mercredi 29 novembre 2017

CHEAP TRICK "We'Re All Alright !" (16 juin 2017), by Bruno



- Putain ! Con ! On ne s'est plus à quel sein se vouer ! C'est le monde à l'envers ! Y'a plus d'vieillesse !
- Saint. C'est "saint", comme Saint-Nectaire, JL. Et non "sein". Encore un lapsus révélateur ...
- Bouah ... même pas vrai


          Non, sinon, oui, effectivement. Ce dernier skeud des quatre gus de Rockford bouscule sans ménagement les a priori. Lorsqu'on y repense, il y a à peine plus de trois décennies on croyait encore mordicus que, passé les 40 balais, jouer du Hard-rock était une hérésie. Un non sens. Même le frappadingue de Detroit, Ted Nugent pour ne pas le nommer, soutenait que le rythme de vie dans un groupe de Hard-rock était si éreintant, qu'il demandait tellement de dépense d'énergie, qu'à long terme il finissait par être nuisible à la santé. Une musique qui vampirise ses disciples. Lui-même n'était pas certain d'être encore présent sur scène dépassé cet âge fatidique, d'avoir les facultés nécessaires pour l'interpréter, usé par tant d'années à son service.
de G à D : Daxx, Robin, Tom et Rick

     Ou sinon, qu'il fallait passer à autre chose. Ce qu'on fait certains. Il n'y a donc pas si longtemps, on considérait que la musique que l'on qualifiait de Hard-rock ou de Heavy-rock était usante ; au point même de comporter des risques pour la santé. Et puis, finalement, progressivement, on a constaté que des barbares dans l'âme, sans cesse plus nombreux, ne souhaitaient pas remiser leurs armes. Toujours prêts à faire souffrir leur(s) Marshall, à s'époumoner dans un micro, ou à frapper comme un sourd sur leurs fûts. Et justement, en dépit parfois de réels et sérieux problèmes auditifs. On a même vu des retraités, des gars que l'on croyait à jamais rangés, retirés à jamais de la musique, reprendre la scène comme si de rien n'était. Comme si leur léger embonpoint ne débordait pas sur leur ceinture trop serrée, comme si leur vieux spandex ou autre futal de scène n'avait pas rétréci ... Bref, qu'importe du qu'en-dira-t-on, des images d’Épinal, ou des bonnes mœurs qui voudraient que chaque musique corresponde à une catégorie d'âge. Le Heavy-rock que l'on a trop longtemps voulu limiter à une tranche d'âge, certes large, mais tout de même limitée, se voit aujourd'hui défendu et honoré par des seniors qui ne semblent toujours pas prêts à lâcher l'affaire. "On ira jusqu'au bout !". La passion va au-delà du métier. Et pour beaucoup, par question de compenser par un Hard FMminé ou édulcoré, policé et allégé par l'absence de bonnes et grasses distorsions ou autres copieuses fuzz et overdrive. Quelques uns même, probablement parce qu'ils n'ont plus rien à prouver - du moins en terme commercial -, ouvrent les vannes aux décibels. Cela pourrait aussi être la preuve d'un problème d'audition ... 

      Sans omettre les vieux et indestructibles guerriers sur qui le temps glisse sans laisser de traces ; du moins sur leur musique. Des indéfectibles et têtus flibustiers qui ne se sont pas laisser charmer par les sirènes, ou autres disciples de Faust ; des gaillards qui n'ont pas mis de l'eau dans leur vin. Certains sont même pratiquement décédés sur scène sans se renier, sans cesser de prêcher pour leur rock'n'roll sans édulcorants ni pesticides. Le défunt Lemmy étant probablement le plus représentatif.


     Il est probable aussi, que jouer cette musique puisse être le refus d'une vieillesse que l'on n'accepte pas. D'autant plus que si les corps, la matière, sont sans défenses devant les assauts du temps qui passe, la musique elle ne l'est pas. Mieux que d'arrêter le temps, elle est le meilleur moyen de renouer avec une jeunesse. Voire même de garder un lien, aussi ténu soit-il, avec elle. Ce que pourrait corroborer la pochette (recto, verso et intérieur compris) où les photos des jeunes années occupent majoritairement l'espace (donnant plus des airs de Best-of ; une erreur en matière de marketing).

     Bref, en dépit de ce que l'on a voulu nous enfoncer dans le crâne, le Rock dur et excitant n'est pas limité à une tranche d'âge. Aussi large fut-elle. ("Mais ils mentent même aux poissons" dixit Martin Prendergast).

