' Mo' semble se satisfaire désormais de plus en plus d'une sorte de "West Coast Music" que des atmosphères hantées des maîtres du Delta et ce n'est certainement son nouvel album "The Reflection", qui vient d'atterrir dans les bacs, qui va nous démontrer le contraire.
Pour sa nouvelle production, le multi-instrumentiste assaisonne cette fois-ci son blues habituel d’une bonne dose de soul, de rhythm and blues et de quelques touches de gospel.
Keb' Mo' n'a pas lésiné sur les moyens quand on jette un œil sur la liste des musiciens prestigieux qui ont participé à l'album : les bassistes Marcus Miller, Reggie McBride, Freddie Washington, Vail Johnson & Kevin McCormick, la chanteuse néo-soul (néo-soupe ?) India.Arie, le country man Vince Gill, le légendaire guitariste David T. Walker... etc..... bref que du beau monde !
Pour le coté musique, cela ressemble davantage à du Bobby Womack, à du Bill Withers voire à du Crusaders qu'à du John Lee Hooker ou du Muddy Waters.....Encore un changement de direction qui va décevoir les fans de la première heure (comme moi),  mais qui devrait élargir l'audience de l'artiste.


Je n'en doute pas une seule seconde, Keb' Mo' et son producteur ont porté une attention toute particulière à la qualité d’enregistrement de cet album et les oreilles des audiophiles en seront particulièrement ravies, mais l'ensemble manque cruellement de consistance et de folie. Cela n'a plus rien à voir avec le blues, c'est juste un mélange doux de pop, de soul et de funk urbain léger. Sur les titres comme "The Whole Enchilada", "The Reflection", "All The Way","Crush On You"  on a l'impression d'écouter des chansons qu'on a déjà entendu des dizaines de fois. Heureusement, la basse funky de Vail Johnson nous balance un groove impressionnant, notamment sur "Inside Outside", juste au moment où on commençait à décrocher, c'est vrai que le garçon en matière de slapping, il s'y connait un tout petit peu...
Keb' Mo' enclenche le mode Soul Crooner sur une bonne partie de l'album, illuminé trop rarement par de brillants solos de guitares comme dans "Walk Throught he Fire". Il reprend également un titre des Eagles, "One Of These Nights", il transforme cette sensuelle et groovante composition des Aigles californiens en gentille berceuse pour enfants. 
La deuxième partie de l'album est d'ailleurs heureusement plus copieuse avec des morceaux comme "My Shadow" et "Just Lookin" propulsés par la basse phénoménale de Marcus Miller.

Pour résumer, ce n'est pas un mauvais disque, c'est juste plaisant, bien foutu mais beaucoup trop lisse et bien loin de ce que Keb' Mo' nous a proposé depuis ces 15 dernières années.





Article initialement paru dans la revue BCR du mois de décembre 2011.

Un extrait de l'album "The Reflection" : "The Whole Enchilada"

2 commentaires:

  1. http://www.longplayerlateblogger.com/article-keb-mo-the-reflection-2011-96901978.html

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  2. Je pense que nous sommes d'accord...

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