jeudi 6 juin 2013

Hector Berlioz : La Damnation de Faust - par Pat Slade


L’opéra du diable


Les opéras français ne semblent pas toujours atteindre la même renommée de qualité que ceux produits en Italie avec Verdi ou Puccini ou en Autriche et en Allemagne avec Mozart ou Wagner.
Pourtant l’opéra le plus joué dans le monde est Carmen de Georges bizet déjà commenté dan ces pages du blog (clic). Alors je vais essayer de parler d’un opéra français connu des aficionados de la musique classique.
L’histoire de Faust écrite en 1808 par Goethe, reste une œuvre archi connue de la littérature. Mais elle demeure austère à lire. Heureusement que musiciens et cinéastes reprirent l’histoire, en la simplifiant, c'est le cas des opéras de Berlioz et Gounod (Ahhh je riiiiis…).




Un romantique endiablé



Goethe
La Damnation de Faust de Louis Hector Berlioz (clic) reste le premier opéra qui retentira dans mes oreilles d’adolescent boutonneux (Merci Clearasil !). Un opéra où il n’y a pas de débauche excessive de cantatrices et de ténors. En tout et pour tout 4 artistes se disputent la scène pendant  deux heures. Une mezzo-soprano : Marguerite, un ténor : Faust, une basse ou un baryton : Méphistophélès et une autre basse : Brander. Encore un opéra maudit pour son auteur, rappelez vous  du Carmen de Bizet et son problème de numérologie avec le chiffre 3.
Après avoir lu la traduction de Gérard de Nerval, Berlioz est fasciné et ne peut se débarrasser l’esprit de se drame romantique et diabolique. Sa réaction immédiate est de composer en 1828 un «best-of» de ce qui deviendra plus tard la Damnation de Faust, les «Huit scènes de Faust». Il en envoya une copie à  Goethe avec une lettre des plus flatteuses. La curiosité de Goethe fut piquée au vif par cette musique, mais, avant de lui répondre, il soumit la partition à Friedrich Zelter qui avait été le maître de Mendelssohn. L'esprit conservateur de Zelter fut offusqué par ce qu’il lut sur les portées, par ce modernisme, cette liberté de ton au début du XIXème siècle, par l'étrangeté de cette musique. Ainsi la réponse de Goethe, si attendue, ne vint jamais. Berlioz retira la partition peu de temps après publication, prétextant que le travail en était bâclé.
Vers le milieu des années 1840, après avoir passé cinq mois en Allemagne, il est probable que ses visites à Leipzig, Weimar et dans la vallée de l’Elbe, furent un stimulant supplémentaire dans la création définitive de l’œuvre.

Tous les extraits que vous entendrez sont issus de l'enregistrement de l’orchestre de l’opéra de Lyon sous la baguette de Kent Nagano avec Susan Graham, Thomas Moser et José Van Dam, une version récente de 1995 qui ne souffre pas de l’accent des chanteurs.


Quand le diable s’en mêle !




Petit rappel sur la légende de Faust : un vieux docteur signe avec son sang un pacte avec le diable pour retrouver sa jeunesse perdue, acte terrible qui clôt surtout son destin funeste. Il va tomber amoureux d’une image, celle de la jeunesse.
1 - Nous sommes dans les plaines de Hongrie et Faust chante la beauté du paysage. Une foule de paysans danse en l’honneur du printemps. Faust s’écarte et rencontre des soldats allant au combat. Il admire leur courage mais jalouse leur jeunesse. Il reste insensible à leur soif de gloire, et se retire à nouveau tandis que l’armée défile.

2 - Nous le retrouvons en pleine nuit, dans son cabinet de travail quelque part en Allemagne (Hé oui ! Faust ce déplaçait très vite !). Il décide d’en finir avec la vie et tente de s’empoisonner alors qu’une volée de cloches de l’église l’interpelle, une procession chante la joie de pâque.
Jetant la coupe fatale, il évoque son enfance. Méphistophélès surgit alors. Il offre à Faust de réaliser ses rêves et de l’emmener voir le vaste monde et de révéler les merveilles qu’il n’avait pu imaginer à ce jour (Faust était très casanier enfin de compte !).
3 - Les voici dans les tavernes d’Auerbach à Leipzig avec une bruyante assemblée d'étudiants dont Brander, le meneur de la bande, qui entonne une ballade assez grasse à propos d’un rat.

