mercredi 20 novembre 2013

Samantha FISH "Black Wind Howlin' " (septembre 2013), by Bruno




     La petite Samantha Fish, originaire du Missouri (Kansas City), malgré son jeune âge, paraît bien décidée à mener une carrière sérieuse. Preuve en est, ce second opus qui non seulement confirme le talent de la demoiselle, mais la présente en évolution.


     Si elle a gardé son petit accent américain, dérivant tantôt vers des intonations Country-rock (pouvant parfois évoquer une synthèse de Bonnie Raitt et de Murielle Moreno), le timbre s'est un tantinet durci, de même que sa guitare. On ne nage pas pour autant dans un Blues-rock foncièrement heavy – quoique sur la fin - mais indéniablement Samantha a pris la résolution de favoriser les fréquences graves (micro manche en rythmique) et de se parer d'une overdrive crémeuse (50% de matière grasse). Pour le coup, sa voix se marie mieux qu'auparavant avec sa musique, notamment parce qu'elle tranche ce son épais et éclaire ainsi sa musique qu'elle a assombrie.

     Contrairement au précédent et premier opus (qui lui permit au passage de remporter une récompense en tant que « Best New Artist Debut ») , où la demoiselle s'essayait à diverses facettes du Blues, ici c'est nettement plus concis. L'ensemble est cohérent, les titres sont bien agencés et sembleraient presque suivre une logique dans les enchaînements et la progression. Samantha semble avoir trouvé sa voie : Celui d'un Blues qui a rejeté tout clinquant au profit d'un son mat, poussiéreux, âpre, aux relents de marécage, d'asphalte, de bar à bière, plutôt que de soleil californien ou de plateaux télévisés climatisés et aseptisés. L'atmosphère, dans l'ensemble moite et saturée d'électricité , fraternise avec le Delta du Mississippi et les bayous de la Louisiane.
Avec sa Telecaster montée avec des humbuckers Wide Range


     Progressivement et sans complexes, après une entrée en matière sur les chapeaux de roue qui a d'ailleurs quelques inflexions de Foghat (des deux premiers opus éponymes)  Samantha penche vers des sonorités plus épaisses jusqu'à se frotter à une sorte de Blues-Stoner avec « Heartbreaker », dont les riffs psychédéliques gras et baveux – fuzzy – devraient interloquer nombre d'amateurs du genre. Tandis que la chanson titre s'immergerait presque dans une orgie sonique digne du « Sweet Tea » (plus particulièrement avec "I Gotta Try You Girl" de cet album) de Buddy Guy, voire de Rival Sons, à en faire saigner les esgourdes. Un titre qui mérite bien son nom avec cette sensation d'un vent chaud et étouffant qui annonce la tempête. Hélas, ici, le solo trop long et tournant en rond finit par lasser.

     Afin de ménager l'auditeur, tout en cultivant le chaud et le froid, Samantha fait le break avec quelques pièces mesurées, acoustiques tels que « Over You » qu'aurait pu écrire Susan Tedeschi, « Let's Have Some Fun », blues crépusculaire joué seul au dobro, et le Country en finale, perdu au milieu de ses sensations fortement électriques (elle avait déjà révélé son attrait pour ce genre avec « Louisiana Rain », présent sur le disque "Runaway" de 2011).

     La petite Samantha ne refuse pas quelques coups de mains : Jumpin' Johnny Sansone pour un harmonica bienvenue sur le pataud "Sucker Born" et sur l'unique reprise, "Who's Been Talking" (de Chester Burnett).
Paul Thorn (1) lui donne la réplique sur "Go To Hell". Et Mike Zito, encore à la console, fait au passage quelques discrets chœurs et ne peut se retenir de placer un bon solo sur "Kick Around". 
La section rythmique est celle du collectif regroupant Devon Allman, Cyril Neville et Mike Zito, Royal Southern Brotherhood, soit Charlie Wooton à la basse et Yonrico Scott à la batterie.



     Avec cet opus, Samantha semble vouloir se démarquer de ses contemporaines en accommodant son Blues de franches couleurs Fuzzy et Heavy. Est-ce juste une façon de se démarquer du précédent et d'étoffer son répertoire ou est-ce tout simplement une révélation ? Qu'importe. En attendant « Black Wind Howlin' », qui ne manquera pas, une fois de plus, d'affoler les intégristes, a tous les atouts pour séduire les amateurs de Blues qui ne dédaignent pas une bonne dose supplémentaire d'électricité.


     Pour cet opus, Samantha semble avoir délaissé ses Fender Telecaster (certainement une Telecaster Blacktop et une autre montées avec des micros "reissue Wide Range") au profit d'un modèle signature Delaney Guitars , la "Fish-o-Caster" : approximativement une gratte au manche de Stratocaster (en "C") monté sur corps très inspiré de la Telecaster Thinline de 1974, avec donc des humbuckers (des Klein). Mike Zito, Matt "Guitar" Murphy, Charlie Wooton et Tom Holland ont déjà leur propre modèle signature. Sur la caisse de la guitare de Samantha, le dessin représentant un poisson schématisé est en fait une ouïe ; la caisse est donc creuse, au moins en partie. Elle utilise des Stogie Box Blues Guitars (boîte à cigare métallique montée en guitare quatre cordes) très certainement pour un jeu en slide.

