lundi 12 février 2018

MONSTRES INVISIBLES (Fiend without a face) de Arthur Crabtree (1958) – par Claude Toon



Règlement de compte à OK Cervelles !

"Je vais te la booster cette centrale moi... He he"
Eh, il n'y a pas que Rockin' qui se commet dans le visionnage gourmand de nanars improbables… Notre ami rédacteur nous proposait il y a deux semaines du sanglier géant et mutant au menu (Chaw). Rebelote avec mes cervelles bodybuildées envahissantes, rejetons agressifs issus du cerveau imprudent d'un vieux savant pourtant bien intentionné, mais ignorant complètement les normes de sécurité en vigueur. (ISO 15190 par exemple.)
Pourquoi vous parler de ce navet qui nous a bien fait marrer Maggy et moi ? Deux raisons. D'abord, il est l'archétype de ces films horrifiques des années 50 avec ses règles scénaristiques intangibles : le rôle mineur dévolu à la femme, la peur de la guerre froide et des bombes A et H, les effets spéciaux anémiques, le charabia pseudo-scientifique*, les militaires héroïques. (Merci au régiment qui prête les Jeeps.) Et par ailleurs, voici un prototype de presque tous les téléfilms souvent cons et fauchés, distribués directement en DVD et piliers des programmes des chaînes du câble comme SyFy et Ciné Fx. (Une spécialité canadienne savoureuse pour les amateurs friands de série Z. Production The Azylum, ça ne s'invente pas les "faux amis".)
(*) Toujours vrai, y compris dans des films ambitieux et superbes comme Interstellar du grand Christopher Nolan. On lui pardonne bien volontiers 😇.

Les producteurs ont dû commencer par dessiner l'affiche qui, à elle seule, résume la quasi intégralité du scénario du film qui, contrairement aux apparences, a été tourné en Angleterre, donc :
L'US Army a installé dans la province canadienne de Manitoba (la région habitable de l'Amérique du nord la plus proche de la Russie soviétique) une base de surveillance sol-air des faits et gestes des popofs. Un complexe de puissants radars analyse les données envoyées par un B52 stratosphérique. (Enfin B52 au décollage et en l'air, car à l'atterrissage, il manque la moitié des réacteurs – raccords foireux à partir d'images de propagande de l'US Air Force 😁.) Bref, ces radars nécessitent pas moins qu'une centrale nucléaire pour fonctionner. Peu importe que les villageois prennent la dose, les bidasses de la base cherchent à monter toujours plus loin en puissance… Warning Warning… Quelque chose ou quelqu'un floute régulièrement les images venues de Sibérie, bigre…
Messieurs, j'ai des nouvelles graves...
À ce propos, lesdits villageois commencent à tomber comme des mouches, étranglés on ne sait comment, mais plus ennuyeux : retrouvés sans cerveau ni moelle épinière lors de l'autopsie !! Le bellâtre Major Cummings est chargé d'enquêter et surtout de rassurer les populations (peur de l'atome des années 50) qui se caillent le lait à propos de leurs vaches qui justement produisent moins (Elle est bonne celle-là, non ?). Il rencontre Barbara, la sœur de la première victime, un jeune chercheur. La jeune femme est également l'infirmière et la secrétaire du Professeur Walgate, vieillard maladif spécialiste de la télépathie et autre télékinésie. Pendant une heure, le film s'englue, les victimes mourant l'une après l'autre étouffées par les tentacules de créatures invisibles, d'où le titre bateau du film. (Démons sans visage en anglais étant encore plus éloigné du sujet). Un monstre invisible permet de gratter sur le budget, malin !
Allo j'écoute... Hiiiiiiiiiiiii
La suite de l'affaire, surtout avec les photos, se devine facilement. Le Professeur Walgate a cherché à donner matière et vie à sa conscience et n'a réussi qu'à engendrer une entité psychique qu'il ne contrôle pas et qui prétend à une autonomie meurtrière. Beurk ! Dopé par le rayonnement de la centrale, ce monstre, puis plusieurs (ne me demandez pas comment l'original a fait des petits) deviennent visibles sous forme de cerveaux obèses qui rampent à l'aide de leurs moelles épinières, de quelques pattes et possèdent deux grands yeux pédonculés. Ils s'attaquent à tout : matériel, gens, etc.
Seul le dernier quart d'heure a curieusement permis à cette daube molasse et bavarde de se hisser au rang de film culte. Héros et personnages secondaires se sont retranchés dans la maison du Professeur Walgate et de Barbara. Ils vont survivre à un siège en règle des cerveaux démoniaques. Les cortex belliqueux explosent en gelée de mûre sous les balles, coupent le téléphone, défoncent à coup de marteaux les planches qui protègent les fenêtres. Quelques victimes par lâcheté ou excès de courage, mais bordel ça gicle… Règlement de compte à OK Cervelles !
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De Assaut à La nuit des morts vivants
Quel intérêt de rééditer en DVD collector ce film à qui on peut reprocher beaucoup : mise en scène brouillonne, acteurs en roue libre qui surjouent, invraisemblances totales (enfin ça c'est plutôt l'attrait rigolard de ce genre de film), effets spéciaux datés…
Ce film aura des héritiers grâce à quelques idées innovantes :
George Romero aurait-il vu la scène finale de l'attaque des créatures ? On peut se poser la question en revoyant le siège de la maison champêtre par ses zombies réanimés par des radiations dans la Nuit des morts vivants ; le film de 1968 qui connaîtra un tel succès que les zombies sont devenus un demi-siècle plus tard un sujet inépuisable de films et de séries. On peut aussi penser à Assaut de John Carpenter.
Les éclairages lors du compte-rendu d'autopsie avec un inquiétant légiste se réfèrent à l’expressionnisme allemand d'un Fritz Lang (toute proportion gardée). Arthur Crabtree était avant tout un directeur de la photographie, rare point fort de ce long métrage tourné à la va-vite et sans doute avec un budget misérable.
Le seul personnage féminin ne décide rien, il parfume l'histoire. Il protège comme une mère son vieux professeur. Pauvre Barbara ; sur l'affiche, elle apparait à peine drapée dans une serviette de bain. Il faut bien attirer le chaland dans ces années pudibondes. Pourquoi ce détail sexy ? Une scène érotique torride comme dans Game of Thrones ? Une séance piscine qui dégénère ? Non, tout simplement il y a dans le film un plan de 2 secondes où la demoiselle sort ainsi de sa salle de bain à l'arrivée du major. Ils s'embrasseront goulument (habillés) lors de l'affichage de THE END. Hi hi…
Même si de nos jours les déplacements reptiliens des encéphales font rigoler, il faut penser que pour l'époque, l'équipe technique a plutôt bien travailler, utilisant les méthodes de Ray Harryhausen, le spécialiste de l'animation de créatures en pâte à modeler, image par image. Une galère quand les délais sont courts.
En un mot ce film est-il sauvable ? Pas vraiment, mais il est le témoignage de cette époque où les écrans des drive-in yankee amusaient les ados boutonneux dont les petites copines hurlantes s'agrippaient à tout ce qui pouvait les rassurer (pas de détails). De là à comparer comme certains ces cervelles en celluloïds à la créature imaginée par le sculpteur Hans Giger pour Alien, heuu… n'exagérons rien…
- Soniaaa, mon petit, vous savez ce qu'il y a à manger ce midi au self ?
- De la cervelle aux câpres… Bof, pas terrible…
- Ah heu oui, ok… Je  vais aller m'acheter un sandwich jambon-beurre…
- Ma foi M'sieur Claude, après les horreurs sur lesquelles vous me faites bosser, j'en veux bien un aussi…

