samedi 19 août 2017

BACH / STOKOWSKI – Transcriptions pour grand orchestre (1969/1972) – par Claude Toon



Waouh, j'espère que la miss Sonia ne s'est pas transformée en statue de sel comme la fille de Loth (et non pas lotte). Car si elle passe par-dessus bord de la barcasse de Rockin', on ne va pas retrouver grand-chose 😳 !
Je ne connais pas ce monsieur Stroboskovitch qui doit-être l'inventeur du stroboscope. Ah Non, pas du tout, le concepteur initial était un certain Simon Stampfer (1792-1864) pour le premier prototype optique. J'ai transcris le nom entendu par Sonia, car à la radio on ne comprend pas tout : Sonia évoque Léopold Stokowski, le chef anglais extravagant déjà rencontré dans ce blog pour une belle interprétation de la Fantaisie sur un Thème de Tallis de Ralph Vaughan Williams (Clic).
J'avais portraituré* dans ce papier de juillet 2016 cette personnalité étonnante, ce chef atypique à la longévité stupéfiante (1882-1977 - disparu à 95 ans passé), et que l'on voit en silhouette serrer la pince à Mickey dans Fantasia de 1940. Au programme du film d'animation : une transcription de la Toccata et fugue en ré mineur écrite de la main du maestro. Si cela ne permet pas un enchaînement pertinent…
Vous avez bien lu, les disques datent de 1969 (Decca) et 1972 (EMI), le bonhomme avait 87 et 90 ans et bon pied bon œil. D'ailleurs le CD est complété par un DVD montrant Stokowski en concert et dirigeant le Prélude à l'après-midi d'un Faune de Claude Debussy.
Sonia a raison. En écoutant ces transcriptions de pièces d'orgue de Bach pour un grand orchestre digne de Bruckner ou Richard Strauss, on se retrouve statufié, soit d'horreur à cause du sacrilège et de l'apparente épaisseur romantique du discours musical, soit d'extase face à la puissance minérale et métaphysique que Léopold Stokowski offre au génie du contrepoint du cantor.
Pas vraiment d'alternative.
Petit nota : en cas d'intérêt pour la chose, on bénéficie d'une stéréo louable, ce qui évidemment est assez rare pour les gravures du maître né juste après l'invention du phonographe Edison (1877) !
(*) Ben oui, un de mes péchés mignons : utiliser des mots et des verbes un peu désuets voire cucul.
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Mickey serrant la pince à Leopold Stokowski dans Fantasia
Dès les années 20, Leopold Stokowski s'est passionné pour ce travail de transcription.  Pendant les 26 années où il conduit la destinée de l'orchestre de Philadelphie (1912-1938), il est possible d'imaginer que le musicien déplore de ne pas pouvoir jouer certaines musiques de Bach dans des salles immenses, à l'espace absolument incompatible avec les effectifs instrumentaux traditionnels requis pour interpréter les concertos, ouvertures et airs tirés des oratorios et cantates.
Pourtant, des chefs comme Klemperer ou Jochum vont maintenir cette tradition jusque dans les années 60, alors que Harnoncourt bat en brèche le romantisme historique appliqué à la musique baroque, pour y opposer une approche plus colorée et authentique, "sur instruments d'époque". Ce n'est pas toujours très léger, mais on ne peut nier une volonté de souligner la spiritualité très présente dans les grands ouvrages religieux.
Par ailleurs, Leopold Stokowski va s'intéresser aux grandes pièces pour orgue. L'initiative est-elle plus surprenante que pour la musique orchestrale ? Pas tant que ça. Si Bach a composé ses pièces pour des petits orgues baroques (comme on peut l'entendre de nos jours sous les doigts d'André Isoir ou Marie-Claire Alain jouant sur des orgues modestes à traction mécanique), Bach est aussi souvent interprété à pleine puissance sur les gigantesques orgues romantiques Cavaillé-Coll installés dans nos cathédrales et électrifiés. L'art de Bach présente cette particularité de s'adapter à beaucoup d'instrumentations différentes.

Martin Lücker
Pour les morceaux instrumentaux, notamment l'aria de la 3ème suite ou la pastorale de l'oratorio de Noël, les modifications sont minimes. On pourrait même rapprocher l'extension de l'orchestre et du son obtenus à ceux d'un Neville Mariner qui n'a jamais adopter les orientations baroques. Leopold Stokowski n'ajoute pas de cuivres qui trahiraient le climat méditatif de ces partitions. J'illustre mon propos avec une interprétation de l'aria de la 3ème suite, une pièce assez célèbre. Bien entendu, les cordes graves (violoncelles, pizzicati des contrebasses) sont très en avant, le violon solo a disparu, mais la gravité métaphysique nous étreint. Certes, tout cela paraît lent, sans doute un rien pesant, voire académique diront certains… Il s'agit d'un extrait du CD EMI présenté en titre.
Leopold Stokowski a joué parfois Bruckner. Pourquoi cette info ? Le symphoniste traitait son orchestration comme une superposition des jeux d'un orgue. Phrase un peu réductrice, mais l'idée est là et ne surprend en rien puisque le compositeur autrichien était un brillant organiste. Leopold Stokowski a-t-il été influencé par le principe ? Possible. Avec une orchestration assez riche, le maestro associe les divers pupitres de l'orchestre aux diverses voix des fugues complexes de Bach donc aux registres d'un orgue. Le travail d'orchestration est très fouillé. On se rappelle sans doute du mugissement des contrebasses simulant la pédale d'orgue dans le début de la Toccata et Fugue en ré mineur. Dans la Passacaille et fugue en fa mineur BWV 482, Stokowski superpose dans un long crescendo les pupitres de la même manière que le morceau original exigeait plusieurs claviers associés aux jeux les plus puissants de l'orgue. Le final avec son choral de cuivres pourra sembler tonitruant et un peu vain ou alors olympien, c'est selon. Dans tous les cas, une curiosité de l'histoire de la musique et le fruit d'une passion commune de Stokowski pour Bach et l’orchestre, principalement celui de Philadelphie
Deux vidéos pour la Passacaille et fugue en fa mineur BWV 482 : une gravure de 1972 avec l'orchestre philharmonique tchèque pour DECCA, puis la même œuvre sur l'orgue baroque de Marienmünste construit en 1738 (restauré souvent) sous les doigts de l'organiste et pédagogue allemand Martin Lücker.
Pour poursuivre : la Toccata et Fugue en ré mineur interprétée de nouveau par l'orchestre Philharmonique tchèque, et pour finir, comme annoncé : l'aria de la 3ème suite pour orchestre.
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