          C'est ce que confirme le dernier né des Cheap Trick. En effet, dès les premières mesures, le quatuor de Rockford navigue dans un Rock lourd, abrasif, et particulièrement vindicatif. "You Got It Going On" retrouve la verve et le mordant d'un Aerosmith teigneux (des "Rocks", "Pump" et "Get a Grip") et l'assaisonne de punkitudes. On croit à une passade, le vieux truc d'ouvrir un disque par une pièce accrocheuse, rude et enlevée, afin de saisir l'auditeur. Or, "Long Time Coming" continue sur la lancée en revisitant le "All day and All of the Nights" des Kinks pour l'encanailler, l'aviver d'une morgue post-adolescente, sur lequel se greffe un chant nerveux et sec imitant Roger Daltrey, et soutenu par des chœurs rocailleux de lutins diaboliques digne des frères Young. Pas essoufflé le moins du monde, "Nowhere" poursuit dans l'urgence en mode punk. De quoi faire passer les Blink 182 et autres Sum 41 pour des blaireaux en culottes courtes. A peine plus Rock'n'Roll, "Radio Lover" - qui a été repêché des sessions de l'album éponyme de 1997 - garde la tête dans le guidon, ou plutôt le pied sur l'accélérateur en restant calé sur la même vitesse, et la même intensité.
Un Rick Nielsen qui a encore du ressort

          Crénom di diou ! Mais que leur arrive-t-ils donc ? Ces gars-là ont toujours pris un malin plaisir à brouiller les cartes en mélangeant leurs mélodies pop à du pur Heavy-rock, parfois bien teigneux. On les dit d'ailleurs précurseurs du Power-pop et du Pop-punk. Ils ont aussi souvent pratiqué le démarrage en fanfare, toutefois en prenant soin, au moins à partir de la troisième piste, de baisser le feu. Là, ils enchaînent quatre brûlots Rock'n'Rollien biberonnés au Rock-garage et mâtinés de punk. Presque comme s'ils avaient quelque chose à prouver. Prouver qu'ils n'étaient pas finis, qu'ils étaient toujours aptes à taquiner le Hard-rock. Et pas du faisandé, érodé artificiellement pour ne pas saturer les sonotones. En deux mots, c'est "Cheap-Trick at Budokan" avec du "Cheap Trick 1997". Ça rue dans les brancards. C'est âpre, rugueux, faussement crade, et pourtant assez mélodique. Enfin, mélodique. Les refrains le sont, pour le reste, ça crépite et ça rugit.

     Robin Zander aura 64 ans dans deux mois, en janvier 2018, Tom Petersson accuse 67 ans bien tassés et Rick Nielsen ... aura 69 ans (!) en décembre prochain ! Or, rien ne laisse présager ces âges plutôt vénérables pour la profession, si ce n'est la voix de Zander qui est dorénavant trahie par quelques limites ; parfois au seuil de la cassure.
La vieillesse, c'est avant tout dans la tête (... et un petit peu aussi dans les articulations).

          Toutefois, et fort heureusement, cet album ne se résume pas à une simple décharge électrique. Cela n'aurait pas été en conformité avec la personnalité double-face de la bande. C'est pourquoi, comme toujours, il y a ces moments d'apparentes et temporaires accalmies disséminées sur l'album.
En fait, si la première partie fait la part belle à un Heavy-rock assez rageur et furibond, la seconde inverse la tendance.
La cadence est ralentie afin de faire corps avec un format Pop. Cependant, sans changer de son. C'est toujours bien consistant. On reste cramponné à la famille Heavy-rock. Evidemment, ce n'est alors plus du brutal, mais la guitare ne se déprend pas de son grain granuleux, ni la batterie de sa frappe appuyée, et Robin, bien qu'en profitant pour faire reposer sa voix, chante toujours comme un authentique rocker. Et puis, Rick "la casquette", fidèle à lui-même, toujours aussi facétieux, n'a aucun scrupule à inclure des licks de gratte tordus, à faire grimacer d'effroi les fans de Minaj, Cyrus (pas le perse, la greluche) et consorts, sur ses compositions les plus mainstream. Ainsi, une chanson comme "Lolita" si elle s'était contentée de tournée en rond sur son premier mouvement de pop mélodique, aurait très bien pu faire un bon titre radio, au lieu de casser l'élan avec deux passages chaotiques, limite pataud (un éléphanteau esquissant un pas de danse au milieu de pimbêches outrées, à l'heure du thé).

