samedi 28 juin 2014

Jean-Claude CASADESUS : Maestro de LILLE !!! – par Claude Toon


© Jean-Baptiste Millot pour Qobuz.com

- Mais… M'sieur Claude, il n'y a pas de nom d'œuvre indiqué dans le titre de cette chronique ?!
- Non Sonia, en effet je commente toujours une partition dans une interprétation de référence, ce qui exclut de parler de certains grands artistes…
- Mais M'sieur Claude, s'ils n'ont pas signé de référence, c'est qu'ils ne sont pas si grands que ça… je ne vous suis pas bien…
- Si, mais moins médiatisés, exemple Jean-Claude Casadesus, une vie dédiée à servir un orchestre de qualité mais absent du star system !
- Ah, j'y suis, vous allez nous parler d'un homme et de son travail à travers sa discographie en général…
- Vous voyez quand vous voulez… hihihi...

L'industrie du disque est impitoyable ! Il semble parfois que seuls les orchestres allemands et américains ont droit de cité chez les grands labels comme Dgg ou DECCA. Il en est de même pour certains chefs d'orchestre qui monopolisent la une des discographies, qu'ils soient morts et devenus légendes, de Furtwängler à Reiner en passant par Karajan, ou vivants comme le français Pierre Boulez ou le jeune vénézuélien Gustavo Dudamel. Loin de moi de contester le talent, voire le génie de ces musiciens, mais… et les autres ?
Il y a quelques semaines j'avais parlé du discret chef français Jacques Mercier à propos de ses enregistrements passionnants des symphonies de Théodore Gouvy avec divers orchestres peu connus mais de grande qualité. Cette semaine, ce billet sera dédié à Jean-Claude Casadesus pour l'ensemble de sa carrière et de ses disques…
Sonia a donc raison de s'interroger. Pourquoi toujours entrer dans une chronique par la porte de l'œuvre d'un compositeur, et ne parler d'un grand interprète que le jour de sa disparition, dans un RIP un peu bref ? Et c'est en voyant la comédienne Giselle Casadesus l'autre soir sur A2 fêter ses 100 ans que j'ai eu l'idée d'écrire un article sur son grand chef d'orchestre de fils : Jean-Claude Casadesus, son fiston de… 78 ans. Et c'est important d'en parler maintenant, car cet homme qui a tant fait pour la musique à Lille et en France quittera la direction de l'Orchestre National de Lille en 2015, après près de 40 ans de bons et loyaux services.

Jean-Claude Casadesus est né en 1935. Il est membre d'une lignée d'artistes si nombreux que je vous renvoie à un article spécialisé (clic). Une lignée qui remonte au XIXème siècle. Pour les mélomanes, signalons qu'il est ainsi parent du célèbre pianiste Robert Casadesus. La vocation de chef d'orchestre semble avoir été tardive et ne se réalise que par l'apprentissage initial d'un instrument. Un peu tard pour le piano ou le violon… ce sera les percussions. Un percussionniste fort doué, premier prix du Conservatoire de Paris puis timbalier solo dans divers orchestres et surtout au Domaine Musical de Pierre Boulez. Et les timbales, ça paraît simple, et ce ne l'est pas ! Il se fera remarqué dans la 9ème de Beethoven à ce pupitre, et ceux qui ont le scherzo en tête verront ce que je veux dire.  La direction d'orchestre sera étudiée avec Pierre Dervaux et Pierre Boulez.

Dès 1965, il dirige les orchestres de l'opéra comique et de l'opéra de Paris. Sa carrière de chef est lancée. C'est en 1976 que Jean-Claude Casadesus crée l'Orchestre National de Lille dont il assure toujours la direction. Il fait de cet orchestre ch'ti une des meilleurs phalanges de France avec un répertoire étendu et parfois difficile (Mahler). Je l'ai entendu vers 1980 au Festival de Saint-Denis dans le Requiem Allemand de Brahms, un bon souvenir, une direction aérée dans un ouvrage qui peut paraître parfois trop romantique. Parallèlement à ce travail de fond à Lille, il est invité à diriger des orchestres de rang international prestigieux : Londres, Vienne, Dresde, Leipzig, Philadelphie, Berlin… n'en jetez plus !