     A mon sens, grâce à ce « Black Wind Howlin' », plus personnel que le précédent, elle rejoint le peloton de tête des jeunes Blueswomen qui ne dédaignent pas les dérives Rock.


  1. Miles to Go
  2. Kick Around
  3. Go to Hell (Fish & Mike Zito)
  4. Sucker Born
  5. Over You
  6. Who's Been Talking (Chester Burnett)
  7. Lay it Down
  8. Let's Have Some Fun
  9. Heartbreaker
  10. Foolin' Me
  11. Black Wind Howlin'
  12. Last September

,80



(1) Inconnu en Europe, Paul Thorn (né le 13 juillet 1964 dans le Wisconsin) est un artiste américain qui a débuté tardivement une carrière musicale professionnelle. Il était auparavant boxer. Son premier essai date de 1997, et ce n'est qu'avec son quatrième disque qui commence à récolter un petit succès commercial. Depuis deux autres galettes ont suivit qui l'ont confirmé en tant qu'"artiste qui compte", avec sa musique qui va de la Country au Southern-Rock en passant par le Blues.



Samantha Fish "Lay It Down" from Mark Bergeron on Vimeo.

Le disque suivant (lien) : "Wild Heart" (2015)
... et dans le futur ... en 2017  : "Chills & Fever"

11 commentaires:

  1. J'aime beaucoup….
    Je me demande si les chanteuses Rock n'ont pas (globalement) des voix plus justes, plus articulées que leurs concurrents masculins (enfin, pour le peu que j'en connais, bien entendu) ou alors c'est mes hormones qui adaptent mon audition…

    C'est la semaine des jolies et talentueuses Rockeuses (blues ou autre), car demain, Vincent en rajoute avec une certaine Charlotte, plutôt canon de sa personne, et à la voix haut de gamme… Mais je ne déflore pas le sujet (je parle de la chronique du Chaméléon bien entendu ;o) )

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    1. Oui, Claude. On a remarqué ton impartialité... surtout dès qu'il s'agit de la gente féminine.
      Sinon, effectivement, en général, les demoiselles sont plus appliquées que leurs homologues mâles (surtout en Rock).

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  2. Elle est très bien cette petite! Je l'ai découvert sur le "Girls with guitars" avec Dani Wilde. Dans le département blues-rock au féminin , je ne saurais que te recommander le "Songs from the road" le live de Joanne Shaw Taylor, cd/dvd chez Ruf Record.

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    1. Je n'avais pas spécialement accroché à "Diamond in the Dirt". Bonne voix, bonne musicienne, certes, mais... comme s'il manquait la flamme.

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  3. Bin moi je préfère cela :

    http://www.youtube.com/watch?v=G7b-_YcACuQ#t=202

    Mais bon, l'égout et les couleurs ça se discute pas.

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    1. Bouah... De très jolis yeux, sinon ça gratte, ça gratte, mais cela ne va pas très loin. A mon sens, trop démonstratif et "m'as-tu vu" (Steve Vaï). Néanmoins, la petite a du talent. Je ne ferai pas mine d'approcher une pelle en sa présence.
      Alice Cooper ne l'a pas embauchée par hasard ; ni même Bambi.
      Par contre, je suis certain qu'elle a la possibilité de sortir un très bon album de Big-Rock ou de Hard-blues. D'ailleurs certains titres de sa dernière réalisation, "Heaven in this Hell", semblent le prouver.

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    2. les gammes a toute vitesses c'est beau,,mais je prefere l’authenticité de samantha

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    3. Totalement d'accord.
      D'autant plus que, bien généralement, le défaut principal des rafales de notes tout azimut, c'est l'absence d'authenticité.
      Le dernier Samantha Fish, "Wild Heart", dans un registre bien moins Heavy, vaut également le détour.

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  4. Mais je parlais de la couleur de ses yeux !

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    1. Ha, ses yeux ? Superbes, en effet. Ceux de Lavigne aussi sont remarquables.

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  5. Tout comme Bruno ! Impressionnante à sa façon, mais le Feeling... Ou qu'il est hein ?
    Découvert sur le documentaire des préparatifs de la dernière tournée de Michael Jackson, elle m'a, il est vrai, plutôt épaté au côté de Alice Cooper (en festival).
    C'est surtout cette capacité à passer d'un style à l'autre avec autant de facilité et d'aisance qui m'impressionne chez tous ces nouveaux petits prodiges techniques.

    Il n'empêche que je préfère ma Charlotte moi.

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