mercredi 16 mai 2018

Lance LOPEZ " Tell The Truth " (2018), by Bruno



     Lance Lopez ?? Qui est-ce ? Un nouveau footballeur sud-américain pour le PSG ? Meuuh nan, enfin. Il n'est pourtant pas nouveau sur le circuit. On peut même dorénavant considérer ce Louisianais d'origine comme un vétéran. Si, si, car le gars n'est pas un jeunot né de la dernière pluie. Que nenni. Son premier album, "First Things First", datant de 1998 a vingt ans. (Sorti initialement sur un label indépendant puis réédité en 2007 par Grooveyards Records.)

     Comme beaucoup de ses congénères, c'est la découverte de Jimi Hendrix avec l'album "Are You Experience ?" qui lui procure un premier et sérieux choc émotionnel. Au sujet de cette découverte capitale, une légende demeure : avant l'écoute de cette galette, Lance ne connaissait alors pas encore le gaucher quasi-mythique, et était en conséquence persuadé que ce "nouvel artiste" n'allait pas tarder à occulter Prince ... Consternation et fou-rires des copains avant de lui apprendre la funeste vérité. Certes, il n'avait que 10 ans à ce moment là, mais cela paraît tout de même étonnant ... sauf s'il habitait dans le bayou, sans télévision ni journaux.
   Le second choc, c'est le Benson & Hedges Blues Festival de Dallas, en juin 1990. Où jouait notamment John Mayall, BB King, Dr John, John Lee Hooker, Joe Cocker et Stevie Ray Vaughan. Le jeune adolescent en ressort marqué à vie, en n'ayant plus qu'une seule obsession : prendre sa guitare et partir sur la route jouer du Blues.
   Et il s'y tient, commençant même dès l'âge de quatorze ans à se produire dans des clubs. En 1995, à seulement dix-huit ans, il rejoint la troupe de Lucky Peterson. L'un des musiciens et compositeurs de Blues/Blues-rock les plus intéressants de la décennie. Puis c'est Buddy Miles qui le prend sous sa coupe. Il lui produit son premier effort solo.
Au fil de ses pérégrinations, il obtient la reconnaissance de ses pairs - surtout des six-cordistes -. Logiquement, celle de Johnny Winter et de Billy Gibbons avec qui il tisse des liens - Lance étant depuis son adolescence un Texan d'adoption - mais aussi celle, peut-être plus surprenante, de Jeff Beck.


     Malheureusement, il a eu une période où il a visiblement été obnubilé par la stature du guitar-hero. Un besoin d'être remarqué et reconnu, avec pour conséquence de parfois se fourvoyer dans de longues séquences dérapant dans la démonstration. Erreur de jeunesse ? Lui qui a pourtant tout le vocabulaire nécessaire, ainsi que le feeling, pour créer de belles et savoureuses phrases de guitare qui ne se perdent pas dans de stériles babillages. Certains de ses soli qui jalonnent toute sa discographie le prouvent. Dans ses meilleurs moments, il est capable de retrouver la quintessence d'un Frank Marino, d'un Jimi Hendrix et d'un Billy Gibbons, séparément ou à la fois.

     Il a probablement été lâché trop jeune ou a été mal conseillé. Livré à lui-même, il s'est parfois retrouvé dans des situations où il a dû enfiler plusieurs casquettes à la fois pour réaliser ses disques : compositeur, guitariste, chanteur, bassiste, claviériste, batteur et producteur.
Néanmoins, son expérience sur la route en tant qu'accompagnateur et son attrait pour la Soul et le Funk-rock l'ont aidé à ne pas définitivement s'enliser dans le format tant répandu du guitariste bourrin, recrachant à toute berzingue, la tête dans le guidon, des gammes et des gimmicks éculés empruntés aux éternels Stevie Ray Vaughan, Winter, Hendrix, voire Gary Moore.