La dernière partie du film en vidéo. Vous pouvez aller directement à [22:00] pour la séquence la plus rigolote… Enfin, une dernière photo : l'unique plan "coquin" (et inutile) du film : Barbara sortant de sa douche 😍, surprise par le Major Cummings !!



4 commentaires:

  1. Marshall Thompson (Le Major Cumming) plus connu dans son rôle du Docteur Marsh Tracy dans la série Daktari en 1966. Sinon "Fiend without a face" n'est pas un film prise de tête !

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  2. Dieu du ciel ! Quand j'en entend encore dire que "le cinéma d'aujourd'hui, c'est plus comme avant...", il y a des fois ou l'on se dit que c'est tant mieux. Quelle crétinerie ! Il faut le voir pour le croire un truc pareil.

    Pat faisais-tu ici même référence au film "Les yeux sans visages" (Eyes Without a Face) ou pas du tout ?

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    1. Hi hi Vincent...
      Bon ta remarque ne concerne que ce genre de nanar SF je suppose, pas Fellini ou De Sica et le cinéma noir US avec Bogart... Car de nos jours il y a par exemple "les castors zombies" tourné bien récemment, un truc insensé que je garde pour une autre occasion :o)
      Les yeux sans visages : un film génial de Franju avec Edith Scob et Pierre Brasseur. Glaçant car réaliste (sorti en effet avec le titre "Eyes Without a Face" en Angleterre. Le titre d'une chanson de Billy Idol aussi, mais ça tu connais sans doute...

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  3. On ne peut rien te cacher Claude. J'ai d'ailleurs vu ce film très récemment ("Les yeux sans visages"). A l'origine, ma curiosité avait été piqué justement parce que Billy Idol avait fait état de ce film qui, plus tard, lui avait inspiré ce titre très connu de son répertoire. Le chanteur et son producteur étaient même allez jusqu'à inclure volontairement les chœurs féminins en français dans le refrain de ce morceau. Et oui M'sieur !

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