Pour faire connaissance d'un artiste, découvrir ses péchés mignons, il devrait suffire de parcourir sa discographie. Avec Jean-Claude Casadesus ce n'est pas évident car le maestro a surtout enregistré pour des labels qui ne maintiennent pas très longtemps leurs parutions au catalogue. Ainsi Forlane pour Mahler.
Jean-Claude Casadesus et Mahler : réussir à se distinguer dans la pléthore et le best of des enregistrements mahlériens enregistrés à Vienne, Berlin, Chicago, etc… n'est pas simple. Et pourtant à l'écoute des albums gravés pour Forlane, on sera surpris du souci de mise en place, de la clarté du discours. Bon ok, c'est ni la folie de Bernstein ni la poésie de Giulini dans la 1ère symphonie, mais celui ou celle qui découvrirait cette grande symphonie par cette gravure ne serait pas piégé ou trahi et pourra découvrir et aimer les étrangetés sonores du compositeur viennois ! Même dans le tonitruant et dionysiaque second mouvement de la 5ème, on est surpris par l'aisance de l'orchestre de Lille, la chaleur du solo des cors.


Jean-Claude Casadesus et Debussy : j'ai basculé du vinyle aux CD seulement dans l'année 1993 ! Mon premier disque Debussy fut La Mer et les Nocturnes par l'orchestre National de Lille paru en 1994. Un enregistrement Harmonia Mundi plébiscité par la critique alors que la concurrence était rude du fait d'une discographie établie (Monteux, Munch, Tilson Thomas, Boulez I & II, et tant d'autres). La musique expressionniste de Debussy, l'usage des sons diaphanes des gammes tonales, la subtilité de l'orchestration permettent d'évaluer sans ambiguïté l'investissement d'un orchestre et la rigueur de son chef. Les couleurs de l'orchestre de Lille sont franches et soyeuses, la mise en place parfaite et le discours bien délié. De plus ce disque bénéficie d'une prise de son transparente. La réédition s'impose ! Cet album proposait en complément la damoiselle élue, un poème lyrique rarement enregistrée, ce qui m'offre sur un plateau mon enchaînement…

Jean-Claude Casadesus et les découvertes : Jean-Claude Casadesus aborde tout les répertoires : classiques, romantiques et contemporains. Il n'hésite pas à exhumer des ouvrages oubliés. Et de citer sa gravure de Clovis et Clotilde, la cantate du Prix de Rome d'un jeune Bizet de 19 ans (1857). Souvent les cantates du prix de Rome ont le même avenir que les copies de Bac : la poubelle ! Ici, le sujet "la reine Clotilde va réussir à convertir son époux Clovis au christianisme" a tout pour confirmer un tel avenir. Pourtant au-delà du livret académique fourni au candidat, le Bizet des Pêcheurs de Perles et de Carmen est déjà présent par la fougue et l'originalité de l'orchestration. D'ailleurs, le compositeur reprendra des éléments dans ses œuvres ultérieures. Jean-Claude Casadesus ressuscite avec brio cette œuvrette qui mérite plus que l'oubli. Un CD Naxos pour les amateurs d'art lyrique. Également chez Naxos, Jean-Claude Casadesus a enregistré des œuvres concertantes de Francis Poulenc et c'est un concert en live proposant le Gloria de ce compositeur avec Barbara Hendrix que je vous propose d'écouter après la symphonie N°1 de Mahler. Un concert donné au Festival de Saint-Denis en 1988.



pour l'ensemble de la carrière de Jean-Claude Casadesus

1 commentaire:

  1. Eh bien ça y est. La transmission de baguette a eu lieu durant les concerts du 29 et du 30 septembre. J'étais à celui du 30. Alexandre Bloch, 30 ans a repris les rênes de l'ONL. Il nous a gratifié d'une intégrale de l'Oiseau de feu absolument superbe après avoir mis le feu au Nouveau Siècle en interprétant avec Radulovic, le concerto de Katchatourian, qui n'est pourtant pas mon compositeur de chevet.

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