jeudi 3 août 2017

LA MUSIQUE DE B.O.F - par Pat Slade





Les B.O.F et le cinéma




C’est après avoir revu «Le fabuleux destin d’Amélie Poulain» et sa bande originale écrite par Yann Tiersen que l’idée m’est venue d’écrire sur les B.O.F. Qu’est ce que veut dire B.O.F ?  Non, pas Beurre Œuf Fromage, mais Bande Original de Film, tous les musiciens qui ont pu écrire pour le cinéma restent les plus méconnus du grand public. On retient leurs musiques mais rarement leurs noms.

Depuis l’invention du cinéma et la première représentation de «La sortie de l’usine Lumière à Lyon», les films étant muets, la musique fut toujours présente et en ce jour du 28 décembre 1895 un pianiste du nom d’Emile Malaval viendra jouer pour tenter de couvrir le bruit de l’appareil de projection. La première musique écrite pour un film fera son apparition en 1908 le jour de la sortie de «L’Assassinat du Duc de Guise» réalisé par André Calmettes et Charles Le Bargy, la musique fut composée par Camille Saint-Saëns, ce qui fait de lui le premier compositeur de musique de film. 

charlie Chaplin
Que ce soit Harold Lloyd, Buster Keaton ou Max Linder, la musique était toujours un accompagnement improvisé au piano qui sonnait très ragtime. Charlie Chaplin, lui, sélectionnait les musiques qui seraient interprétées pendant les projections. Avec l’avènement du parlant, lui qui jouait du violon, du piano et du violoncelle en autodidacte, commencera à composer lui-même (Souvent en improvisant). Il a toujours été intéressé par la musique et il fréquentait Rachmaninov, Schoenberg et Stravinsky. Il lui est même arrivé d’improviser des duos au piano avec Germaine Taillefer. Chaplin qui pendant toute sa carrière d’acteur réalisateur ne recevra aucun oscar, le seul qu’il gagnera sera en 1973 pour la musique de son film «Limelight» ressorti 23 ans plus tard. A l’époque les salles de cinéma ayant refusé de le projeter en raison des soit disant sympathies communistes de Chaplin.

Abel Gance et Arthur Honegger
Arrive le temps des longs métrages où la musique prend beaucoup plus d’importance et joue un rôle essentiel dans l’intrigue des films. Des compositeurs inconnus et d’autres ayant une notoriété vont composer pour le 7ème art. Arthur Honegger composera la musique du «Napoléon» d’Abel Gance en 1927, Luis Buñuel pour «le Chien Andalou» en 1928 se servira de la partition de «Tristan et Iseult» de Richard Wagner. Dans «Naissance d’une nation» de D.W Griffith en 1915, le réalisateur mettra la main à la patte avec un certain Joseph Carl Breil pour mettre en musique son film et pour «L’Arroseur arrosé» de Louis Lumière en 1895, je n’ai pas eu de tuyau concernant la musique 😊. En 1927 «Le chanteur de jazz» que l’on considère comme le premier film parlant, bien que celui-ci soit avant tout un film sonore, fera sa petite révolution dans l’univers de la musique dite de film. Shirley Temples, la première enfant star, fera beaucoup de films ou la musique aura une place prédominante et c’est ce qui fera son succès que ce soit dans «The little colonel» ou «The littlest rebel» tout les deux de 1935.



Quand les B.O.F sortent de l’ombre   




Les cinéphiles connaissent tout, savent tout, ce sont des esthètes dans leurs domaine, ils pourraient citer la fiche complète d’un film, du réalisateur jusqu’au cuistot qui  nourrit l’équipe sur le tournage. Le Public lambda des salles obscures allait voir les films pour le genre, l’intrigue et les acteurs, il pouvait à la rigueur citer le réalisateur, il retenait la musique mais ne pouvait citer le compositeur. Cette dernière prit une part plus importante avec le temps et on pouvait enfin mettre un nom et une image sur les créateurs des bandes musicales. Des musiques vont marquer le cinéma mondial, les premiers thèmes à avoir imprégnés le tympan des spectateurs seront pratiquement joués avec un instrument en solo. Au Etats-Unis en 1949 sort «Le troisième homme» et la musique d’Anton Karas et sa cithare autrichienne fera le tour du monde, en France en 1952 ce sera Narciso Yepes et le thème de «Jeux Interdit» qui plus tard hantera les guitaristes en herbe. Miles Davis et sa trompette prendront «L’ascenseur pour l’échafaud».

Georges Delerue avec «Tirez sur le pianiste», «Jules et Jim», «Platoon» et ses plus de 140 musiques de films et de documentaires, autant pour la télé et ses compositions personnels ce qui lui rapportera 3 Césars et quatre nominations, 1 Oscars et quatre nominations et 3 nominations aux Golden Globes. Gorges Delerue reste un mammouth de la B.O.F .


Georges Auric est plus connu pour ses propres œuvres que comme compositeur de musique de film, pourtant les B.O. de «La Belle et la Bête» de Jean Cocteau, «La symphonie Pastorale», «Le Salaire de la peur» et «La Grande Vadrouille» sortiront de la tête de cet homme qui fréquenta Igor Stravinsky, Erik Satie et le groupe des six (Honegger, Milhaud, Poulenc, Durey, Tailleferre).