       Enfin, dernièrement, l'alliance avec deux musiciens largement expérimentés, Fabrizio Grossi et Kenny Aronoff (deux mercenaires au long cours, et plus si affinités), qui ont touché à toutes les branches du Blues et au-delà, lui permet d'élargir sa notoriété outre-Atlantique. La campagne relativement bien menée de la formation Supersonic Blues Machine portée par Mascot - Provogue - label bien rodé dans la diffusion de ses productions de Blues-rock graisseux - a permis à la vieille Europe de découvrir sous son meilleur jour ce Texan d'adoption.

       Cette année, il renoue avec sa carrière solo et réalise son septième opus. Et à l'écoute, on peut dire que l'aventure "SuperSonic Blues Machine" - dont on espère qu'elle n'est pas déjà arrivée à son terme - a été une expérience enrichissante, car il est probable qu'il vient de réaliser son meilleur disque à ce jour. Son ami Fabrizio Grossi est resté à ses côtés, jouant de la basse, participant quelques fois à la composition et à l'enregistrement.
Certes, il n'y a rien de révolutionnaire chez lui mais c'est indéniablement d'un très bon niveau. Son Blues-rock chaleureux a généralement toujours le petit truc qui lui permet de s'extirper d'un climat par trop conventionnel. Ce n'est parfois pas plus compliqué que quelques chœurs gospel ou une simple touche d'orgue Hammond, ou un refrain "catchy", mais c'est toujours fait à bon escient. Et puis, alors que l'on met généralement en avant ses dons évidents de guitariste, on oublie que c'est également un très bon chanteur dont le timbre, naturellement et doucement éraillé, lui permet de s'inscrire sans équivoque dans l'idiome des "douze mesures" autant que dans celui de la Soul. Sans jamais donner cette désagréable sensation de chanteur qui s'évertue à forcer plus que de raison sur sa voix, jusqu'à en singer les blues-shouters. Son attachement à des chanteurs autant ancrés dans le Blues que dans la Soul, tels que Johnny Taylor et Booby "Blue" Bland, ont forcément forgé son chant dans une direction où les deux idiomes fusionnent.

       Judicieusement, le sir Lopez débute son album par un titre blues-rock pêchu et assez mainstream, avec harmonica torride, chœurs virils mais guindés (genre hommes des cavernes gominés et en tenue de soirée poussant des "Haaahou ! Haaahou !"). Il n'a pas pris de risque en se contentant de reprendre une pièce de David Grissom, (tirée de "How Feels to Fly", 2014) sans vraiment la dénaturer, juste en lui collant un peu de plus de couenne. Et en parlant de couenne, la tonalité de cet album ravira bien moins les amateurs de Blues que ceux d'un Heavy-rock millésimé 70's. Sauf si l'on considère des musiciens tels que Wes Jeans (un pote de Lance qui l'accompagne parfois en tournée), Stoney Curtis, Pat Travers et autres Tony Spinner comme de purs représentants du Blues. Lance cultive un son rond et plein, assez gras mais sans que cela déborde ou fuzz. Il a fait modifier sa tête d'ampli Marshall Super Bass 100 de 1970 (sic!) afin de gagner en relief et en épaisseur. Ainsi, il ne s'encombre pas de pédales de disto, préférant des effets de boost et de douces overdrive (du style Tube Screamer ou Klon Centaur) pour gonfler un son déjà robuste à la base.