     Seul "Floating Down" s'abandonne à une relative mélancolie éthérée, même si ça s'épaissit dans un deuxième temps avec une orchestration plus fournie. Ou encore "She's Alright" qui se pare d'une structure cassante, limite robotique, assez typée 80's, proche des Talking Heads. Ce dernier morceau fait presque figure d'alien au milieu de ce fracas - savamment orchestré -.



     Depuis deux albums, le quatuor se fait à nouveau plaisir en incorporant une reprise, et par nécessairement un classique. Ici c'est l'antique succès de The Move, "Blackberry Way", de 1968.  Le groupe avait déjà repris un titre des Move, "California Man" (album "Heaven Tongiht") pour en faire une version plus musclée. Et sur "Busted" (1990), un morceau de Roy Wood (un des hommes-clé de The Move), "Rock'n'Roll Tonight", alors dans son nouveau projet, Wizzard.

     Malgré tout, l'album ne contenant pas de titres réellement majeurs, quelques trucs qui sortiraient du lot pour tutoyer les cieux, notamment par rapport aux nombreux joyaux qui émaillent les dix-sept galettes précédentes (enfin pas toutes non plus), parmi la bonne cuvée que représente cette année en matière de Heavy-rock divers, on peut faire le difficile ; faire la moue et passer à autre chose. Peut-être aussi parce que ça demeure du pur Cheap Trick, avec sa personnalité, ses tics, ses recettes. Pas de réelle surprise. Si ce n'est la production un peu plus touffue qui a œuvré pour retrouver une ambiance proche du live où il n'y a nulle place pour le clinquant et la dentelle. C'est là que l'on retrouve le génie de Cheap Trick. Car là où des chansons telles que la reprise des Move "Blackberry Way", "Floating Down" et "She's Alright" auraient pu se retrouver au rayon des mièvreries avec une production ampoulée ou/et aseptisée (style année 80, comme ce fut malheureusement le cas pour le faux-pas que représentent "The Doctor" et "Lap of Luxury"), elles se placent dans une direction proche de la Pop anglaise des années 60. Celle des Beatles, évidemment, énorme influence revendiquée du combo, mais également celle des Mods ; soit celle des Small Faces, des Who et autres Kinks. Les relents de psychédélisme en moins. Et sans omettre celle de The Move.

  Rick Nielsen l'a toujours clamé haut et fort : on a souvent freiné le groupe par une production inadaptée. Parce qu'on a parfois voulu le cantonner à un simple groupe faiseur de hit pop (le succès de "I Want You, You Want Me" a été à double tranchant) ; parce que tout simplement on ne comprenait pas la démarche de la troupe. La preuve est là.

Finalement, ce "We're All Allright !" s'avère être un très bon cru.

"On a vu souvent vu rejaillir le feu d'un ancien volcan que l'on croyait trop vieux"



1. "You Got It Going On"     Robin Zander, Rick Nielsen, Tom Petersson, Julian Raymond   3:11
2. "Long Time Coming"    Zander, R. Nielsen, T. Petersson, J. Raymond   3:12
3. "Nowhere"     R. Nielsen, R. Zander, T. Petersson, Daxx Nielsen   2:45
4. "Radio Lover"     R. Nielsen, R. Zander, T. Petersson, Daxx Nielsen   2:47
5. "Lolita"     T. Petersson, R. Zander, R. Nielsen   3:17
6. "Brand New Name on an Old Tattoo"     Todd Cerney, R. Nielsen, Zander, Petersson   3:33
7. "Floating Down"     T. Petersson, R. Zander, R. Nielsen   3:49
8. "She's Alright"     Zander, T. Petersson, R. Nielsen   3:40
9. "Listen to Me"     R. Nielsen, R. Zander, T. Petersson, D. Nielsen   3:14
10. "The Rest of My Life"     R.Zander, T. Petersson, R. Nielsen, J. Raymond   4:19





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2 commentaires:

  1. "Cyrus, pas le perse, la greluche"... ca va mettre en joie ma journée, ça ! Rares sont les chroniques où la p'tite Miley ne se fait pas tailler un short (quand elle en porte un...) !

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    1. "ne se fait pas tailler un short (quand elle en porte un...)" - elle est bonne ...
      (la blague pas la ... ? euh... ? la ch... , la gr..., la m.... ?? la quoi d'ailleurs ??)

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