Georges Gavarentz
Encore un Georges, encore un poids lourd de la musique de film : Georges Gavarentz qui non tout en ayant composé pour Charles AznavourParis au mois d’août»), Les Chaussettes NoiresDaniela») et Johnny HallydayRetiens la nuit») et Sylvie VartanLa plus belle pour aller danser») va surtout servir les films de Denys de la Patellière : «Un Taxi pour Tobrouk», «Du Rififi à Paname», «Le Tatoué», «Caroline Chérie».

Michel Magne le créateur du studio au château d’Hérouville ou maints artistes comme les Bee Gees, Pink Floyd, Jacques Higelin, T-Rex, le Grateful Dead et autre David Bowie viendront enregistrer dans ce concept de studio résidentiel, sera aussi un prolifique compositeur de musique de film avec à son actif les B.O de «Les Tontons Flingueurs», «Angélique Marquise des Anges», «Fantômas», «Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil», une belle carte de visite.

Maurice Jarre, le père de Jean Michel du même nom écrira beaucoup plus d’œuvre personnelles que de B.O.F, mais celles qu’il composera seront payantes. « Lawrence d’Arabie» et «Docteur Jivago» remporteront un Oscar, «Gorille dans la Brume» aura un Golden Globe, «La Route des Indes» aura les deux.  

François de Roubaix
François de Roubaix écrira surement les plus belles musiques du cinéma français et il aurait été un monument si ce dernier n’était pas mort dans un accident de plongée à l’âge de 36 ans en 1975. Nous lui devons pratiquement toute les B.O  des films de Robert Enrico : «Les Grandes Gueules», «Le vieux fusil» qui lui vaudra un César à titre posthume, ceux de José Giovanni «Dernier domicile connu», «La Scoumoune» et aussi les musiques du feuilleton «Les Chevaliers du ciel» et des animations «Pépin la bulle» et «Chapi Chapo».        

De l’autre coté de l’atlantique, Ennio Morricone raflera tout ce qui peut exister sur la planète avec ses musiques. Que ce soit un oscar avec «Mission», un British Academy Award et «Cinéma Paradiso», Un César avec «I… comme Icare», un golden globe avec «Les incorruptibles», un Grammy Awards pour «Le Bon, la Brute et le Truand», un Nastro Argento pour «Sacco et Vanzetti», cette homme est un extra-terrestre et encore je n’ai fait qu’une sélection des récompenses, la liste est beaucoup plus longue. Et n’oublions pas qu’il a signé les plus connues des musiques des westerns spaghettis : «Et pour quelques dollars de plus» et «Pour une poignée de dollars». Le must !

Et puis la musique va prendre une place encore plus importante dans les films, celle ou le public pourra mettre des images dès les premières mesures de la bande sonore.

John Williams
Avec Alan Silvestri, «Retour vers le futur», «Abyss», «Forrest Gump», James Horner et «Aliens», «Braveheart», «Titanic», Hans Zimmer avec «Rain Man», «Pearl Harbor», «Le roi lion». Dimitri Tiomkin sera le préposé au western avec «Rio Bravo», «Le train sifflera trois fois», «Alamo»  et ne pouvant pas tous les citer, le dernier sera John Williams qui des premières notes de «La Guerre des étoiles» suivies de sa longue collaboration avec Steven Spielberg écrira peut être les plus belles pages des musiques de films américains qui resteront dans les mémoires. Quand on parle de «E.T», «Les aventuriers de l’arche perdue», «Les dents de la mer», «Rencontre du troisième type», tout les Harry Potter, «Jurassic Park», «La liste de Schindler»  ce ne sont que des gouttes d’eau dans les 107 bandes originales que le musicien a pu composer.
Ah claude qui vient de passer me serrer la pince me rappelle aussi : Howard Shore (tous les films de Cronenberg et du Seigneurs des anneaux), John Barry (ne serait-ce que le thème de James Bond ou Danse avec les loups), Elmer Bernstein (Les 7 mercenaires) et Angelo Badalamenti (La cité des enfants perdus et les Long dimanches de fiançailles – logique, j'ai démarré sur Amélie Poulain et Audrey Tautou, et les films strange de David Lynch), etc.


Ryuichi Sakamoto
La musique de film est entrée dans la mémoire collective et je n’ai parlé que des musiques française et américaine sinon le sujet aurait été plus vaste, le Japon est aussi prolifique dans le domaine avec Ryuichi Sakamoto que l’on a pu voir aussi comme acteur dans le film «Furyo» au coté de David Bowie et ou il signera la musique du film, Toru Takemitsu, Shin’ichiro Ikebe ou l’Angleterre avec Michael Nyman «Monsieur Hire», «La leçon de Piano».

Maintenant les amateurs des salles obscures reconnaissent un film à sa musique, cela veux dire que le travaille des compositeurs n’a pas été vain.




2 commentaires:

  1. Il est permis d'ajouter Lalo Schifrin, qui a pondu les B O des Inspecteur Harry , de Bullit, De l'or pour les braves, Opération dragon, Le Kid de Cincinnati, Luke la main froide, Tuez Charley Varrick (hello Luc), THX 1138 ...et des séries Mission Impossible, Mannix, Starsky et Hutch...
    Et Alexandre Desplat, de Regarde les hommes tomber à The Grand Budapest Hotel en passant par The Ghost Writer...ça fout la trouille!...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le sujet est tellement vaste...! Même dans les français, j'en ai oublié : Jean Wiener et " Touchez pas au grisbi", Vincent Scotto avec pratiquement tout les films de Pagnol et même Michel Polnareff et "La folie des grandeurs" ou "La vengeance du serpent à plumes"

      Supprimer