    La suite, la reprise de "Mr Lucky", est largement plus marquée par l'atmosphère festive des rues d'Austin que par son géniteur, John Lee Hooker. Cette version retravaillée en shuffle-Texan doit bien plus à Stevie Ray Vaughan et aux Fabulous Thunderbirds (post-Vaughan) qu'à The Hook.
   Le single "Down to One Bar" est un morceau écrit par Joey Sykes, ex-VixenThe Babys. Ce dernier est connu pour savoir allier des refrains sucrés et des mélodies pop à des tonalités vaguement Heavy-rock. Même s'il est capable de lâcher de puissants riffs sur ses guitares, généralement il s'apparente à une sorte de Billy Squier sous Tranxène, ou à un proche cousin du Cheap Trick dans sa formule la plus Pop, la voix de Zander en moins. Bref, du bon Heavy-pop-rock de Radio mais pas spécialement lié à un "smokin' Blues-rock". Il était déjà venu offrir son aide sur "West of Flushing, South of Frisco", le premier Supersonic Blues Machine. En tout cas, ce morceau-là transpire le Rock gras et bluesy, à l'ambiance "Especial bar de cerveza". Il n'y a là rien de Pop, même si l'on sent que l'on a consulté les bonnes recettes d'un Heavy-blues-rock US catchy.
On retrouve aussi sa signature sur "The Real Deal" et "Raise From Hell". Des chansons qui, d'après Lopez himself, ont été écrites en fonction d'une vision personnelle sur son propre vécu, parlant ainsi d'erreurs, de chance et de rédemption.

   On remarque qu'à partir de "Cash My Check", chaque solo en slide qui fait une apparition ne manquera pas de ressortir, à un moment ou un autre, même un cours instant, des gimmicks nerveux propres à Johnny Winter. Comme un hommage appuyé au slideur Texan le plus notoire, qui fut aussi l'un de ses amis et qu'il avait parfois rejoint sur scène.

Après un "Angel Eyes of Blue" en demi-teinte, un peu rigide, académique et sans grande conviction, l'album entame un final rayonnant. D'abord avec "Back to the Highway", une heureuse rencontre d'un Blues-rock Texan épais comme le bitume et flirtant avec le Hard-rock avec la fièvre des antipodes via AC/DC, transmise par un riff sorti des tripes de "Bad Boy Boogie". Quelqu'un aurait mentionné Rob Tognoni ? Ensuite avec le moment slow, composé avec l'ami Grossi, "Blue Moon Rising", une des pièces maîtresses de l'album. Une ballade typée Southern-rock bien arrosée de Blues, avec une seconde partie plus enlevée, appuyée par la batterie. Et un beau et onctueux solo à la tessiture fondante. Même si les paroles sont loin d'être du Baudelaire. Et pour finir, la chanson éponyme qui s'inscrit dans la veine d'un Hard-blues en mid-tempo, qui laisse même échapper quelques réminiscences de Deep-Purple (ère 70's).

       Finalement, ce "Tell The Truth" n'est guère éloigné des précédents "Supersonic Blues Machine", la voix et la guitare de Lopez y étant forcément pour beaucoup. Y compris la présence de Fabrizio Grossi. Les deux disques ont d'ailleurs été pratiquement enregistrés en même temps. La différence entre ces deux entités est ténue ; il peut en ressortir que cette réalisation est moins festive, ne serait-ce que par l'absence d'invités, qu'elle est plus sombre et relativement plus introspective.

 P.S. :  Lance Lopez aime les belles guitares. Pour cet album, il a sorti de son arsenal les Gibson Melody Maker de 1963 (!), Firebird Sunburst, Les Paul R9 (soit une Reissue 1959 du Custom shop avec table flamed top), une Firebird Pelham Blue (celle du clip), et une Fender Telecaster de 1963 (!!).





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Connexion (lien ➽) : Supersonic Blues Machine "West of Flushing South of Frisco" (2016)

2 commentaires:

  1. Ca avale beaucoup trop d'alcool dans le clip... Le Déblocnot ne peut pas cautionner ça... (on me dit dans l'oreillette que oui). Alors à donf !!!

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    1. "Le Déblocnot ne peut pas cautionner ça" ? M'enfin ! Il fut pourtant un temps où une photo compromettante circulait. On y voyait des poids-lourds du blog attablés - ou affalés ? -, la paupière lourde, des pièces à convictions jonchant la table, témoignant d'un apéritif chargé et d'un repas copieusement arrosé. :-)

      Sinon, la chanson "Down To One Bar" est bien sûr contre l'abus d'alcool. Notamment inspirée par un passé de Lance Lopez où il n'avait nul besoin d'être encouragé pour vider des verres.

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