samedi 16 août 2014

Emmanuel CHABRIER : d'ESPAÑA à GWENDOLINE – J. E. GARDINER – par Claude Toon



- Bonjour M'sieur Claude… J'entends plein de petits morceaux joyeux depuis votre bureau, un pot-pourri pour l'été ?
- Oui Sonia, il y a de cela, mais ce florilège est de la main d'un seul et pittoresque compositeur français, à savoir Emmanuel Chabrier…
- Ah oui : España, vous continuez votre parcours parmi les compositeurs français moins connus que Debussy ou Ravel…
- Oui, et avec Chabrier, on s'amuse bien, des petits morceaux comme vous dites, de quelques minutes, des vitamines musicales…
- C'est sympa en été…
- Oui, Chabrier a écrit un peu en dilettante de jolies choses et la compilation de Gardiner avec rien de moins que la Philharmonie de Vienne est un incontournable…

Chabrier a inventé la musique de variété classique en cette fin du XIXème siècle où la musique légère fait fureur.
Né en 1841, Emmanuel Chabrier ne s'intéresse à la musique qu'à partir de 1880. Avant, il travaille au ministère de l'intérieur. Reconversion peu banale et tardive. On peut supposer que l'homme est un épicurien. Il se passionne pour les courants artistiques les plus modernes. Il achète des tableaux des impressionnistes tels Renoir, Monet, Manet. Son style musical léger et vivant, mais de grande qualité et fort coloré sera apprécié des grandes pointures du temps comme Debussy, Ravel, Satie, Stravinsky et même Richard Strauss.
Avec Satie, il partage le goût pour l'humour un rien déjanté. Si l'un compose des pièces pour piano avec des titres insolites comme "Morceau en forme de Poire", Chabrier le concurrence avec des mélodies aux titres tout aussi loufoques : Ballade des gros dindons, Villanelle des petits canards, Pastorale des cochons roses… Comme la plupart des parnassiens, Chabrier se gausse avec gourmandise des us et coutumes conservatrices de la 3ème République.
Chabrier s'étant éteint assez jeune, en 1894, son catalogue est assez retreint mais très varié. Il compose des opéras dont Gwendoline dont nous écouterons l'ouverture : un drame lyrique dans lequel un roi viking, Harald, épouse Gwendoline, une princesse saxonne. De combat en trahison, les deux tourtereaux finiront au paradis des amants maudits à l'instar de Tristan et Isolde. Influencé par l'écriture wagnérienne, cet opéra se rapproche des tragédies comme Carmen. Autre opéra marquant : Le roi malgré lui. Chabrier, c'est également des opérettes très en vogue à l'époque.
Autres domaines : de nombreuses pièces de piano dont une certaine bourrée fantasque ! Des pièces pour orchestres amusantes et sujets de l'album du jour et enfin des mélodies, certaines inspirées des chansons folkloriques françaises…
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Je ne présente plus John Eliot Gardiner déjà accueilli dans ce blog pour le Requiem de Mozart, le Requiem de Campra et la symphonie Fantastique de Berlioz. Gardiner est un défenseur assidu de la musique française, Nous le retrouvons avec toute logique dans cette anthologie Chabrier.

La spontanéité des pièces orchestrales de Chabrier ne justifie en aucune manière des analyses musicologiques savantes. (Ah Ah… vous y échappez cette semaine.) Je ne présente que quelques pièces, et pas forcément dans l'ordre prévu sur le CD.
España est la célèbre rhapsodie de 6 minutes chrono inspirée au compositeur par la musique andalouse entendue lors d'un voyage en Espagne en 1882. Très rythmée avec ses pizzicati endiablés introductifs, cette pièce gorgée de soleil est connue notamment par son motif fanfaronnant comme un matador à la trompette et au trombone (plage 6 du disque). La prise de son et la gravure sont d'une puissance et d'une clarté exceptionnelles.
La Suite pastorale se présente comme une mini symphonie composée de quatre mouvements brefs (moins de 20' en tout). D'une grande finesse l'Idylle évoque une tranquillité champêtre et le chant des oiseaux. Plus vigoureuse, avec son poilant solo de clarinette, la seconde partie nos entraîne dans des danses villageoises. Sous bois. Une page tout en demi-teinte qui prouve le talent d'orchestrateur de Chabrier avec un dialogue serein des groupes de cordes et des bois. Le Scherzo Valse énergique conclut cette suite entraînante et poétique. La Philharmonie de Vienne est vraiment l'orchestre aux mille talents. Pas de pathos viennois, mais cette subtilité aigrelette et diaphane du style français. Gardiner n'y est pas pour rien dans cette délicatesse. (Plages 1 à 4.)
Le Larghetto pour cor et orchestre, peu connu, se veut un mini concerto de forme libre (tout est mini chez Chabrier). Le discours est romanesque. Les mélodies se développent avec douceur. Le terme de concerto eut été mal choisi pour ce morceau ou les oppositions soliste-orchestre laissent plutôt la place à un phrasé fusionnel, la mélancolie du son du cor baignant dans le chant plus élégiaque de l'orchestre. (Plage 7.)
Le disque comporte aussi la furieuse et épique Ouverture de Gwendoline (c'est vrai qu'il y a un p'ti coté Vaisseau fantôme dans cette affaire), l'Habanera, la Fête polonaise extraite du Roi malgré lui et quelques compléments tout aussi joyeux…
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Les vidéos de ce CD ne sont pas disponibles. En complément du lien Deezer pour les abonnés, je vous propose des must de la discographie alternative. Paul Paray et son orchestre de Détroit a gravé dans les années 60 un disque de légende chez Mercury (tss tss, pas évident à trouver). Nous écoutons España repiqué d'un LP, son pas top, le CD est bien meilleur. Sir Thomas Beecham apporte sa verve coutumière dans l'ouverture de Gwendoline :



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