Ce chef-d'œuvre lyrique se termine par un «Amen» assez blasphématoire. L’apparition de Méphisto va dégriser les convives, ce dernier relève le défi de Brander en chantant la chanson de la puce.

4 - Faust manifeste son dégoût face à ces frasques, Méphisto l’entraine sur les rives de l’Elbe. Faust s'endort, des sylphes l’éventent. Il voit Marguerite en rêve. Il se réveille et demande à son diabolique compagnon de le conduire vers elle. En chemin, ils croisent des soldats et des étudiants qui se pressent vers la ville où vit Marguerite.

X
5 - Le soir seul dans la chambre de Marguerite, Faust goûte à l’atmosphère tranquille, mais à la demande de Méphisto, il doit se cacher. La belle entre dans la pièce bouleversée par un rêve au cours duquel elle a vu son futur amant. Tandis qu’elle peigne ses cheveux, elle chante une vieille ballade mélancolique "un roi de Thulé".



Quand le diable met son souk




6 - Nous nous retrouvons dans les jardins de la maison ou Méphisto demande aux esprits du feu d’ensorceler Marguerite endormie.

7 - une diabolique sérénade incite Marguerite à se précipiter dans les bras de Faust. Les amants se reconnaissent, s’abandonnent à leur passion, mais Méphisto les interrompt pour les avertir que la mère de Marguerite à été réveillée. Les voisins arrivent, les amants échangent un adieu précipité.
X
8 - Nous arrivons à l’acte final, là où tout va se jouer, où le duel entre le mal et le bien choisira sa victime. Seule, Marguerite attend le retour de Faust. Dans le lointain, les tambours et les trompettes qui résonnent la sortent de sa rêverie, Faust ne revient pas. Dans une forêt, il invoque la nature.
X
Méphisto apparait et annonce que Marguerite à été condamnée au gibet pour avoir causé la mort de sa mère avec les somnifères qu’elle lui administrait chaque fois que Faust lui rendait visite.
Désespéré, Faust signe un papier, un nouveau pacte démonique, et accepte ainsi de servir Méphisto si ce dernier sauve la vie de sa belle.
Enfourchant des chevaux noirs, les voici tous deux galopant à bride abattue. Ils croisent en chemin des paysans qui prient, des spectres pourchassent Faust. De grands oiseaux les effleurent de leurs ailes. Un orage éclate et d’une voix grondante, Méphisto ordonne aux légions de l’enfer de commencer leur orgie. Faust est précipité aux abysses, les démons portent Méphisto en triomphe tandis que l’âme de Marguerite rachetée est reçue au paradis. On retrouve dans ce passage la force satanique, le rythme de folie démoniaque qui avait tant surpris dans la nuit de sabbat concluant la symphonie fantastique (clic).
X
En gros, voici un résumé de cet opéra qui a bercé mon adolescence. Dire que Berlioz est l'un de mes compositeurs de prédilection serait superflu.
Mais en parlant de la Damnation de Faust, rappelez vous de Stanislas Lefort, le chef d’orchestre de l’opéra de Paris qui essaye par tous moyen d'assurer les répétitions de la Damnation dans le film «la grande vadrouille».
Nous retrouverons aussi des extraits de cet opéra dans le film «La symphonie fantastique» de Christian-Jacques en 1942 avec Jean-Louis Barrault dans le rôle de Berlioz.
Discographie : La version de Colin Davis, incluse dans le cycle Berlioz en 1971, reste une référence. Dans les plus anciennes, j’ai un faible pour celle de Igor Markevitch en 1958, malgré une Marguerite (Consuelo Rubio) qui est assez… disons effacé ! Je ne conseille pas la version de Georges Prêtre malgré la qualité des chanteurs.

Et pour finir... La marche hongroise dirigée par Pierre Monteux en 1961... Ça dépote !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire